Hermine
Lionette Cartan est née avenue des Ternes, à Paris (17e), le 19 avril 1886.
Elle est la fille de de Ferdinand Cartan, âgé de 27 ans, « garçon de
recettes » (agent en uniforme qui était chargé de l’encaissement des traites
commerciales) et de Marcelle David, âgée de 32 ans, gouvernante. Ses parents
sont mariés et domiciliés 21, avenue Carnot. (Acte de naissance : V4E
7357, n° 1363, feuillet 5)
Ce document est le seul sur lequel on peut s’appuyer pour s’en tenir à un semblant de vraisemblance car personne n’a jamais écrit sur la vie d’Hermine, du moins à ma connaissance, et on trouve sur le Net beaucoup d’informations inexactes… à commencer par la notice, parue dans L’Amour de l’Art du 1er janvier 1933, (p.206-207) auquel chacun se réfère avec un bel enthousiasme.
Sauf que ladite notice est à considérer avec un brin de circonspection, même si l’on veut bien admettre qu’écrire qu’elle a « fait un séjour aux Beaux-Arts » ne signifie pas qu’elle y ait été inscrite (elle ne figure ni à « Cartan », ni à « David », ni à « Cartan-David », dans la liste des élèves de l’Ecole). Le même article indique qu’elle a étudié à l’académie Julian, et notamment l’atelier de Jean-Paul Laurens, entre 1901 et 1905. Je n’ai pas pu le vérifier mais admettons car il faut bien qu’elle ait appris son métier quelque part.
En revanche, pour ce qui est d’une première participation, en 1901, au Salon des Artistes français, la réponse est clairement négative. Il semble bien, pourtant, qu’elle ait participé à l’Exposition de l’Union des femmes peintres et sculpteurs de 1907 mais sous le nom de Carthan-David…
En fait, le premier salon auquel elle a participé, sous le nom de David, est le Salon d’Automne de 1910, avec trois pointes sèches, intitulées Usine à Puteaux, La rue du Mont-Cenis, Montmartre et Quai des Grands-Augustins.
Elle est alors domiciliée à Asnières, ce qui laisse entendre que, bien qu’ayant fait la connaissance, en 1907, du peintre bulgare Jules Pascin - de son vrai nom Julius Pinças - elle ne vivait pas encore avec lui, puisqu’il habitait alors un atelier impasse Girardon, à Montmartre, comme la plupart des jeunes artistes de l’époque.
Ce n’est qu’en 1910, quand sera inaugurée la ligne de métro alors dénommée « Montmartre-Montparnasse », que les peintres de Montmartre commenceront à migrer en nombre vers la rive gauche, dans le quartier Montparnasse, alors en grande partie champêtre.
Jules Pascin est arrivé à Paris en 1905, après avoir travaillé comme collaborateur régulier dans plusieurs journaux satiriques munichois, Simplicissimus, Judge et Lustige Blatt. Il est déjà connu et travaille ponctuellement pour plusieurs publications parisienne. Il voyage aussi, en Afrique du Nord, et se trouve à Londres en 1914 à la déclaration de guerre. Sa nationalité lui interdisant de revenir en France, il part en septembre 1914 aux Etats-Unis et obtiendra la nationalité américaine quelques années plus tard.
C’est probablement grâce à Pascin qu’Hermine a intégré rapidement le groupe des peintres de Montparnasse, dont les germanophones du café du Dôme. Elle figure brièvement dans les descriptions des habitués de ce café où les femmes sont pourtant rares : « Une photo prise au Dôme en 1910 [le] confirme. Dans une assemblée toute masculine, quelques femmes sont présentes : Hermine David, la compagne de Pascin qui ne parle pas un mot d’allemand mais qui est capable d’y passer ses soirées à dessiner sans relâche ; Sigrid Hjertén, la peintre suédoise, épouse d’Isaac Grünewald. » (Annette Gautherie-Kampka, Les Allemands du Dôme : la colonie allemande de Montparnasse dans les années 1903-1914, P. Lang, Berne, 1995, p .60)
Sigrid Hjertén (voir sa notice) peindra, en 1922, un portrait qui ne cache pas le handicap d’Hermine, dont les yeux ont été marqués par un accident domestique quand elle était encore jeune fille.
Dans
les années 10, Hermine est essentiellement graveuse, après avoir brièvement
travaillé la miniature sur ivoire. Lors de sa seconde participation au Salon
d’Automne, en 1912, elle présente deux gravures et trois dessins, dont l’un, Trafalgar
Square, laisse supposer qu’elle a rendu visite à Pascin lorsqu’il était à
Londres. Au Salon d’Automne suivant, elle montre encore quatre estampes, huit
dessins et, pour la première fois, deux peintures, une Rue et Gare de
ceinture.
Selon le directeur du Crapouillot : « Hermine David a commencé à graver des bois, sans prétention, comme d'autres dames font du crochet ou de la broderie ; ça vaut mieux que d'aller au café. (!…) Et puis, un beau jour, elle sortit ses gouaches, et subitement les petits camarades s'aperçurent qu'elle avait un talent considérable. » (Jean Galtier-Boissière, Mémoires d'un parisien, Quai Voltaire édit., Paris, 1960, p.543)
Pascin se trouvant empêché de revenir à Paris, Hermine le rejoint aux Etats-Unis au printemps 1915. Elle voyage avec lui en Louisiane et à Cuba. De nombreuses petites aquarelles et quelques huiles en témoignent (cliquer pour agrandir).
En
1918, alors qu’ils se trouvent à New York, Hermine et Pascin se marient, le 25
septembre 1918.
Et
pendant qu’Hermine peint, Pascin peint beaucoup de femmes mais aussi Hermine, dans toutes sortes d’activités
domestiques mais jamais en train de pratiquer son art.
Tous
deux rentrent en France en 1920 mais leur union devient encore plus compliquée qu'elle ne l'était déjà : juste avant de partir, Pascin était tombé amoureux d’une jeune modèle, Cécile
Vidil. Il la retrouve, devenue entre-temps Lucy Krohg, l’épouse du peintre Per
Krohg (1889-1965).
