Alphonsine
Marie Antoinette Clémentine Leroi est née 17 avenue de Clichy, à Paris 17e, le 20 décembre 1879.
Elle est la fille de
Marie-Joseph Leroi, 33 ans, marchand de volailles, et de son épouse, née Marie
Jeanne Antoinette Langard, 21 ans. (Archives de Paris, registre V4E 4811, acte
de naissance n° 3142, page 9/16)
Je n’ai trouvé aucune étude relatant sa jeunesse. Elle aurait suivi sa première formation artistique avec le peintre et graveur Fernand Desmoulins (1853-1914), probablement dans les années 1890. Le 8 février 1902, Clémentine se marie au Vésinet, où habitent alors ses parents, avec Jules Gabriel Ballot, 32 ans, rentier.
Celui-ci est le fils d’un tailleur de pierres, ce qui correspond bien à la Creuse dont sa famille aurait été originaire mais interroge un peu sur son état de « rentier ». Il semblerait qu’en fait, il ait été « coulisser », c’est-à-dire négociant de valeurs mobilières en dehors du circuit des agents de change, ce qui explique un peu mieux sa situation. Quoi qu’il en soit, il fait connaître à son épouse le berceau de sa famille peu de temps après leur mariage.
Elle y rencontre d’abord le peintre Léon Detroy qui l’aurait initiée à la technique divisionniste (pour plus de précisions sur cette technique, voir la notice de Lucie Cousturier).
Bien
qu’intéressée, elle n’a pas persévéré dans cette voie qui bridait peut-être un peu trop sa spontanéité. J’ai tout de même trouvé une
œuvre dans laquelle elle en observe les règles (une combinaison de petites touches de couleur pure, en courts traits de peinture), avec une certaine
liberté :
On sent encore un peu cette première manière dans cette toile censée être plus tardive.
Clémentine
a probablement commencé à exposer au sein de l’Union des Femmes peintres et
sculpteurs (UFPS), en 1906, puisque Maurice Guillemot a vu, dans l’exposition
annuelle de l’Union, « de Mme Ballot, Lever de soleil à Gargilesse,
sur la chaumière au bord du chemin » (« Union des femmes peintres et
sculpteurs », L'Art et les artistes, 1er octobre 1906,
p.451)
Toutefois, lorsque Clément Morro salue son travail de l’année 1908, il évoque lui aussi un Lever de soleil vu l’année précédente, donc en 1907 : « Entrée de village au soleil couchant, Matin, Crépuscule et Effet de soleil, quatre toiles de Mme Clémentine Ballot, jettent une note gaie et bien personnelle par leur grande lumière et leur coloris ; elles nous ont remis en mémoire un Lever de soleil du même auteur que nous avions remarqué l'année dernière pour les mêmes qualités. » (« Le Salon des femmes peintres et sculpteurs », La Revue moderne illustrée des idées, des faits, des hommes et des œuvres, 10 avril 1908, p.4)
Il y a là une petite incohérence que je n’ai pas pu éclaircir, sauf à penser que Clémentine a présenté deux années de suite un Lever de soleil…
Alfred-Jousselin, qui deviendra en 1915 rédacteur en chef du Monde illustré, signale également ses toiles « d’un bon impressionnisme amusant et très préoccupé de vérité » (« Les Petits Salons, Union des Femmes peintres et sculpteurs au Grand Palais », La Marseillaise, 7 mars 1908, p.1)
C’est
aussi en 1908 que Clémentine expose pour la première fois à la Société
nationale des Beaux-Arts, une seule toile, peinte dans un petit village de la
Creuse, intitulée Eglise de Fresselines, autour de laquelle, selon le Journal
des Artistes, elle a su jeter « un joli frisson de lumière. » (17
mai 1908, p.5762)
Ensuite, chaque année, Clémentine sera présente à l’exposition de la « Nationale ». En 1909, elle y expose Vieille église, automne mais c’est une autre toile qui appelle l’attention de la critique, dans l’exposition de l’UFPS : « Mme Clémentine Ballot descend des pointillistes. Mais elle a évité leurs excès. Son Coucher de soleil en Bretagne est un bon morceau » (Charles Doury, « Exposition des femmes peintres et sculpteurs », La Vie illustrée, 12 février 1909, p.323)
Il semblerait qu’elle ait également remporté, dès 1909, une médaille de bronze dans une exposition à Toulouse mais je ne l’ai trouvée dans aucun des catalogues disponibles. (Bulletin officiel de l'Union des femmes peintres, sculpteurs, graveurs, n°145, p.4)
Dans les années 1910, Clémentine alterne visiblement les séjours en Bretagne et dans la Creuse mais surtout, aux alentours de 1912, elle rencontre à Crozant le peintre Armand Guillaumin avec lequel elle se lie d’amitié.
