Annita (ou Anita) Catharina Malfatti est née à São
Paulo, le 2 décembre 1889. Son père, Samuel Malfatti, un ingénieur d’origine
italienne récemment naturalisé, conduit des chantiers ferroviaires. Sa mère,
née Eleonora Elizabeth « Bety » Krug, une américaine d’origine
allemande, est enseignante en peinture. Ses grands-parents maternels, Guilherme
et Catarina Krug, vivent également au Brésil où son grand père est
entrepreneur. Enfin, elle a un frère aîné, Alexandre.
Bien que droitière, Anita souffre dès la naissance d’une malformation du bras et de la main droite que ses parents tenteront de lui faire corriger, lors d’un voyage en Italie, en 1892. Mais l’opération ne réussit pas et Anita doit apprendre à se servir de sa main gauche, pour écrire et dessiner.
Son frère Guilherme naît en 1892 puis sa sœur, Georgina, en 1894. Vers 1901, le décès de Samuel conduit la famille à s’installer chez les grands-parents maternels. En 1904, Anita entre au Mackenzie College de São Paulo puis, après avoir obtenu son diplôme, suit une formation artistique avec sa mère qui enseignait la peinture et les langues à l’université.
En 1909, Anita peint ce qui est considéré comme son premier tableau, une copie de la couverture d’un magazine. Elle l’intitule L’Âne au galop et le signe « Babynha ».
En 1910, Anita part en Allemagne où elle s’inscrit à l’Académie royale des Beaux-Arts de Berlin. Elle étudie avec plusieurs professeurs, dont Lovis Corinth (1858-1925), qui dirigeait à l'époque une école pour femmes et jouissait d'un grand prestige en tant que membre de la Sécession de Berlin, dont il deviendra le président en 1915.
Anita est très déstabilisée par la peinture qu’elle découvre en Allemagne, jusqu’à sa visite, en 1912, à l’exposition « Sonderbund » de Cologne, où sont réunies six cent cinquante peintures et sculptures, ce que l’Europe moderne a de mieux à offrir : Delacroix, Cézanne, Van Gogh, Gauguin, Munch, Nolde, Picasso, Bonnard, Vuillard… entre autres. Anita commence à peindre, des portraits influencés par le travail de Corinth.
La guerre de 1914 la conduit à rentrer au Brésil
où elle expose pour la première fois, dans la salle d’un grand magasin.
L’exposition n’a aucun succès. Sa famille considère alors qu’elle a besoin d’une meilleure formation et l’envoie à New York, où elle entre brièvement à l’Independent School of Art avant de suivre les cours de « l’artiste-philosophe » Homer Boss (1882-1956).
Sous la direction de Boss, Anita participe à des excursions sur l'île de Monhegan et peint ses premières œuvres significatives.
Sa première expérience de peinture en plein air la
transporte de plaisir mais ce n’est pas l’avis de sa famille quand elle
revient. Son oncle et parrain, Jorge Krug, est horrifié par ses toiles qu’il
juge « dantesques ».
Mais Anita ne se laisse pas impressionner et souhaite contribuer à la création d’un art brésilien, comme le laisse penser le fait qu’elle choisisse de participer à une exposition sur le « Saci », un personnage très connu du folklore brésilien, représenté comme un petit garçon noir unijambiste dont la principale activité consiste à faire des farces. Voici, quelques années plus tard, la version qu’en a donnée Tarcila do Amaral.
Le Saci d’Anita a disparu mais pas la critique de l’organisateur de l’exposition, l’écrivain Monteiro Lobato (1882-1948) qui écrit : « Madame Malfatti a également apporté sa contribution à l'isme [...] Genre dégringolisme. Comme toutes les peintures du genre isme, cubisme, futurisme, impressionnisme, marinetisme, elle est hors concours. » (« A Exposição do Saci », Revista do Brasil, n°23, novembre 1917, p.403- 413)
Sans désemparer, Anita expose vingt-huit toiles, dont une série de portraits peints à New York, dans une salle louée pour l’occasion, en décembre 1917.