« Epouse modèle, c’est-à-dire discrète, Hermine David sut faire la part du feu, acceptant même de pactiser avec Lucy Krohg, sa rivale, pour protéger le repos de ce guerrier blasé. » (J.P Crespelle, La folle époque, Hachette, Paris, 1968, p. 80)
Cependant, Hermine n’a pas seulement affaire à une rivale. Pascin est habité de « son incessant besoin d’ailleurs, de sa curiosité perpétuellement en quête, de son impuissance à "se fixer", de ses continuels départs et des appels qui le sollicitaient de toutes parts. (…) L’œuvre de Pascin n’est pas exempte de volupté, certes, mais c’est une volupté triste qui la baigne d’une atmosphère inclémente, désespérée. Volupté morbide de cet œuvre où tant et tant de chairs de femmes et de bouquets grésillent pourtant des plus subtiles harmonies colorées. » (Roger Brielle, L'Amour de l'art, janvier 1933, p.144-145)
Toutes les chroniques de l’époque racontent la même histoire, celle d’un homme habitué des maisons closes, torturé par une hantise charnelle. Puis vient la période où il commence à boire et à se conduire avec provocation : « à une tablée, Pascin, terriblement ivre, se mit à déblatérer en termes orduriers contre les Français (…) Tous les Français sont des imbéciles ! criait Pascin. Ils nous embêtent avec leurs combattants, avec leur guerre ; les combattants, je les méprise ; ils y allaient parce qu'ils étaient forcés. Les blessés et les mutilés surtout me répugnent, on aurait dû les achever. (…) lorsque Pascin vint me souffler sa vinasse dans la figure, je l'écartai d'une simple bourrade, et il alla choir à une dizaine de mètres, devant le grand comptoir. Ses copains le relevèrent et l'emportèrent. » (Jean Galtier-Boissière, op. cit., p.544) Mais Berthe Weill, toujours équitable, de répondre : « Je réfute tous les mensonges du Crapouillot relatifs à Pascin sans défense… et si gentil, si spirituel… quand il est à jeun ! » (Pan dans l’œil !... op. cit., p.216) Bref, Hermine prend de la distance mais reste mariée.
Elle expose au Salon des Indépendants en 1922. « Dans cette salle, où Gromaire occupe le milieu de panneau, un envoi tout de suite m’attire : celui d’Hermine David, d’admirables bois d’une science actuellement sans égale. Ces trois envois des Indépendants : deux paysages d’une étonnante fantaisie et une délicieuse Noce de Saint Cloud la classant d’emblée parmi les meilleurs ». (Jean Galtier-Boissière, « Le Salon des Indépendants », Le Crapouillot, 1er février 1922, p.20)
Galtier-Boissière
est assez séduit pour ouvrir largement les pages de sa revue à Hermine. Au
cours de l’année 2022, elle apparaît tous les mois dans Le Crapouillot,
avec un bois qui généralement illustre un article, dont j’ai inscrit le titre
avec chaque image. Je ne montre que les plus lisibles.
Et le même journal ne manque pas de parler d’elle, à l’occasion du Salon d’Automne de la même année, en reproduisant une de ses quatre huiles :
« Voilà
une bien tendre petite station par Hermine David. C’est exquis, sans rire,
comme la jolie strophe de Paul Fort, vous savez bien : "le ciel vert où
tremble une étoile, Saint-Cloud qui s’allume, nos regrets, la vision du sentier
pâle qui reconduit à la forêt." » (Robert Rey, « Le Salon
d’Automne », Le Crapouillot, 1er novembre 1922, p.21)
« … les paysages exacts et précis de Mme Hermine David ont de grandes qualités. » (Mathilde Dons, « Les femmes au Salon d’Automne », La Française, 18 novembre 1922, p.4)
Il y avait aussi, au même Salon, une aquarelle intitulée Rue à Passy qui ressemblait peut-être à celle-ci :
Et
une gouache intitulée Faubourg.
Dès cette époque, Hermine entre en contact avec des éditeurs. Les relations amicales se transformeront rapidement en commandes, pour des éditions de luxe. L’édition devient une de ses activités récurrentes, tout au long de sa carrière. Dès 1923, elle rejoint l’association des Peintres Graveurs Indépendants, créée par Jean Emile Laboureur et Raoul Dufy, pour promouvoir les illustrateurs.
Et c’est aussi en 1923 qu’elle commence à participer à des expositions de groupe, à la galerie Vildrac, en janvier, en compagnie d’Othon Friesz, Vlaminck, Véra Rockline et Foujita (« Beaux-Arts, Floréal, 27 janvier 1923, p.58), puis chez Berthe Weill en février-mars : « un groupe des plus intéressants : Billette, Frélaut, Hermine David, Kayser, Léopold Lévy, Pascin, Per Krohg, Vergé-Sarrat et le grand sculpteur Despiau. O ! Honte ! Pas un de vendu. » (Berthe Weill, Pan dans l’œil !... Bartillat édit., Paris, 2025, p.193)
Puis,
en avril, elle bénéficie de sa première exposition personnelle chez Berthe
Weill, avec comme l’écrit la galeriste, un « vernissage en fanfare »
et une préface de catalogue signée d’André Salmon (Pan dans l’œil !...
op. cit., p.255)
Presque
en même temps, elle participe aussi au Salon de l’Araignée, créé en 1920 par Gustave
Blanchot, dit Gus Bofa, qui devint en 1922 le féroce critique littéraire du Crapouillot.
Elle y présente souvent ses bois gravés et estampes.
Ce
qui ne l’empêche pas d’être au Salon d’Automne, avec divers paysages, toujours
« animés » de personnages et de longues ombres portées.
« L'originale Hermine David, ses spirituels instantanés de banlieue, les verts grinçant sur les bleus, une acidité charmante, un art enfin très amusant. Ma foi, oui. » (Maurice Brillant, « le Salon d’Automne et ses nouveautés », Le Correspondant, 25 octobre 1923, p.751)
Et Hermine commence à être reconnue pour son travail dans l’édition.
En 1924, elle participe en janvier à la deuxième exposition de la Société des Peintres Graveurs Indépendants à la galerie Barbazanges dans « une atmosphère polie et intelligente qui surprend agréablement le visiteur. (…) Mme Hermine David traite le bois d'une manière très délicate, cherchant moins la variété des tailles que les oppositions, colorées. Cela fait merveille, surtout qu’elle porte dans tous ses ouvrages un sentiment exquis des jardins et des architectures, et ces grâces délicatement fanées qui évoquent les galanteries de Pater et de Lancret. » (Roger Allard, « Deuxième exposition des peintres graveurs indépendants », Paris Journal, 25 janvier 1924, p.5)
« Il y a beaucoup de poésie, et d’un accent très personnel, dans les gravures sur bois de Mme Hermine David, qui a tiré le parti le plus heureux et le plus imprévu de l’horrible architecture des maisons de plaisance que les cinquante dernières années du dix-neuvième siècle ont vues s’élever dans la banlieue de Paris. "Il n’est point de serpent ni de monstre odieux…" ; il n’est point de villa si ridicule et si laide qu’un burin spirituel et tendre en puisse rendre plaisante aux yeux. » (Roger Allard, « Les peintres graveurs », La Revue universelle, 15 février 1924, p.517)
Puis,
à nouveau, « Le Salon de l’Araignée, à la Galerie Devambez, groupe des
humoristes, d’une imagination vigoureuse et d'une fantaisie originale. (…) Hermine
David expose de délicats paysages méridionaux et une Fête des fleurs
d’un coloris éclatant. » (J. Raymond, « Le Salon de
l’Araignée », La République française, 15 mai 1924, p.2)
Puis vient juillet et le Salon des Tuileries : « Les vues de la banlieue parisienne de Mme Hermine David, surtout celle où un grand ciel nuageux se décompose, sont fort agréables à voir. » (François Fosca, « Le Salon des Tuileries », Gazette des beaux-arts, 1er juillet 1924, p.100)
Pourtant,
ce sont surtout des vues de Nice et de Provence que peint Hermine, cette
année-là, alors qu’elle habite quelques temps à Villefranche-sur-Mer.