Elle est l’une des rares peintres à être admise à travailler à ses côtés…
… et sa palette s’en trouve comme libérée et pleinement offerte à l’effet de la lumière, comme ici, en Bretagne :
En 1912, cette proximité est soulignée pour la première
fois : « Mme Clémentine
Ballot, qui a regardé les toiles de M. Armand Guillaumin, confesse avec
tendresse, après le maître de Crozant, la beauté des brumes et des lumières
dans les vallées et sur les coteaux de la Creuse. » (« Union des
femmes peintres et sculpteurs », La Chronique des arts et de la curiosité, 24 février 1912, p.59)
Toutefois, tous des critiques lui accordent un style très personnel et c’est lors de cette même exposition des femmes peintres et sculpteurs de 1912 que l’Etat acquiert une première œuvre de Clémentine :
On sent parfaitement qu’elle aborde chaque paysage sans idée
préconçue. C’est la lumière qui dicte ses choix, comme pour cette autre vue de
Bretagne, de la même année :
En 1913, l’exposition de l’UFPS est inaugurée par le président Poincaré, lequel, selon L’Eclair, aurait même « admiré » les tableaux de Clémentine (9 mars 1913, p.2). Cette année-là, à nouveau, l’Etat acquiert une de ses toiles.
Je ne sais pas si Moulin sur la Creuse, automne, qu’elle expose à la Nationale de 1914, est celui qui se trouve ci-dessous, mais, une fois encore, c’est à l’UFPS que Paris-Midi la remarque comme l’une des « paysagistes sensibles » (« Au Salon des femmes peintres », 11 février 1914, p.2), tandis que le bimensuel Limoges illustré nous fournit obligeamment la liste de ses toiles exposées : Vallée de la Sédelle, à Crozant, Lever de soleil [encore], Bords de la Creuse, Chaumière fleurie, les Ruines du château de Lastours et des émaux limousins. (1er avril 1914, p.4812)
C’est l’époque où elle
peint ses toiles les plus lumineuses et ce n’est sans doute pas un hasard si ce
sont elles qui participent à la redécouverte de Clémentine, ces dernières
années, que ce soit dans le Midi…
… ou dans la Creuse…
…
où elle peint plusieurs fois la vallée de la Sédelle, un affluent de la Creuse.
L’Etat lui achète une œuvre presque chaque année. La plupart d’entre elles sont en dépôt dans des mairies et des musées divers et n’ont pas toutes été photographiées… celle qui suit a été acquise beaucoup plus tard.
En 1917, elle reçoit un hommage appuyé des connaisseurs
locaux : « Madame Clémentine
Ballot est un des meilleurs peintres de la Creuse qui en compte, chacun
sait, toute une légion, évocateurs du Pin, de Crozant ou de Gargilesse. Grâce à
sa riche palette, elle nous a déjà donné de luxuriants étés, de somptueux
automnes où la belle rivière devient, tour à tour, d’or et d’améthyste. Ce
tournant de la Creuse qu’elle expose cette fois-ci n’est pas peint avec moins
de vigueur que les autres envois de Mme Ballot, qui apparentent aux meilleurs Guillaumin,
aux Detroy et aux Madeline les plus récents et les plus expressifs. » (« Le Berry au
Salon des Femmes peintres », L’Écho des marchés du Centre, 4
février 1917, p.3)
Puisqu’on évoque le peintre Paul Madeline, voici un exemple :
En
avril 1918, Clémentine participe, comme tous les ans, à l’exposition de l’UFPS
avec Rochers rouges, Agay, une toile remarquée par la revue La
Méditerranée orientale (« Le 36e salon des Femmes
peintres et sculpteurs », 1er avril 1918, p.10).