Dans cet ensemble, il y a une toile intitulée Negra
baiana (Femme noire de Bahia) qui exprime le souhait d’Anita de se
positionner dans le débat sur l’art national brésilien, en synthétisant l’image
d’une personne noire au milieu de fruits. Une démarche mal comprise par la
critique.
« Mlle Malfatti a accepté les règes de cette pseudo école [le cubo-futurisme] pour faire sa Negra baiana, qui est pour nous, pauvres mortels, un cas tératologique en anatomie. Mais, à côté d'elle, elle a placé des ananas si bien conçus et si aboutis qu'ils raviraient un botaniste (…) Où est l'école, la méthode, le système ? » (Nestor Pestana, « Exposição Malfatti », Revista do Brasil, n°25, jan. 1918, p. 83)
A nouveau, la critique de Monteiro Lobato est, pour le moins, contrastée : « Cette artiste possède un talent exceptionnel et foisonnant. Rarement une œuvre, même détournée, révèle autant de qualités latentes précieuses. Chacun de ses dessins témoigne de son indépendance, de son originalité et de son inventivité, et révèle combien elle possède de qualités innées, parmi les plus fécondes pour construire une identité artistique solide.
Cependant,
séduite par les théories de ce qu’elle appelle l’art moderne, elle entre dans
le domaine d’un impressionnisme très discutable et met tout son talent au
service d’une nouvelle forme de caricature. Soyons honnêtes : le futurisme, le
cubisme, l'impressionnisme et tutti quanti ne sont rien de plus que
d'autres branches de l'art caricatural. (…) La peinture de Mme Malfatti n'est
pas futuriste, ces mots ne lui sont donc pas directement adressés ; mais
puisqu'elle a ajouté une œuvre cubiste à son exposition, nous voulons croire
qu'elle tend vers ce style comme idéal suprême. (…) Sans la profonde sympathie
que nous éprouvons pour le talent exceptionnel de Mme Malfatti, nous ne serions
pas là, à formuler ces remarques déplaisantes. Ayant déjà sans doute entendu de
nombreux compliments sur sa nouvelle approche esthétique, elle trouvera cette
voix sincère, qui rompt l'harmonie de ce chœur de flatteries, d'une impolitesse
flagrante. Cependant, à bien y
réfléchir, on s'aperçoit que la flatterie tue et la sincérité sauve. » (Monteiro
Lobato, « L’exposition de peinture moderne Anita Malfatti », O
Estado, décembre 1917)
Plus tard, les chercheurs ont souligné que ce « tutti quanti » était le signe d’un préjugé anti-italien de la part de Lobato et une réponse réactionnaire à des portraits de personnes que le critique ne considérait pas comme des Brésiliens à part entière.
Mais cela n’empêche pas le poète et critique d’art Mário de Andrade de déclarer qu’il avait vu la « première exposition d’art moderne du Brésil » ! Et il achète Negra baiana, aujourd’hui connue sous le titre Tropical.
Anita est cependant un peu ébranlée. Elle décide
de prendre à nouveau des cours, cette fois avec le peintre de natures mortes,
Pedro Alexandrino.
Dans son atelier, elle rencontre la peintre
Tarsila do Amaral avec laquelle elle se lie d’amitié.
Après deux ans passés à enseigner le dessin à
l'American School puis à l’université Mackenzie, Anita rejoint un groupe
composé de Tarsila do Amaral, du poète Oswald de Andrade et des critiques Mário
de Andrade et Menotti Del Picchia. Ensemble, ils constituent le Grupo dos
Cinco (Groupe des cinq) qu’elle représente dans ce petit croquis :
Anita noue une forte relation amicale avec Mário
de Andrade…
… avec lequel elle aura souvent des désaccords artistiques. Ainsi, quand Anita peint La Chinoise, bien reçue par le public, Mário déclare qu’il n’aime pas l’œuvre : pas assez moderniste.
