dimanche 31 mai 2026

Louise Adéone Drölling (1797-1834)

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Autoportrait présumé de l’artiste donnant un cours de dessin (détail)
The Art Gallery of South Australia, Adélaïde

Louise Adéone Drölling est née à Paris en mai 1797, c’est elle-même qui l’a écrit. Mais en ce qui concerne la date exacte, je n’ai trouvé aucun document pour en attester, son acte de naissance ayant disparu.

Elle est la troisième enfant du peintre de genre et de portrait Martin Drölling, né à Oberhergheim, et de Louise Elisabeth Belot, sa deuxième épouse. Son frère aîné, Michel-Martin, deviendra un peintre réputé après avoir remporté le prix de Rome ; son second frère, Marius (né en 1794), paraît être mort en bas âge.


Martin Drölling (1752-1817)
Portrait de l’artiste – vers 1791
Huile sur bois, 75 x 34 cm
Musée des Beaux-Arts, Orléans
Source de l’image : Blog de Jean-Louis Gautreau,
« Visite des musées des Beaux-Arts de province »

Martin Drölling a réalisé au moins deux portraits de son épouse, une huile qui se trouve au musée d’Orléans et dont je n’ai trouvé la reproduction que dans l’étude de Laetitia Levrat, (« Martin Drölling : un état de la question », Art et histoire de l’art. 2010, Volume II Catalogue des œuvres), étude à laquelle je me suis référée plusieurs fois pour rédiger cette notice…

 

Martin Drölling (1752-1817)
Portrait de Madame Drölling née Belot – avant 1803
Huile sur toile, 46 x 38 cm
Musée des Beaux-Arts, Orléans
Publié in  : Laetitia Levrat, op. cit., p.105


… et un beau fusain, où elle figure avec l’un de ses fils. 

 

Martin Drölling (1752-1817)
Portrait de la femme de l'artiste et de son fils – avant 1803
Fusain sur papier vélin ; 42,2 x 35,8 cm
Musée Magnin, Dijon
Source : Base Joconde

Louise Adéone perd sa mère à l’âge de six ans.

C’est à peu près à cette époque que son père peint le premier portrait de sa fille. Dans une robe rose à manches légèrement bouffantes en coton blanc, elle relève d’une main les bords de son tablier où se trouve un bouquet de plantes fraîchement cueillies. Son visage encore poupin paraît celui d’une petite fille de huit-neuf ans.

 

Martin Drölling (1752-1817)
Portrait de la fille de l’artiste – vers 1805
Huile sur toile, 60 x 49,2 cm
Musée Magnin, Dijon

Et c’est grâce à son frère que l’on connaît son visage un peu plus plus tard.

 

Michel-Martin Drölling (1786-1851)
Portrait de Louise-Adéone – vers 1810
Crayon sur papier, 82,2 x 66,3 cm
Musée des Beaux-Arts de Strasbourg


Son frère, justement : après avoir effectué son premier apprentissage avec son père, il a rejoint l’atelier du peintre Jacques Louis David en 1806. Il a vingt ans. Quatre ans plus tard, c’est-à-dire au moment où il exécute ce dessin remarquable, il obtient le prix de Rome avec La colère d’Achille.


Michel-Martin Drölling (1786-1851)
La colère d’Achille - 1810
Huile sur toile, 113 x 146 cm
Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris

Qu’en est-il de Louise Adéone ?  Grâce à une série de lettres de son père, on comprend qu’elle a été placée, à une date inconnue, dans une sorte de pension pour jeunes filles, dirigée par « maman Villiers » où elle reçoit un enseignement général correct, si l’on se fonde sur la qualité rédactionnelle des lettres qu’elle échange avec son frère, Michel-Martin. 

Il est probable que la pension ait été située non loin du domicile de Martin Drölling puisqu’il y dispensait régulièrement un enseignement de dessin, comme il le signale dans l’une de ses lettres. A l’époque, d’après le catalogue du Salon, Martin Drölling habite rue du Bac, Paris 7e.