Puis, en mai-juin, les salons habituels ne pouvant se tenir en
raison du conflit, le Petit Palais, musée de la ville de Paris,
organise une exposition « au profit des œuvres de guerre de la Société des
artistes français et de la Société nationale des beaux-arts ».
Clémentine y expose Gelée blanche, Creuse qui est peut-être ce tableau que j’ai trouvé sur Internet sans plus de précision (mais il est quand même signé).
Ensuite, plus de trace de Clémentine dans la presse, jusqu’à une petite mention d’André Gybal : « La vallée de la Sédelle est un paysage accueillant et bien peint, de Mme Clémentine Ballot. (« Le Salon de la Nationale, Le Journal du peuple, 12 avril 1922, p.1). L’année précédente, la ville de Paris lui a acheté cette toile.
En décembre 1923, Clémentine bénéficie de sa première exposition personnelle à la galerie Georges Petit.
«
Mme Clémentine Ballot présente des toiles claires, d'un chatoyant éclat ; on
sent que l’artiste ne travaille pas dans l’atelier, mais plante son chevalet en
pleine nature. » (J. Raymond, « Clémentine Ballot », La République française, 24 décembre 1923, p.2)
« Chez
Georges Petit, Mme Clémentine Ballot nous découvre tout un parterre de fleurs harmonieuses auxquelles il ne manque
que le parfum. » (V.G., « A travers les expositions », Arlequin,
1er janvier 1924, p.22)
L’année suivante, Clémentine devient sociétaire à la Nationale mais continue à exposer avec les femmes peintres, en dépit des réserves du sieur Vauxcelles : « Si vous n’y voyez pas d’inconvénients, nous fuirons comme la peste l’exposition des Dames peintres en nos promenades à travers les salons et salonnets. (…) que d’efforts pour découvrir les paysages charmants d'une Clémentine Ballot ! » (Louis Vauxcelles, « La Semaine Artistique », L’Ere nouvelle, 5 février 1925, p.2)
C’est l’époque où Clémentine commence à peindre dans la vallée de la Seine. « Paysages lumineux et frais des bords de la Seine aux Andelys, par Clémentine Ballot dont les progrès sont constants. » (Charles Fegdal, « Société nationale des beaux-arts », La Revue des beaux-arts, 1er mai 1926, p.3)
L’année suivante, Clémentine est membre du jury de
peinture de la Société Nationale (Le Nouveau siècle,
3 avril 1927, p.4) et la Gazette des beaux-arts signale ses « toiles
rayonnantes de lumière » (J.G. Goulinat, « Les Salons de
1927 », 1er semestre 1927, p.291)
Puis
survient une nouveauté : « Clémentine Ballot avec la plénitude
de ses moyens d’expression, avec une technique cherchée, acquise, aujourd’hui
riche de dons sincèrement réalisés, expose des figures dans des paysages où la
préoccupation de l’atmosphère et du jour sont toujours présents. »
(Charles Fegdal, « Au Salon de la Nationale », Mediterranea, 1er
juin 1928, p.262)
Les « figures dans le paysage » semble avoir presque toutes disparu ou, du moins, on ne sait pas très bien où les chercher… celle-ci n’est pas très convaincante mais elle aurait sans doute besoin d'une bonne restauration.
Cette autre n’est qu’une petite vignette sur un site de vente…
… ou d’autres encore, trouvées sur le Net à propos d’une exposition présentée au musée Hôtel Lépinat, mais on n’en voit que des détails.