« En
juillet 1924, et pour terminer la saison, groupe sensationnel : Bosshard, Raoul
Dufy, Hermine David, Kisling, Lurçat, Marcoussis et le sculpteur Zamoyski. Que
de visiteurs ! quelle foule ! Pas un ne vend ! » (Pan dans
l’œil !... op. cit. p.203)
Automne 1924 : exposition personnelle de « la talentueuse, la fine et charmante Hermine David. » (Pan dans l’œil !... op. cit. p.205)
En
1925, Hermine est revenue à Paris, puisque son atelier se trouve boulevard des
Batignolles.
Il
fallait bien rentrer, sans doute, pour son exposition chez Druet. « La
galerie Druet a débuté par une exposition d'Hermine David. S'il est permis de
demander à un peintre de nous donner une impression colorée dominante de
manière à ce que le souvenir du tableau soit d'ordre pictural et reste
indépendant du thème, on conviendra volontiers que l'œuvre d'Hermine
David répond à cette exigence. Cette œuvre est une vaste harmonie en
bleu-vert. C'est une belle coloriste, dotée d'une vision personnelle et lyrique,
fondée sur l'expérience et non exempte d'humour, que cette jeune femme qui
peint dans la joie et dont le moindre tableau est un poème en prose composé
d'un seul jet. » (Waldemar George, « Le mois artistique », L'Amour
de l'art, janvier 1925, p.453)
Puis
les Salons se succèdent : « M. Gus Bofa préside, avec une singulière
autorité, le Salon de l'Araignée, (Galerie Devambez). "Cette sorte de club d'artistes,
explique-t-il dans la préface au catalogue, existe depuis six ans déjà, et nous
en sommes encore à découvrir les causes profondes de ce groupement
inexplicable. Chacun de ses membres, pris individuellement, a l'horreur absolue
de la discipline, des règlements et obligations qui sont à la base de toute
société humaine. Au vrai, cet individualisme forcené est même le seul trait commun
à tous ces artistes et l'on peut admettre, provisoirement, que c'est leur goût
de l'isolement qui les a portés à se réunir." (…)
Des noms ? Voici : Georges Annenkoff, Antral, John Barber, Georges Bidle, Lucien Boucher, Bour, Nils de Dardel, Hermine David, Dignimont, Don, Van Dongen - au-dessus des partis, comme on voit. » (Le Curieux, « Les expositions », La Renaissance de l'art français et des industries de luxe, 1er juin 1925, p.281)
Les Tuileries : « Hermine David cultive l'anecdote ; ses scènes minuscules dans de vastes horizons sont toujours pleines de verve. » (Du Marboré, « Le troisième Salon des Tuileries », Septimanie, 25 juin 1925, p.20)
Ce tableau eut beaucoup de succès, je l’ai trouvé reproduit dans plusieurs publications, dont Art et décoration (novembre 1930, p.140) et Mobilier et décoration (1er décembre 1927, p.129) sous le titre d’autant plus curieux de Boulevard Raspail que, dans le même article, il est noté que « Hermine David fait circuler, au pied des palmiers niçois, sous un ciel nocturne, des élégants sortis du Casino » (ce qui souligne qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on lit dans les journaux…)
Cette
année-là, Hermine illustre un livre intitulé « Dix vieilles Chansons »,
dont j’ai retrouvé quelques pages de l’autre côté de l’Atlantique, dans un
musée auquel, visiblement, le texte ne dit absolument rien. En revanche, « Les
Brigands » me parlent, à moi qui les connais sous le titre de « La
complainte de Mandrin ».
« Je me souviens qu'un des premiers livres qu'elle illustra fut un recueil de vieilles chansons de marins dont les bois pleins de poésie, de fantaisie, avaient des trouvailles de pittoresque et d'exotisme si réussies qu'on ne pouvait rêver plus gracieuse invitation au voyage. » (Georges Pillement, « Hermine David », Art et décoration, novembre 1930, p.139-146)
Puis, du 19 décembre au 8 janvier 1926, retour chez Berthe Weill pour « La fleur animée », avec 61 peintres dont Émilie Charmy, Odette des Garets, Alice Halicka, Jacqueline Marval et Suzanne Valadon. (Pan dans l’œil !... op. cit. p. 260)
Et
les projets d’illustrations se succèdent :
L’année
1927 est également fertile en sorties de beaux-livres, illustrés par
Hermine…
« Un délicieux Nuits Chaudes du Cap Français de cette artiste si douée, Hermine David, la Marval de la gravure, qui pousse au paroxysme le plus élégant l'art et le goût de Guys pour les muses de la luxure. » (Les Cahiers de la santé publique, 10 janvier 1929, p.89)
…
ce qui explique sans doute que Pascin ait remarqué, pour une fois, qu’Hermine
travaillait !
Et,
à nouveau, les expositions défilent : en janvier-février, elle expose à la
galerie Mantelet avec Chériane, Foujita, Gromaire, Kvapil, Lhote et
Vlaminck ; en avril-mai, elle est chez Berthe Weill et, en juin, au Salon
de l’Araignée : « C'est un Salon extrêmement original, qui ne
ressemble à aucun autre, bien qu'il réalise en somme le type réduit du Salon
idéal, c'est-à-dire une réunion momentanée d'artistes qui exposent chacun le
meilleur de leur production de l'année et dont les œuvres, variées à l'infini,
vont du lyrisme d'Hermine David à l'idéologie plastique de Pascin, en
passant par tous les degrés intermédiaires de psychanalyse illustrée ou
d'imagination pure. » (« Au Salon de l’Araignée », Cyrano,
19 juin 1927, p.23)
En
août, c’est le « Salon d’été » à la galerie Granoff où elle présente
« une route qui garde sous ses ombrages des moutons de bergerie enfantine. »
(Ambassades et consulats : revue de la diplomatie internationale,
1er août 1927, p.80)
Et,
en décembre, c’est l’exposition de groupe « La fleur en plein air »,
chez Berthe Weill, au sujet de laquelle Louis Léon-Martin écrit une bien jolie
préface : « L’admirable en Mme Weill c’est qu’elle n’est pas une mère
égoïste. Elle n’a jamais cherché à se réserver "ses" artistes Elle les a
lancés ; après quoi elle les a laissés se dirigera leur guise. Ce respect de l’indépendance
est significatif. Tant de marchands aujourd’hui n’accouchent d’un semblant de
talent que pour l’exploiter méthodiquement. Le cas de Mme Weill est évidemment
anormal. Son originalité frise le défi. Elle ne s’est pas scandaleusement enrichie.