Le « Groupe des cinq » participe, à São
Paulo, à la « Semaine de l'art moderne », à l’occasion de la
commémoration du centenaire de l'indépendance du Brésil, en février 1922. C'est une
manifestation qui allie des formes d’expression artistiques variées : lecture
de poèmes, spectacles de danse, concerts, conférences, expositions de peintures
et de sculptures, etc.
Beaucoup plus tard, Ribeiro Couto, attaché au Consulat du Brésil à Marseille, écrira : « Ce fut, pour les jeunes, quelque chose comme la soirée d'Hernani pour le romantisme français. Graça Aranha [écrivain brésilien organisateur de la Semaine], enivré de révolution & de gloire, de mouvement & d'espoir, fut l'animateur du scandale. » (France-Amérique : revue mensuelle du Comité France-Amérique, janvier 1931, p.86)
Une exposition de groupe est organisée dans le hall du théâtre municipal de São Paulo où les toiles d’Anita sont particulièrement remarquées.
Musée d'art brésilien - FAAP (São Paulo, SP)
Grâce à son succès de la Semaine de l'art moderne, Anita obtient une bourse du Pensionato Artístico do Estado de São Paulo pour se rendre à Paris.
La première mention de son nom dans la presse française, je l’ai trouvée à propos d’un lieu aujourd’hui bien connu des Parisiens : « L'inauguration de la "Maison de l'Amérique Latine", dont le siège social est fixé 9, rue de Presbourg, aura lieu le mardi 29 mai, à 17 heures. M Paul Painlevé, membre de l'Institut, ancien président du Conseil, parlera de l'Amérique Latine et l’Académie Internationale des Beaux-Arts, présentera des œuvres picturales et sculpturales de Alberto Lagos, Brécheret, Meredize, Gavazzo, Tarsila do Amaral, Anita Malfatti, Alipio Dutra. » (« Informations », La Patrie, 27 mai 1923, p.3 ; La Presse, 27 mai 1923, p.3 et La Liberté, 27 mai 1923, p.2)
Bien qu’Anita ne soit pas présente dans le catalogue du Salon d’Automne, Maurice Raynald l'évoque à propos d’un autre artiste : « la Mise au Tombeau de Brecheret qui, avec Tarsila de Amaral, Cavalcanti et Anita Malfatti, est l'un des artistes le plus en vue du Brésil » (« Le Salon d’Automne », L’Intransigeant, 4 novembre 1923, p.5)
L’année suivante, Anita visite l’Italie, notamment
Venise, Lucques, Rome et Naples.
Elle en revient avec de nombreuses toiles et
expose deux d’entre elles au Salon d’Automne :
Museu de Arte Brasileira – Faap, São Paulo
Le Crapouillot signale l’Eglise
vénitienne de Malfatti, « haute de ton », sans autre commentaire
(16 novembre 1924, p.12)
Quant à Raymond Cogniat, il aurait déclaré ressentir une « aversion particulière » pour le type de tableau présenté par Anita, une opinion qui l’aurait conduite à présenter l’année suivante sa Negra baiana de 1917 sous le titre Tropical, que Cogniat aurait trouvée, cette fois, « colorée et agréable » dans la Revue de L'Amérique Latine du 1er décembre 1925, p. 545 (cité in : Michele Greet, « “Exhilarating Exile” : Four Latin American Women Exhibit in Paris », Artelogie, 5 / 2013)
Anita peint alors plusieurs toiles dont on n’arrive pas très bien à trouver la cohérence de style.
…
comme si elle naviguait entre l’expressionisme de ses début et l’influence
française.
En 1925, Anita part, avec sa mère et des cousins, à
Monaco où elle peint des paysages.