«
La galerie Georges Petit, 8 rue de Sèze, propose une présentation des œuvres de
deux artistes dignes d'attention. La première est Mme Clémentine Ballot, qui
choisit pour sujets des jeunes femmes ramant sur une rivière dans une campagne
française. Les couleurs sont vives et fraîches et les jeunes filles possèdent
une vie et une vigueur rafraîchissantes. » (« Art and artist », The
Chicago tribune and the Daily news, New York, 18 novembre 1928, p.5)
« Mme Clémentine
Ballot connaîtra un succès de vernissage, cela n'est pas douteux, avec la Femme
en rose dont le grand chapeau nous masque le visage, que l'on imagine joli, dans cette
barque sur le fleuve, la Seine sans doute, car la même artiste expose à côté quatre
paysages des Andelys, trop faibles d'accent. » (Louis Paillard, « A
la "Nationale" », Le Petit Journal, 30 avril 1929, p.2)
Cette Femme en rose, nous ne la verrons plus. L’artiste l’a offerte à la mairie des Andelys, où elle a été accrochée… mais la mairie elle-même a été détruite dans un bombardement en juin 1940.
Au cours des années 1930, la reconnaissance de Clémentine ne
faiblit pas. De fait, on parle d’elle tous les ans dans la presse, à l’occasion
d’expositions de groupe…
« Du côté de l'Etoile, avenue de la Grande Armée, douze artistes normands vous attendent. (…) Mme Clémentine Ballot [évoque] la joie ensoleillée d'une nature estivale. » (René Chavance, « Dans les galeries », La Liberté, 1er janvier 1930, p.2)
… notamment celle, rapidement qualifiée
« d’historique » qui réunit, fin mai 1930, les « Peintres de la vallée la Creuse » dans la salle du Petit Parisien.
Elle s’y trouve en compagnie de ses maîtres, Detroy et, bien sûr, Guillaumin.
Et puis, il y a le Salon : « La peinture féminine est représentée
par des envois souvent très remarquables. (…) [Citons encore…], les excellents
envois de Clémentine Ballot, ses sensibles paysages et cette composition
baignée de reflets harmonieux : En barque. » (Gaston Derys,
« La participation féminine au Salon, A la Nationale », Minerva,
1er juin 1930, p.15)
Clémentine
expose à présent cinq ou six toiles tous les ans. En 1931, par exemple : Le
Gué, Promenade matinale, Sur la terrasse, Bords de rivière, Les Peupliers et
Bouquet de la Mariée.
Les Peupliers est acquis par l’Etat (et se trouve à présent au Consulat de France à Berlin) et Sur la terrasse est cité par de nombreux journaux.
La peintre est à présent suffisamment connue pour que certaines de ses toiles soient reproduites dans le catalogue officiel.
« Les paysages sont nombreux, comme toujours, extraordinairement variés de facture. Que les artistes ont de manières de voir la nature ! La Bretagne et la Creuse sont toujours en grande faveur, voici l’Anglin de Clémentine Ballot » (Jacques des Gachons, « Le tour du Salon », Revivre, 20 mai 1931, p.6)
Son style et sa palette évoluent. Avec leurs tonalités plus douces et plus fondues, ses toiles adoptent les tendances des années 1930.
En 1932, Clémentine participe aux jurys de peinture des deux salons, la Nationale
et les Artistes français (Les Annonces de la Seine, 25 mars 1932,
p.1235) et la ville de Paris acquiert un Jardinier que j’ai cherché
en vain dans les collections municipales…
Elle expose aussi, mais Gustave Kahn a oublié de préciser dans quelle galerie, alors même qu’il l’a complimentée : « Mme Ballot revêt ses paysages et ses décors d’une sorte de brume paisible qui en sensibilise la lumière en la multipliant. Cette façon de traiter la lumière est la marque de sa personnalité. C’est une qualité bien à elle qui la classe parmi les peintres originaux, et c’est une qualité charmante. » (Mercure de France, 1er janvier 1932, p.188)
Quant à l’intraitable Vauxcelles, il continue de glisser chaque année un petit commentaire de soutien : « Nous trouverons (salle C) de fraîches notations de la vallée de la Seine de Mme Clémentine Ballot. » (« Salon de la "Société nationale" », Excelsior, 30 avril 1932, p.4)
Aujourd’hui, en comparant les vues, on s’aperçoit que Clémentine a arpenté avec constance les mêmes bords
de Seine, sous des angles différents …
… et n’a évidemment pas manqué l’incontournable Château-Gaillard !