Elle n’a pas accaparé. Elle ignore l’étroitesse et la jalousie. Elle est
prodigue mais elle est vigilante. Elle ne caquette pas affolée au bord de la mare
où ses poussins-canards se sont élancés. Elle les suit des yeux. Elle s’y
intéresse et les encourage au besoin et avec quelle vigueur elle sait les
défendre ! Quand ils reviennent près d’elle, elle est heureuse. Elle les
aime… Et ils le lui rendent bien : à preuve ces "fleurs en plein air" qui
sont le thème choisi cette année et dont il serait peut-être temps que je vous
parle. » (Bulletin de la galerie B.Weill, n°59, 12 décembre 1927)
Et en 1928, tout recommence : la 6e exposition des peintres graveurs indépendants en mars, puis « une intéressante exposition des illustrateurs du livre moderne, où se voient les meilleurs de nos peintres graveurs indépendants tels que Laboureur, Luc-Albert Moreau, Galanis, Hermine David, Daragnès, Marc Chagall » (Charles Fegdal, « Pavillon des arts décoratifs », Mediterranea, 1er avril 1928, p.178)
En juillet, elle est exposée à la galerie Yannik, à Montparnasse, avec notamment Mela Muter. (L'Europe illustrée, 15 juillet 1928, p.18) puis, en novembre, à la galerie Vildrac.
Et elle illustre le roman de Jean-Paul Toulet, La Jeune fille verte.
En
1929, Hermine visite Palma de Majorque. Elle en rapporte une moisson de
croquis, d’estampes et d’huiles.
Elle participe, cependant, à la 5° exposition du Groupe de femmes peintres françaises à la galerie Hodebert en mai, puis à une exposition de groupe à la galerie Carmine en août, en même temps qu’une exposition collective de dessins et gravures à la galerie Nouvel Essor…
… et, en fin d’année à la traditionnelle expo de groupe chez Berthe Weill, cette fois sur le thème du « Blanc ».
L’année 1930 commence avec un compliment : « A l’exposition des Peintres graveurs indépendants, chez Georges Bernheim, « les illustrations d’Hermine David pour Le Grand Meaulnes sont dignes du chef-d’œuvre qu’elles commentent », affirme Georges Guy dans La Griffe du 6 mars 1930 (p.3).
« Le
Grand Meaulnes avec ses gravures coloriées qui traduisent merveilleusement
les qualités de poésie et de mystère du livre d'Alain-Fournier. Et cela nous
permet, justement, de mesurer toute la variété et toute la souplesse de son
talent. » (Georges Pillement, « Hermine David », Art et
décoration, novembre 1930, p.139-146)
A Montparnasse, l’ambiance est joyeuse : « Pas comme tout le monde, mais sur le toit. On a installé au sommet d'un café célèbre à Montparnasse, une terrasse où journalistes et peintres ont leur jeu de boules… Mais oui, comme les gens de village sur la place de l'église, le dimanche après les vêpres. Seulement là, et là seulement, vous rencontrerez, s'amusant comme des enfants, Foujita en maillot de cycliste, Othon Friesz en bras de chemise, Hermine David les cheveux au vent, et Derain, et Waroquier, et Céria, et Marcel Sauvage… Une garde veille aux barrières de ce Louvre. Et nul curieux qui ne serait point peintre ou écrivain ne jouera là à l'ombre du drapeau vert aux boules blanches. » (Michelle Deroyer, « Journalistes et peintres s’amusent », L’Africain, 25 avril 1930, p.6)
En mai, Hermine expose à la galerie Trémois.
Mais le 2 juin… « André Salmon, qui découvrit dans son atelier son ami Pascin pendu n'a pas encore compris ce suicide. (…) Et, pieusement, André Salmon, aidé par Hermine David et Lucy Grog [sic], fit donner à son vieux camarade de Montparnasse une sépulture discrète. - Quand la famille viendra de Bulgarie, elle n'aura rien à nous reprocher, conclut-il... (…) Pascin avait, depuis un mois, préparé sa mort et rédigé son testament. Dans une lettre soigneusement enfermée dans une enveloppe, on lut : "Hermine David, ma femme, et Lucy Grog, mon amie, se partageront ce que je possède : les toiles accrochées dans mon atelier, les toiles actuellement à New-York, chez M.… et Cie, mes dessins, mes croquis, mes meubles et mon compte en banque." D'une main ferme, il avait ajouté : "Adieu à tous." » (« Le testament », L'Œil de Paris, 21 juin 1930, p.13)
Bernheim-Jeune venait de lui accorder un contrat. « Est-ce
ce succès encombrant dont il ne savait que faire - l'embourgeoisement dégoûtait
ce vagabond -, est-ce la passion sans lendemain qu'il éprouvait pour Lucy Krohg
ou, plus viscéralement, le désespoir de vivre qui le pousseront à se donner la
mort dans son atelier, en juin 1930 ? Plus d'un millier d'amis - les galeries
ont fermé - suivront sous un soleil sans nuage le convoi funèbre de cette "étoile
égarée". Personne ne le sait encore, mais c'est sa jeunesse, insouciante et fantasque,
que Montparnasse enterre ce jour-là. » (Valérie Bourgault, Paris-Montparnasse
à l’heure de l’art moderne, Paris, Terrail, 1996, p.168)
En octobre, Hermine expose à la galerie Zak, avec huit autres femmes. « Hermine David rend avec simplicité le charme d’une vieille église ». (Le Quotidien, 15 octobre 1930, p.5)
Au printemps 1931, elle participe à l'exposition des femmes artistes modernes (FAM) à la galerie Pigalle. « Nommer quelques-unes de ces artistes, semble bien difficile, car on voudrait en nommer un grand nombre. Naturellement les dessins de Louise Hervieu, Hermine David s'imposent. » (Jacqueline d’Hariel, « En suivant les expositions », Les Annales coloniales, 1er mars 1931, p.15)
Elle
a aussi peint cette année-là une Place de la Bastille (fort ombragée à l’époque mais
on distingue au fond le petit Génie), acquise en 1937 par la ville de
Paris.