Museu de Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo
Puis, elle montre aux Indépendants un Intérieur
monégasque …
… et un portrait, la Dame en bleu, qui est reproduit dans Comœdia en illustration d’un commentaire très positif d’André Warnod :
« Une jeune Brésilienne, Mlle Anita Malfatti, qui expose aux Indépendants un intérieur et un portrait peints dans une gamme très fine, nous disait comment elle avait parcouru les Etats-Unis et l'Allemagne avant de venir en France, sans s'attacher plus à un maître qu'à un autre, mais s'enrichissant de tout ce qu'elle trouvait, s'attachant à présenter du mieux qu'elle pouvait l'esprit français, la culture française, afin de pouvoir au Brésil faire œuvre de peintre local et tirer parti du folklore et du pittoresque brésilien. N'est-ce pas là un langage plus élevé que les propos que tiennent tant de jeunes femmes peintres d'à présent tracassées par un souci démoralisant de "combines" ». (« Au Salon des Indépendants », Comœdia, 28 mars 1926, p.3)
« Annita Malfatti a un métier solide et
du goût » (Marcel Belvianes, « Le Salon des Indépendants », L'Affiche
française, 1er mai 1926, p.20)
Plus tard dans l’année, Anita voyage dans les
Pyrénées.
Fin octobre, la jeune femme participe au Salon du Franc, qui s’est tenu au Palais Galliera. A cette occasion, les artistes étrangers étaient sollicités pour offrir une œuvre afin de soutenir le franc, en pleine dévaluation. Selon le catalogue, le Brésil y était représenté par trois artistes, Anita, Tarsila do Amaral (qui se fait appeler simplement « Tarsila ») et Domingos Toledo Piza. The Paris Times précise que « Le tableau de Mlle Annita Malfatti mis aux enchères avant l’arrivée de l’ambassadeur du Brésil a été acquis par l’Etat pour la somme de 2.000 francs. » (« Les colonies sud-américaines en Europe », 1er novembre 1926, p.4)
Il s’agissait d’une toile intitulée Figure
dont je n’ai trouvé aucune trace dans les collections nationales.
La première exposition personnelle d’Anita est
annoncée par plusieurs publications, dont L’Art et les artistes qui précise
« Mme Anita Malfatti, artiste brésilienne, déjà connue avantageusement à
New-York, à Rio de Janeiro et à Berlin. » (1er octobre 1926,
p.106)
« Du 20 novembre au 5 décembre aura lieu à la galerie André, 3, rue des Saints-Pères, l'exposition d'Annita Malfatti. » (« Les Arts », Paris-Midi, 19 novembre 1926, p.2 et Une semaine de Paris, 26 novembre 1926, p.69)
On sait qu’elle y expose notamment cette huile :
Au début de l’année 1927, Anita s’installe 19
Villa Seurat, une petite impasse du XIVe arrondissement où André Lurçat vient
de construire des ateliers d’artistes.
Puis, aux Indépendants de 1927, elle expose deux natures mortes, intitulées Citrons et Dolly.
« Artiste sensible et fine, Mlle Anita Malfatti sait distinguer et mettre en valeur ce qui fait le charme d’une étude d’intérieur ou d’une nature morte. Elle compose simplement, sobrement, et sait mettre dans les bibelots choisis le savant désordre qui "est un effet de l’art", pour prendre la formule consacrée. Coloriste adroite, elle joue ensuite en virtuose des harmonies de couleur, tantôt dans les gammes aux sonorités éclatantes, tantôt au contraire dans la diversité délicate des nuances assourdies.
Un panier de citrons qui laisse échapper ses fruits d’or pâle, un vase de tulipes, et voici une nature morte, Citron, exquise de sensibilité et pleinement charmante. Et quelle finesse de sentiment dans Dolly, le portrait véritable de la petite poupée fantaisie, aux yeux étonnés, perdue dans les multiples volants de sa robe légère ! » (Clément Morro, « Les artistes vus aux récentes expositions, Salon des Indépendants », Revue moderne des arts et de la vie, 28 février 1927, p.4)
Au Salon d’Automne de la même année, elle montre Femme
de Para et Villa d'Este.