Mais
elle continue à peindre un peu partout, comme le souligne Gustave Kahn, lequel,
lui aussi, soutient son travail dès qu’il en a l’occasion :
« Clémentine Ballot a trouvé en Provence des formes de villages escaladant
en bouquet serré de maisons et de cimes de collines. Elle note avec une
délicate précision des temps gris, toujours précieux, à l’horizon du port de
Saint-Tropez et n’oublie pas de nous représenter un pays dont elle est
accoutumée de peindre la nuance et la sensibilité, Angle-sur-Angelin, une des
jolies villes du Bas-Poitou. » (« Le Salon de la société nationale,
la peinture », Le Quotidien, 1er mai 1934, p.2)
En 1936, son exposition personnelle à la galerie Bernheim Jeune « Paysages de France et d’Espagne » est largement commentée par la presse, en termes parfois dithyrambiques :
« J’ai
trouvé le printemps tout de même, grâce à une magicienne. En peu de minutes,
j’ai découvert, dans un parc imaginaire, les branches, les haies, les gerbes
qui ornent les allées de l’espoir, de l’allégresse et du rêve. (…) Je songeais
à cette eurythmie de l’aspect, du visage et de la fleur, gamme savamment
composée de tons et demi-tons imperceptibles — à cette palette aussi mélodieuse
dans le clair-obscur que dans la notation fastueuse et chatoyante. Toute
mélancolie a disparu. On efface de la mémoire les discussions du café, de la
rue, du parlement. En sortant, réconfortée, de l’exposition de Clémentine
Ballot, je suis prête à jurer - j’affirme - que l’entente des peuples et des individus
peut n’être pas un mythe. Je crois à la Paix. » (Rosita,
« Aujourd’hui, la Paix », Juvénal, 21 mars 1936, p.26)
Je précise que le musée de Bordeaux présente cette toile sous le nom de « C. Bellot » (tout en précisant plus loin dans sa notice que la toile est signée « C. Ballot ») avec comme titre : Village Basque. Mais, selon Wikipédia, les archives de l’artiste qui récapitulent ses œuvres dans les collections publiques indiquent qu’il s’agit de Saint-Antonin-Noble-Val, petit village du Tarn et Garonne. Après consultation des photographies du village en question (voir ci-dessous où l’on reconnaît parfaitement l’alignement des maisons en aval du pont, notamment la maison aux volets bleus), j’ai décidé que Wiki avait raison, d’autant que l’ensemble évoque assez peu la volumétrie et les couleurs d’un village basque. Consulté en juin dernier, le musée n’a pas répondu à ma question sur ce point.
Louis Vauxcelles, qui a rédigé l’introduction du catalogue, lui consacre un long article que je reproduis ici car il évoque sa carrière et la diversité des thèmes présentés : Trois huiles de la Creuse, huit des Andelys, onze du Poitou, trois d'Indre, vingt-et-une de Provence, quatre des Baléares (1932), trente-deux de Catalogne espagnole (1934-1935), treize tableaux de fleurs en plein air et une quinzaine de dessins.
« Clémentine Ballot,
l’une des femmes artistes les plus distinguées de ce temps, de celles qu’il
sied de classer en cette élite où nous comptons Louise Hervieu, Suzanne Valadon,
Emile Charmy, Hermine David, Marie Laurencin, Adrienne Jouclard, Hélène Marre,
Antoinette Destrem, Berthe Martinie, et Henriette Groll, réunit à la galerie
Bernheim Jeune une centaine de toiles en une exposition plénière. Clémentine
Ballot s’est, depuis toujours, consacrée presque exclusivement au paysage. Si,
en effet, la cimaise de MM. Bernheim nous offre quelques natures mortes et
bouquets d’un séduisant chatoiement, c’est à titre exceptionnel, et l’artiste
les a brossés sans doute quand la température inclémente lui interdisait de se
rendre au motif. Toute son œuvre, peut-on dire, est dédiée à l’étude de la
nature.