Son activité d’illustratrice est intense. Elle participe à une publication sur Kiki de Montparnasse, Kiki, souvenirs, avec des illustrations de Kisling, Foujita, Per Krohg, éditée par Paris Montparnasse. (Jazz, 15 juillet 1931, n.p.). Comme les autres peintres, elle a été sollicitée pour un portrait, qu’hélas je n’ai pas retrouvé. Kiki et Hermine se connaissent bien, elles fréquentent ensemble Le Dôme et La Coupole, inaugurée le 20 décembre 1927.
Et
d’autres publications se succèdent.
Elle revient à l’exposition des FAM en 1932 où Claude Roger-Marx remarque qu’elle « semble viser à un nouveau classicisme. » (« Dames seules », L'Art vivant, 1er janvier 1932, p.142).
J’ai trouvé dans le fond Marc Vaux une toile datée de 1932. Je la pose ici pour montrer que les centres d’intérêts d’Hermine étaient assez divers. Ici, probablement, une course à Saint-Cloud.
Elle
est nommée au grade de chevalier de la Légion d’honneur, dans la promotion de
l’Education nationale. (JORF, 23 octobre 1932, p.11356) et retourne chez
Berthe Weill en fin d’année pour une « exposition de peinture, aquarelles
et dessins avec livres d’occasion illustrés » (Pan dans l’œil !...
op. cit. p.276)
Et,
à nouveau, des illustrations :
Début 1933, à l’initiative de l’éditeur François Bernouard, a lieu au café Bullier une réunion de « ceux de 14 séparés par la guerre » : « Eh bien ! on a vu, ce fut magnifique. Il est venu en très grand nombre des amis d'hier et d'avant-hier, des gens qui n'ont pas coutume de se déranger pour rien. Ils arrivaient poussés par le désir de se retrouver dans une ambiance qui leur avait laissé au fond du cœur un souvenir impérissable. Paul Fort, en quelques mots, mit exactement les choses au point. Il évoqua le temps de la Closerie et de Vers et Prose, et ce qui en résulta, c'est-à-dire la naissance de Montparnasse. On avouera que ce n'est pas rien. (…) La chaude atmosphère de la réunion disposait au plus bel optimisme. La salle du café-bar était trop petite pour contenir tout le monde. » (André Warnod, « Ceux de de 1914 séparés par la guerre ont tenu à Montparnasse dans un petit café une brillante réunion de rentrée », Comœdia, 29 janvier 1933, p.1-2)
Tous les noms
cités ne me sont pas connus, j’ai cependant relevé ceux de Paul Poiret, Othon
Friesz, Du Marboré, Charles Fegdal, le docteur Madrus, etc. Très peu de
femmes… mais Hermine y était.
Avant
le décès de Pascin, Hermine s’était rapprochée de Lucy Krohg. Elles travaillent
désormais ensemble, à la fois pour que l’œuvre de Pascin ne tombe pas dans
l’oubli mais aussi parce que Lucy commence à exposer Hermine dans sa galerie.
Et là, surprise : « Voici une autre mélodie, plus claire, plus lumineuse, et un peu plus accentuée, non moins fine et non moins bien réglée par un goût sans défaut. Ce sont les trois envois de la charmante Hermine David. Comment ne pas se réjouir qu’un talent si original, si subtil et si aimable, se tourne au service du Christ ?... Elle expose d’abord un tableau assez vaste, d’une composition à la fois très naïve et très adroitement équilibrée, où l’on voit à droite le repas de Béthanie (scène principale encore que ce soit la plus réduite) et à gauche, évocation simultanée ou prophétie qui se réalise à l’arrière- plan, la Ville sainte et la marche de Jésus vers sa Passion. (…)
Le « repas de Béthanie », autrement dit « Jésus chez Simon le Pharisien », dit aussi Simon le lépreux.
(…) Les petits personnages, dont use si volontiers Hermine David et avec tant de bonheur, sa façon de traiter les masses humaines en mouvement, sans confusion, avec une extrême délicatesse, l’ont naturellement servie dans une telle composition. On les retrouve dans cette vue d’église - de cathédrale - animée par une cérémonie à l’autel et une foule, où les religieuses et les enfants qu’elles dirigent font des groupes charmants, une foule dispersée avec une liberté séduisante et qu’ordonne, caché, le rythme le plus sûr et le plus harmonieux ; et l’église, enveloppant ces frêles personnages mangés par l’immense vaisseau et comme baignés de spiritualité, l’église illuminée, sans éclat indiscret, par les vitraux d’un bleu profond et les cierges à la flamme jaune, devient immense et mystérieuse. (…)
(…) Les trois envois d’Hermine David comptent parmi les plus originaux, les plus séduisants, les plus religieux aussi, d’une exposition qui ne montre qu’œuvres de choix. » (Maurice Brillant, « Art moderne d’inspiration religieuse », La vie intellectuelle, 10 avril 1933, p.130-131)
Hermine
participe aussi à l’exposition des Femmes Artistes Modernes, qui ouvre le 9 mai
à la Maison de France (Union nationale des femmes, 10 mai 1933, p.3)
Elle y présente « deux paysages à la fois imaginaires et précis ».
(Philippe Chabaneix, « Les Femmes Artistes Modernes », Balzac,
1er juin 1933, p.8)
Ensuite, elle expose à la galerie André, rue des Saints-Pères, avec Zingg, Kvapil, Marquet, Manguin, Foujita, Marie Laurencin, Laboureur et Boullair. (La Semaine à Paris, 8 octobre 1933, p.40)
Mais
Hermine peint aussi quelques portraits. J’ai lu que Pascin le lui avait
interdit…, c’est possible. En tout cas, elle se rattrape dans les années
30 :
Puis, c’est l’annonce d’une nouvelle activité : « Ouverte par tradition aux artistes de notre temps, la Manufacture a fait appel, cette année, à MM. Daragnès et Galanis, et à Mme Hermine David. » (Eugène Marsan, « Sèvres en France », Art et Médecine, 15 octobre 1933, pp.23-33)
1934
s’ouvre avec une exposition chez Lucy Krohg : « Sur le thème de la
Nativité, chez Lucy Krohg, captivante réunion de peintures modernes, où
dominent celles de Gromaire, Goerg (en costumes d'aujourd’hui, ce qui est
traditionnel), Andrée Joubert, Hermine David. » (Maximilien Gauthier,
« Les expositions », L’Art vivant, année 1934, p.92)
Ensuite, elle est chez Bernheim : « Hermine David : La personnalité de cette artiste est plutôt composite, elle a fréquenté nos modernistes, aussi de nombreuses influences sont sensibles dans sa peinture. Pourtant quelques toiles ont une originalité de bon aloi. » (Albert Scheeberger, « Les expositions », Mercure universel, février 1934, p.39) et aussi au « Bal des Petits lits blancs » dont elle illustre le programme d’une aquarelle :
Puis,
à nouveau, chez Lucy : « Avec quelle claire douceur on la rencontre
dans la petite galerie de la place Saint-Augustin où Lucy Krohg a réuni, pour
l'actualité du temps pascal, des œuvres inspirées par la Passion du Christ. (…)
Hermine David, au contraire, peint comme les reflets des êtres et des choses
dans l’atmosphère ; presque dégagée elle-même du matériel, pas encore angélique
mais d'une candeur, d'une fraîcheur d'enfant visionnaire. Ainsi, dans son Portement
de Croix, qu'elle destine au [salon du] Trocadéro, les corps apparaissent avec la
seule densité de l'essentiel, du significatif. Pour la perfection d'une aussi
expressive technique, il ne manque plus à l'intuitive artiste que quelques
retraites, parfois… en les dessins d'Ingres ! (Jules
Bernex, « Le temps Pascal », Sept : l'hebdomadaire du temps
présent, 7 avril 1934, p. 9.)