Cette fois, la critique de Raymond Cognat est
beaucoup plus positive : « Mademoiselle Malfatti, dont nous
craignions lors de la dernière exposition qu'elle ne perde sa personnalité et
ne sombre dans la médiocrité académique, nous offre cette fois un nouvel aspect
de son originalité, et l'on ne saurait nier le caractère résolument moderne de
certaines influences que l'on reconnaît dans son œuvre, notamment dans la
manière dont est traitée la Femme de Para, silhouette pittoresque (mais
peinture pittoresque non pittoresque par essence), détachée par un rideau blanc
aux motifs gris très clair. » (« La Vie artistique : Les artistes
américains au salon d'automne », Revue de l’Amérique latine, 1er
décembre 1925, p. 545)
Il ajoute même, un peu plus loin : « On constate, surtout si on se souvient de certaines toiles de Mlle Malfatti, datant de plusieurs années, le chemin parcouru depuis sa dernière présentation et les œuvres fortement influencées par Matisse. Et il ne s’agit pas d’un reproche, car sous cette influence, Mlle Malfatti nous avait montré des tableaux loin d'être insignifiants. » (Ibid. p.551)
L’année suivante, elle expose aux Indépendants
deux Compositions que Charles Fegdal trouve « d’un romantisme jeune et
amusant » (« Le Salon des Indépendants », Mediterranea, 1er
février 1928, p.70)
Puis, Anita rentre chez elle, à São Paulo. Dès son retour, elle organise une grande exposition où elle montre - je l’imagine car je n’ai pas trouvé de précisions - l’ensemble de ses dernières créations, comme cette scène intimiste :
Ses amis du « Groupe des Cinq » sont un peu interloqués. C'est en effet l'époque où, Tarsila, devenue sa femme, offre à Oswald de Andrade le tableau ci-dessous pour son anniversaire. Il écrit son Manifeste anthropophage, dont l’intitulé s’inspire du titre du tableau Abaporu, littéralement « homme qui mange des gens », en langue tupi.
Le manifeste dénonce l’académisme et l’immobilisme intellectuel mais aussi l’urbanisation galopante, la hiérarchie sociale et l’histoire coloniale dans son ensemble. Cependant, Anita ne paraît pas décidée à se laisser influencer : « Chacun son choix », affirme-t-elle.
Au cours de la décennie suivante, elle se consacre prioritairement aux fleurs et aux portraits et enseigne le dessin à l'Université Mackenzie.
Sans pour autant se refuser quelques incursions dans le cubisme !
Les « Cinq » ne sont guère convaincus. Une fois de plus, son ami Mário de Andrade affirme que « ce que l’artiste fait à nouveau me perturbe ». (Diário Nacional, 11 septembre 1931)
En 1933, après avoir rejoint la Société d’art moderne (SPAM), elle installe son atelier Rua Ceará et commence à donner des cours chez elle.
En 1934, elle participe au premier Salon des
Beaux-Arts de São Paulo, où elle revient quatre années de suite.
Puis, en 1937, elle se rapproche de la « Família
Artística Paulista », un groupe d’artistes (moins avant-gardistes que ses
amis du Groupe des Cinq) qui organise un salon annuel.
Vers la fin des années 1930, Anita annonce qu’elle souhaite désormais peindre « avec des saveurs de Debret et Rugendas, deux peintres « découvreurs » du Brésil au XIXe siècle.
Le premier, Debret, a été l’élève de David. En
1816, il a participé à une mission au Brésil, organisée par le secrétaire
perpétuel de l’Institut des sciences et des arts, Joachim Lebreton (voir son
portrait par Adélaïde Labille-Guiard), privé de ses attributions par la
Restauration. Debret reste au Brésil jusqu’en 1831, occupant plusieurs fonctions à la cour de Jean IV du Portugal. Dans les années 1820, il réalise de
nombreux dessins aquarellés qu’il publie à son retour.