Ce que Clémentine Ballot aime, et traduit avec une croissante autorité, c’est le ciel, la poursuite des nuages, les pierres des vieux villages, la vallée, la prairie ou les cimes. Je me souviens qu’un grand artiste, qu’elle a connu et vénéré, auprès duquel elle a travaillé à Crozant sans jamais songer à l’imiter – c’est Armand Guillaumin que je veux dire – prisait fort le talent de Mme Ballot, et le déclarait d’une "excellente technique". Un tel compliment, décerné par un maître qui ne flattait point, est à la fois une récompense et un hommage.
Ce qui caractérise le talent de Clémentine Ballot, c’est qu’elle n’arrive pas devant le motif avec une préconception arrêtée. Tout en attestant son style parfaitement personnel, elle saura se subordonner à la lumière du pays qu’elle portraicture [sic]. Ses ciels étoffés, aériens, lointains, ne sont jamais monotones. Elle a exprimé jadis l’âme de la Creuse et les gelées blanches du Pont Chareau, les brumes printanières sur les crêtes couronnées de ruines féodales, n’eurent point de secret pour elle. La fraîcheur exquise de la basse Normandie, ses pâturages gras et pulpeux, retinrent ensuite son attention : sa série des Andelys est recherchée et figure dans les collections les mieux triées.
Tout en admirant sa robuste suite de toiles du Poitou et de
l’Indre, ses notations ensoleillées de Provence et du Quercy, c’est aujourd’hui
son ensemble catalan que je veux signaler.
Laissant à d’autres coloristes l’Espagne flamenca des gitanes, des
toreros et des jardins ombreux de Grenade, Clémentine Ballot a passé deux
années d’études passionnées dans un coin de Catalogne. Cadaquès est un gros
bourg surmonté d’une église romane d’une austérité primitive. Les tableaux de
Clémentine Ballot accompagnés de grands fusains d’une exécution consommée,
traduisent le poésie farouche de cette terre désertique.
D’un charme fleuri quand elle peint les Andelys, âpre et tragique lorsqu’elle peint Cadaquès, le talent de cette artiste est donc de la plus riche complexité. A son exposition est assuré un succès du meilleur aloi. (Louis Vauxcelles, « Exposition Clémentine Ballot », Excelsior, 16 mars 1936, p.6)
Le même accueil chaleureux est réservé aux toiles espagnoles qu’elle
expose à la Nationale, notamment de la part de Georges Turpin, qui les trouve
« heureusement colorées » dans La
Griffe (10 mai 1936, p.16)
« Voici (…) Cadaquès, par Clémentine Ballot, qui, tout en observant le fatal chaulage des façades, sait en tirer le trait personnel, loin des conventions. Son église a cette construction qui sut profiter du cubisme - elle n’en fait pas – mais laisse courir heureusement son pinceau. Vraie Espagne. » (Adolphe de Falgairolle, « Plus de vie, d’accent et de vérité à la Nationale », Le Petit Marseillais, 6 mai 1936, p.6)
Après le décès de son mari, qui survient le 22 juin 1937, l’activité de Clémentine ne faiblit pas : salon de la Nationale, où elle siège à présent au conseil d’administration, exposition collective d’œuvres féminines au siège du Congrès à Paris, exposition à la Galerie Charpentier en octobre et nouvelle exposition de femmes à la galerie Carmine, en février suivant.
Enfin, elle est élevée au grade de chevalier de la Légion d’honneur, le 31 octobre
1938.
Peut-être vit-elle en Corse pendant la guerre, car on voit apparaître dès 1940 les premières images de Calvi…
Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France
Et, si elle ne participe pas au « Salon unique » de 1941 (pendant la guerre, la Nationale et les Artistes français exposent ensemble), elle est de retour dès 1942 et restera fidèle au Salon jusqu’en 1949, avec cinq à dix toiles chaque année. Et les commentaires sont toujours aussi louangeurs :
« Mme
Clémentine Ballot paysagiste d’un charme rare. » (Léon Cathlin, « Le
Salon de 1945 », Rolet, 24 mai 1945, p.3)
« Clémentine Ballot fait, à son habitude, un excellent envoi » (Pierre Imbourg, « La peinture au Salon », Beaux-arts : le journal des arts, 2e trimestre 1949, p.9)
Et l’Etat continue à acquérir régulièrement ses œuvres au Salon :
En
1950, Clémentine reçoit même le prestigieux Prix Puvis de Chavannes, remis
chaque année à un artiste par la SNBA et, en 1952, la galerie Marcel Bernheim
présente ses « Cinquante ans de peinture », assez largement saluée
par la presse.