« Le
drame de la mort du Christ, comme sa résurrection, a tenté les artistes pendant
des siècles. Il serait faux de croire que ces grands sujets ont perdu le
pouvoir d’inspirer leurs successeurs d’aujourd’hui. Et nous ne parlons pas
seulement des "peintres religieux", mais des peintres tout court, ceux dont
l’œuvre passe bien souvent pour plus que profane. Précisément. Il y a, pour
l’instant, à la Galerie Lucy Krohg, à Paris - celle-là qui avait organisé, fin
décembre dernier, une Exposition de Nativités - une Exposition montrant Pâques
vu par les Montparnassiens les plus notoires, parmi lesquels s’est à peine
glissé un certain Abbé Morel. Et s’il n'est pas étonnant d’y voir en belle
place Maurice Denis, un Desvallières ou même une Hermine David, dont la
simplicité et la foi s’accommodent aussi bien de la Pêche Miraculeuse
que de la Résurrection, il est certes plus imprévu d’y voir un Christ
à la Colonne signé Gromaire ou une Mise au Tombeau signée Dignimont. »
(« Le Temps Pascal », Hebdo, 6 avril 1934, p.7)
Cette année-là, l’Etat acquiert cette toile, qu’on imagine assez bien avoir fait partie de cette exposition sur la passion du Christ.
En juillet, elle est à la galerie Charpentier : « Une heureuse inspiration fut de faire appel au talent d’Hermine David qui est bien l’une des plus grandes artistes de notre temps. Coloriste remarquable, elle aime à souligner d’un dessin nerveux ses compositions si variées. Elle a compris admirablement tout le parti que l’on pouvait tirer des émaux et, sans renoncer au précieux côté anecdotique de son art, elle a su à merveille l’adapter aux formes fuyantes des vases qui ne permettent de voir qu’une partie de la composition. Voyez comme s’inscrivent ces grands arbres qui, entre des personnages, étendent leurs branches légères. » (Jacques Kim, « L’Exposition des Œuvres récentes de la Manufacture de Sèvres », Céramique, verrerie, émaillerie, juillet 1934, p.325)
A l’automne 1934, elle participe à une grande exposition internationale d’art sacré à Rome. Maurice Denis est l’animateur de la section française. On ne sait pas ce qu’elle y montre mais elle est citée par le magazine 1933 du 7 novembre 1934, (p.7)
Après
l’exposition du « Groupe féminin » où Hermine expose, rue du Colisée,
avec Marianne Clouzot, Magdeleine Dayot, Gonyn de Livrieux, Adrienne Jouclard,
Suzanne Lalique et Hélène Marre, etc. (La Presse, 22 janvier 1935, p.3),
c’est l’exposition des artistes du « Temps Présent » à la galerie Charpentier. « Hermine David s'attendrit,
joyeuse d'avoir trouvé l'essentiel »
(M.F. « La première exposition du Temps Présent », L’art et les
artistes, 1er février 1935, p.177)
On apprend ensuite qu’elle se rend régulièrement « au pied de la Montagne-Noire, presque aux confins de l’Aude, de la Haute-Garonne et du Tarn, dans un paysage de prairies et de peupliers aux bleus horizons, infiniment reposant, convenant tout à fait à la devise bénédictine. Le vent d’antan trouble bien quelquefois cette grande paix de la terre et du ciel mais si l’on considère une toile d’Hermine David, - familière de l’abbaye féminine voisine de Sainte-Scholastique, - peinture inspirée par ces lieux et qui pourrait s’appeler En Route comme le livre de Huysmans, on prête moins attention à l’inclinaison significative des platanes qu’à l’atmosphère de douceur azurée, à l’invite du chemin. » (Jean Lebrau, « A l’abbaye d’En Galcat (Tarn) », Les Amitiés foréziennes et vellaves, 15 mai 1935, pp. 667-668)
Cette description évoque un peu cette œuvre que je place ici à titre d’illustration.
Quant à l’abbaye Sainte-Scholastique elle-même, les photographies actuelles de l’endroit témoignent qu'elle est représentée ici :
On apprend aussi qu’à la même époque, Hermine a décoré un monument aux morts. « A la fin de la cérémonie, M. le Vicaire général bénit deux vitraux de la Maison Lorin, de Chartres, et une très belle fresque de Mme Hermine David, qui surmonte le monument aux morts de la guerre. » (« Veules-les-Roses, La Mission », Bulletin religieux de l'archidiocèse de Rouen, 22 juin 1934, p.564) Vous imaginez bien que j’ai cherché, mais la « belle fresque » ne semble pas avoir résisté au temps…
Mais
d’où vient cette conversion aussi soudaine qu’improbable d’une artiste de
Montparnasse ?
L’Intransigeant croit connaître la réponse : « Le Mal de M. François Mauriac, vient de paraître dans la Bibliothèque Grasset. Première édition en librairie, disent certains critiques. Cette assertion n'est pas exacte : Le Mal a paru en librairie dès 1926, orné de six pointes sèches, hors texte par Hermine David, et tiré à 1.250 exemplaires, aux éditions du Sans-Pareil, mais… sous, le titre de Fabien. C'est cette métamorphose qui a pu égarer le monde des lettres. Aujourd'hui que Fabien, dans l'édition définitive, est redevenu Le Mal, ce petit point de bibliographie mauriacienne nous a paru utile à fixer. D'autant que Fabien n’a pas seulement la valeur d'un livre difficile à trouver et que se disputent les bibliophiles : on dit qu’il a joué un rôle dans la conversion de Mme Hermine David, et que c'est en illustrant ce texte grave et fort, tout plein de le présence de Dieu, que la grande artiste a trouvé son chemin de Damas. » (« Histoire d'un roman », L’Intransigeant, 25 décembre 1935, p.4)
L’histoire
est reprise par plusieurs journaux.