Le second, Johann Moritz Rugendas, a effectué un voyage de trois ans au Brésil, avant de publier, en français et en allemand, un Voyage pittoresque au Brésil. Longtemps considéré comme un manifeste anti-esclavagiste, cet ouvrage est aujourd’hui étudié avec plus de circonspection, en raison de l’attitude assez ambiguë de son auteur sur la question raciale.
Le choix de cette évolution n’est pas du goût de Mário de Andrade qui en fait reproche à Anita. La rupture des deux amis est consommée quand le jury du Salon officiel des Beaux-Arts à Rio de Janeiro – dont Mário de Andrade fait partie – refuse son tableau L’Epoque de la colonisation, en 1939.
Anita ne cède pas et poursuit dans cette voie, avec de nombreux paysages, scènes de villages et portraits.
Elle s’intéresse aussi à la vie
de ses contemporains : leur travail, les activités traditionnelles comme la cueillette
du coton et la torréfaction du café…
… et les peint aussi pendant leurs loisirs, la
danse, la musique.
Elle intervient aussi ponctuellement dans l’édition, notamment avec l’illustration du roman-poème en prose de José de Alancar, Iracema, récit d’une idylle entre un soldat portugais et une jeune indienne.
Bien que le Salon de de la Família Artística
Paulista, n’ait eu que trois éditions, Anita continue à exposer tous les ans,
et parfois plusieurs fois par an, dans différentes manifestations, notamment le
Salon de l'Union des artistes visuels de São Paulo qu’elle contribue à créer.
A présent, Anita voyage au Brésil, comme dans le
Minas Gerais en 1944. Elle affirme qu’elle crée de « l’art populaire
brésilien », en insistant sur la différence entre « art
populaire » et « folklore ». Le folklore, c’est de mettre en
scène des légendes et des croyances. L’art populaire, c’est peindre la vie
brésilienne et la vie des gens.
En 1945, bénéficie d’une exposition personnelle à l’IAB de São Paulo qui est bien reçue par le public et la critique mais elle n’aura plus l’occasion de se réconcilier avec Mário de Andrade, qui meurt cette année-là.
En 1955, elle est invitée à exposer ses œuvres récentes à la galerie Masp. Anita intitule l’exposition « J'ai décidé de peindre à ma façon », affirmation de son indépendance artistique.
Cette indépendance s’exprime jusqu’à la fin de sa
carrière :
A la fin de sa vie, Anita s’installe à Diadema, un
petit village près de São Paulo et organise sa dernière exposition personnelle
en 1963 à la Casa do Artista Plástico de São Paulo.
Anita Malfatti est morte le 6 novembre 1964, à
l'hôpital Santa Casa de Misericórdia, à São Paulo.
*
Anita n’a jamais été oubliée dans son pays où elle est considérée comme l'une des artistes précurseurs de l'art moderne. Les expositions posthumes où elle a figuré sont si nombreuses que je ne les ai pas comptées. En 1989, son Homme jaune est devenu un timbre…
… et sa Femme aux cheveux verts (1915) était
exposée à la Biennale de Venise en 2024.
Une grande rétrospective de son œuvre, « Anita Malfatti, 120 ans après sa naissance », a eu lieu de juin à septembre 2010 au Centro Cultural Banco do Brasil de Rio de Janeiro. C’est dans le catalogue de cette exposition, aujourd’hui en ligne, que j’ai découvert la plupart des évènements qui ont jalonné sa vie au Brésil. Hélas, elle n’a pas toujours été aussi « moderne » que Tarsila do Amaral et il est probable qu’elle n’aura pas droit de sitôt à une exposition en France.
Pour changer, je ne termine pas sur des natures
mortes mais avec quelques fusains de sa jeunesse, que j’apprécie
particulièrement. Notez les regards !
*
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