« Ceci
est la rétrospective de cinquante années de peinture. Rétrospective qui,
cependant, n’est pas faite pour nous inciter à nous attendrir sur le passé de
l’artiste, car - heureux déroulement - les dernières productions sont bien les
meilleures. Le soin apporté à l’exécution est un des traits dominants de
l’œuvre de Mme Ballot ; mais cela ne signifie pas qu’il s’agisse de "léché". Il y a dans ces tableaux
une certaine force qui les pourrait faire attribuer à un homme. Je pense
notamment aux paysages d’Arcy-sur-Cure et de Sainte-Marine. » (Jacques Peuchmaurd,
« Clémentine Ballot », Arts : lettres, spectacles, musique, 29
mai 1952, p.10)
Clémentine exposera à nouveau chez Bernheim en mai 1954, puis, une dernière
fois : « Une exposition de toiles déjà anciennes de Clémentine Ballot
a eu lieu à la Galerie des Orfèvres, place Dauphine, du 12 au 23 mai, présentée
par Maximilien Gauthier. Vingt ont été peintes à Crozant entre 1912, date à laquelle
elle y connut Guillaumin, et 1918. » ((Mémoires de la société des sciences
naturelles et archéologiques de la Creuse, Tome 35, premier fascicule, 1963, p.
XXI)
Clémentine Ballot est morte le 19 novembre
1964, en son domicile du 10 rue Saint-Senoch à Paris (17e).
*
Je n’ai trouvé dans la presse aucune mention de son décès. L’oubli avait déjà commencé et s’est poursuivi, semble-t-il, pendant près de cinquante ans. Certes, le paysage n’est pas le genre le plus valorisé par l’art contemporain mais… on n’a oublié ni Armand Guillaumin, ni Paul Madeline qui sont tous deux présents au musée d’Orsay !
Dans les années 2020, Clémentine a commencé à réapparaître : au musée Hôtel Lépinat, à Crozant, qui a organisé une exposition Clémentine Ballot, en juin-novembre 2022 ; puis au château de Gargilesse qui a accueilli les « Inspirées de la vallée de la Creuse », en juin 2025, une exposition consacrée aux peintres féminines qui y ont œuvré entre 1850 et 1950.
Enfin, le musée des Beaux-Arts de Draguignan présente actuellement « Les Roches Rouges, Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle » où figure, selon le dossier de presse : « Clémentine Ballot, l’une des rares femmes actuellement connues à avoir peint dans l’Estérel [et] saisi le motif à proximité du phare d’Agay dans Les rochers rouges. »
Présentés en compagnie des vues d’Agay d’Albert Marquet, d'Armand Guillaumin, de Louis Valtat, de Lucien Lévy-Dhurmer et de Ker-Xavier Roussel, les Rochers rouges de Clémentine Ballot sont loin de démériter.
Nous terminons, évidemment, par les natures mortes. Je n’en ai trouvé que deux. La première est peut-être celle qu’évoquait un dénommé J. Raymond dans La République française : « Mme Ballot a l'ingénieuse idée de peindre des fleurs sur une table, près de la fenêtre ouverte, d'où l’on aperçoit un beau paysage, qui forme un second plan ; c’est une conception très originale. » (« Clémentine Ballot », 24 décembre 1923, p.2)
Originale,
peut-être, mais n'exagérons rien tout de même : les natures mortes devant la fenêtre sont assez nombreuses dans l'histoire de l'art.
Le sujet de l’autre, je l'avoue, est un peu moins ma tasse de thé mais la langouste peut encore s'échapper…
*
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