Cette indiscrétion ne paraît pas avoir beaucoup troublé Hermine qui, un mois plus tard,
répond joyeusement à un questionnaire du même journal :
« Si vous aviez le loisir de faire le portrait d'un personnage connu, qui
choisiriez-vous et pour quelles raisons ? » Réponse : « (…)
je trouve que presque tous ont des têtes intéressantes, que l’intelligence
anime … mais oui ! Pour les Lettres, les Arts, le Théâtre, c’est la même
chose. Le Cinéma beaucoup moins, je puis me tromper. Non, tout compte fait, je n’arrive
pas à me concentrer sur une figure quelconque, bien que je sente qu’il y a
sûrement, parmi les gens illustres, certains que je réussirais très bien, que
je peindrais avec joie, même ceux qui ne sont pas jolis, jolis ! » (L’Intransigeant,
22 janvier 1936, p.4)
Tout
cela a dû créer une sorte de légende, puisque j’ai aussi trouvé, dans une
interview de l’académicienne Florence Delay, cette histoire bizarre à propos
d’un tableau d’Hermine qui décorait sa chambre de jeune fille : « Cette
Hermine David avait tenté de se réfugier dans un cloître, à la suite de la
trahison cruelle de son mari. Tentative à laquelle faisait allusion son tableau
représentant une sœur novice, bergère de moutons près d’une église et qui
échoua parce qu’on lui avait interdit de fumer dans sa cellule. Placée devant
ce dilemme : addiction à Dieu ou addiction à la cigarette, elle avait
choisi le monde et ses cendriers. » (Rencontre à Strasbourg,
30 avril 2010)
Et de conclure : « quand je songe à fuir "le couvent terrible des humains", image qui insiste et revient dans les grands romans agnostiques de Giraudoux, à fuir leurs demandes, leurs silences, leurs appels, leurs absences, leurs livres, mes devoirs, le souvenir d’Hermine m’en empêche ».
Allons bon… Mais il est vrai que, sur beaucoup de photos (comme celle avec Kiki, supra),
Hermine a une cigarette aux lèvres… !
Il
était temps de commencer à préparer les Jeux olympiques de Berlin. Le comité
officiel charge la Société des peintres et sculpteurs de sport d’organiser la « section
d’art » des Jeux : « Toutes les gloires de la peinture et de la
sculpture contemporaines y figureront : Alix, Barbey, Belmondo, Bercot,
Bompard, Boussingault, Cavailles, Cochet, Deluol, Desnoyer, Dubreuil, Foy,
Guy-Lemm, Gallibert, Gimond, Gromaire, Hermine David, Jouclard, Labat, [etc.] »
(« Notre participation artistique aux jeux olympiques », Sport et
Santé, mars 1936, p.35)
En
juin 1936, Hermine participe à l’exposition « de femmes » au Studio
Da Sylva de Marseille. Après avoir salué Marie Laurencin et plusieurs autres,
le rédacteur des Cahiers du Sud ajoute : « Hermine
David verse, assez tristement, dans l’imagerie religieuse. » (1er
juin 1936, n.p.)
Ensuite, c’est la succession habituelle des expositions, chez Berthe Weill en fin d’année, puis chez Lucy Krohg :
« Lucy Krohg invite deux fois l'an quelques peintres à présenter à un public, hélas ! trop clairsemé, des peintures dévotes. (…) "Jésus sur la paille" - c'était le titre primitif de l'exposition - à part les fidèles de la peinture religieuse, Desvallières, Hermine David, Odette Bourgain, Marck Scwarz … n'avait attiré qu'un petit nombre de bergers et de mages. » (L’art sacré, janvier 1937, p.26)
Dans le catalogue de l’Exposition des arts et techniques dans la vie moderne, qui est inaugurée le 4 mai 1937, Hermine est citée dans la liste des artistes présentés à l’exposition « La gravure et l’estampe ».
Mais elle est aussi au Pavillon de la ville de Paris qui se trouve au rez-de-chaussée du tout nouveau Palais de Tokyo : « C’est une curieuse promenade à travers les âges que nous réalisons au rez-de-chaussée des musées d’art moderne. Nous voyons naître Lutèce et ses enceintes successives repoussées les unes après les autres, sur les peintures de Pierre Falké et Clément Serveau faites avec une science méticuleuse. Un plan du Paris actuel s’éclaire d’ampoules lumineuses de différentes couleurs qui indiquent les éléments essentiels de la ville et même ses îlots insalubres marqués d’une mort prochaine. On découvre alors les beaux vitrages rutilants de Desnoyers, Touchagues, Hermine David et F. Gruber. » (« Les Beaux-Arts à Paris », Les Nouvelles de l'Exposition, 1er septembre 1937, p.6)
C’est dans la salle n°4, celle du plan de Paris électrifié, qu’on pouvait découvrir de grandes vitres peintes, des « peintures donnant l’illusion de vitraux », selon des thèmes imposés : l’Aéroport du Bourget était dévolu à Valentine Prax, le Port fluvial de Gennevilliers à François Desnoyer, l’Autostrade de Saint-Germain à Louis Touchagues, le terrain de Sports d’Issy à Francis Gruber et la Voie Triomphale est confiée à Hermine. (Catalogue général officiel de l’Exposition internationale des arts et des techniques dans la vie moderne. Paris, 1937, Tome II. Catalogue par pavillons, p.108-109)
Impossible
d’en trouver la moindre photo… mais, à la place, sachez qu’elle a aussi fait
une brève apparition dans la « réclame » grâce à cette affiche pour les Chemins de fer de l’Etat !
Pour
Pâques, retour chez Lucy : « Quelques tableaux religieux chez Lucy
Krohg, contribution des artistes parisiens aux fêtes de Pâques. Cela couvre tout
juste les murs d'une petite galerie. Alléluia modeste, mais précieux tout de
même. (…) Avec le Baiser de Judas d'Hermine David et les Saintes
Femmes de Lambert-Rucki ce sont les œuvres marquantes de cette exposition. (L’art
sacré, janvier 1937, p.122)
A
l’automne, retour de l’exposition des F.A.M. sur l’Esplanade des Invalides : « Hermine
David expose des vues de la Rome antique ainsi que deux compositions d’une
conception originale : l’Adoration des Bergers et l'Office
bénédictin. » (V.C., « Les Femmes Artistes Modernes exposent »,
Les Nouvelles de l'Exposition, 1er septembre 1937, p.6)
Au
début de l’année 1938, deux complices se sont occupées de la postérité… « M.
Andry-Farcy, toujours dévoué à l’art vivant, a consacré une salle entière du
Musée de Grenoble à des dessins du grand et regretté Pascin, dus à l’obligeance
de Mme Hermine David, et de la galerie Lucy-Krogh. Dans ces dessins
émouvants d’Amérique ou de Montparnasse, Pascin se plaisait à noter d’un crayon
pur les attitudes sensuelles des filles de maison. » (Existences, 1er
janvier 1938, p.49)
A l’exposition des FAM de 1938, Hermine montre Saint François d’Assise, sans écho dans la presse.
Elle participe au Salon d’Automne de 1938 dans la section d’Art religieux et y montre « de très beaux émaux », selon Vendredi du 17 novembre 1938 (p.7) et à l’exposition d’art sacré du musée des Arts décoratifs, on remarque « l’envoi d’Hermine David où la piété se mêle à la rareté exquise d’un rêve incessant » (L'Art sacré moderne, novembre-décembre 1938, p.354) L’exposition est largement commentée dans la presse.
Puis, en fin d’année : « Claude Salvy a accueilli dans sa galerie les œuvres féminines. On sait quelle a pris pour thème à ces expositions : "La femme au pied du mur". (…) J’ai revu, avec infiniment de plaisir et d'intérêt, (…) les fleurs d’Hermine David et leur grâce vivante. » (Henriette Chandet, « La femme de 1938 », L’Epoque, 9 décembre 1938, p.2)
En
1939 et 1940, la ville de Paris a fait l’acquisition de deux œuvres d’Hermine, Office
de bénédictines (peinture) et deux gravures (BMOVP, 9 décembre 1947).
Je n’ai trouvé aucune trace de ces œuvres dans les collections en ligne de la
ville.
Les expositions auxquelles Hermine participe ces deux années-là ont assez peu d’échos dans la presse.
En
janvier 1940, Lucy a pourtant présenté dans une exposition commune, les œuvres de
Pascin et d’Hermine mais la presse a d’autres priorités.
Elle est au Salon du Palais de Chaillot, où on a vu : « les douceurs printanières des verts délicats d’Hermine David », (« L’art français pas mort au Salon de Chaillot », A la page, 11 avril 1940, p.120)
C’est aussi la période où elle collabore à l’illustration de numéros spéciaux de la Revue musicale, à la demande d’Henri Prunières, son directeur-fondateur.
La presse s’intéresse de nouveau à elle en 1941 : « Hermine David, toujours surprenante de variété et de fraîcheur » (F. Roches, « Le 52e Salon des Indépendants », L'Architecture française, 1er avril 1941, p.44)
Au Salon des Tuileries en juin au Palais de Tokyo, le quotidien Les Nouveaux temps souligne son « harmonieux envoi » (18 juin 1941, p.2) Dans les catalogues, on constate qu’elle est revenue près de Montparnasse, 3 rue Joseph-Bara, l’adresse où Pascin a eu son atelier, dans les années 20.
En
octobre, elle est chez Lucy Krohg avec Pierre Dubreuil, Durenne, Jean Marchand,
Jean Serrière et Antral. (Beaux-arts, 17 octobre 1941, p.13) et au Salon
d’Automne, dans la salle « Art et sport » (« le Salon d’Automne,
temple du conformisme », Lectures 40, 15 octobre 1941, p.23)
Et elle continue à s’intéresser à la peinture pour céramique avec l’entreprise Christofle : disposant d’une galerie, dite à l’époque « d’Art et d’industrie », Christofle a présenté dès 1935 des expositions sous l’égide de la Société des amis de l’objet d’art. En juin - juillet 1942, cinquante assiettes peintes par des artistes contemporains sont exposées parmi cinquante tableaux. Celle d’Hermine s’y trouve.
Dans les années 1940, l’Etat lui achète régulièrement des œuvres, surtout des estampes et quelques huiles. L’une d’elle, datée de 1945 s’intitule Vue de Paris. J’en ai trouvé la presque copie sur le marché de l’art.
C’est
une période où ses arbres frisent et se chargent d’oiseaux.
A
partir de 1946, elle revient au Salon d’Automne, jusqu’en 1949. Elle habite à
présent rue Schoelcher, plus au sud mais toujours à Montparnasse et présente
des émaux « de petites scènes charmantes », selon René-Jean (Le
Monde, 18 octobre 1945).
Mais, le plus souvent, quand la presse parle d’elle, c’est pour ses peintures religieuses. En avril 1947, elle est présente à l’Exposition d’Art sacré du musée Galliera et La Croix souligne que ses œuvres, avec celles de quelques autres, dont Rouault, Denis et Desvallières, « ont parfaitement leur place dans les églises » (13 avril 1947, p.3)
La presse
rapporte aussi régulièrement ses activités dans l’édition. France-Illustration
du 6 décembre 1947 publie cinq de ses pointes sèches pour Angôn et Glaïs,
un conte d’Albert Samain et, d’une façon générale, elle continue à avoir une pratique
régulière de l’estampe.
Et
à peindre et voyager, aussi, jusque dans les années 1960.
En
1953 et 54, elle revient exposer aux Indépendants, deux tableaux chaque année,
et sa dernière exposition chez Lucy Krohg a lieu en mars 1954. Je n’en ai
trouvé mention que dans The New York Herald tribune du 12 mars 1954.
Selon Wiki, elle se serait retirée en 1966 à la Maison nationale des artistes, à Bry-sur-Marne. Cela faisait déjà plusieurs années qu’elle avait disparu des gazettes…
Hermine
David est morte le 1er décembre 1970 à Bry-sur-Marne.
*
Oubliée Hermine David ? Des trois seules expositions posthumes que je lui connais, une seule lui était personnellement consacrée. Elle a été organisée par l’Institut français de Stuttgart en mars 2017 et s’appelait « A la recherche d’Hermine David ».
Les deux autres sont des expositions collectives.
« Les Illustratrices de Rimbaud » a
eu lieu à la Maison des Ailleurs de Charleville-Mézières en juin-octobre 2022, Les
estampes d’Hermine partageaient les cimaises avec des œuvres de Valentine Hugo, Mariette
Lydis, Suzanne Ballivet, Paulette Humbert, Germaine Richier et Sonia
Delaunay.
Et des pointes sèches d'Hermine étaient aussi montrées dans la jolie exposition dédiée à Berthe Weill, qui se termine ces jours-ci au Musée de l’Orangerie de Paris.
Elle
aurait pu être en moins bonne compagnie !
N.B : Pour voir d’autres notices de ce blog, si elles
n’apparaissent pas sur la droite, vous pouvez cliquer sur « Afficher la
version Web » en bas de cette page. Et si vous souhaitez laisser un
commentaire, c’est aussi en bas de page !