La première lettre de Martin à sa fille a été publiée, avec un ensemble de correspondance familiale par l’historienne de l’art, Carole Blumenfeld. (« Les conseils avisés d’un peintre à son fils : la correspondance entre Martin Drolling (1752-1817) et Michel-Martin Drolling (1786-1851) », Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, janvier 2009, p.289)

La lettre est adressée « à Mademoiselle Lousie Adéone Drolling, rue de la plume blanche à Paris ». 

Cette « rue de la plume blanche » n’est pas répertoriée dans le Dictionnaire historique des rues de Paris (Jacques Hillairet, éditions de Minuit, 1963) mais on y trouve au XVIIe siècle une « rue de la Plume » qui s’appelle aujourd’hui la rue Pierre-Leroux, proche de la rue du Bac. Peut-être était-ce la localisation de la pension de « Maman Villiers » ?

Si Martin écrit à sa fille ce jour-là, c’est pour lui proposer une sortie chez une dame de sa connaissance. Il appelle sa fille « mon petit Lolo », d’autres fois « ma chère petite Lilie » et l’embrasse « bien tendrement ». Les trois membres de la famille Drölling ont visiblement des liens affectifs très forts : dans une des premières lettres que Martin adresse à Michel-Martin, parti pour Rome en avril 1811 grâce à son prix, le père précise : « « La pauvre Lilie a été ausi bien sensible car maman Villiers m’a dit qu’elle ne vouloit pas manger pendent trois jours et elle me demandoit toujour : “a-tu des nouvelles de mon frèr ?” Ausi je me suis empreser de lui communiquer ta lettre qui lui a fait grand plaisir. » (Blumenfeld, op.cit., p.290)


Les autres lettres de Martin à sa fille, datées de 1811, sont écrites à l’occasion des fréquents déplacements du peintre pour exécuter des portraits de commande et l’on mesure que sa situation financière est loin d’être florissante. Le 19 octobre, il lui écrit : « Tu dis que tu t’y ennuis, je te crois mais quand on s’occupe, on ne s’ennuie pas. Prend patience et fais toujour bien ton devoir. Je suis bien aise que tu as deux petites élèves, cela ne te nuira pas, au contraire. On apprend beaucoup en montrent au autres parce que on est obligé de reposer [lecture incertaine] ce qu’on a déjà apris, et cela fait beaucoup de bien surtout pour toi. » (Blumenfeld, op.cit., p.290)

L’une de ces « petites élèves » est (peut-être) représentée dans le tableau dont j’ai placé un détail en exergue, où l’on voit (peut-être) Louise Adéone donner un cours de dessin.


Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Autoportrait présumé de l’artiste donnant un cours de dessin - vers 1812
Huile sur toile, 72 x 58 cm
The Art Gallery of South Australia, Adélaïde


Le 14 mars 1812, Louise Adéone écrit à son frère : « Mon cher ami, Je profite de l’heureuse occasion qui se présente pour m’entretenir avec toi car voilà longtemps que nous n’avons pas eu de tes nouvelles. Serais-tu malade ? Nous sommes vraiment inquiets Papa et moi. (…) Nous avons toujours notre maître de dessin, Me Desmaretz. Il est doux comme un mouton. Il y a un nouveau maître de piano nommé Me Drelling. Il a 19 ans tout au plus et n’en porte sur sa personne que 12 ou 15. Il n’est pas si grand que moi. Papa a vendu tous ses tableaux. Il doit te l’avoir écrit. (…) Adieu mon cher ami. Je t’embrasse de tout mon cœur et suis pour la vie ton amie. Louise Drolling ». (Blumenfeld, op.cit., p.299)

En juin de la même année : « Excuse ma mauvaise écriture. L’encre dont je me sers est trop blanche et la plume mauvaise, ce qui fait encore c’est que j’ai main fatiguée parce que je viens de poser tenant une tasse de cette main, ce qui me la rend un peu foible. Papa fait mon portrait en grand. Il ira au Salon si rien de s’y oppose. Je m’en vais te quitter pour donner ma lettre à Papa. » (Blumenfeld, op.cit., p.302)

 Le « portrait en grand qui ira au Salon », le voici :

 

Martin Drölling (1752-1817)
Portrait d’Adéone – 1812
Huile sur toile, 193 x 141 cm
Musée des Beaux-Arts, Strasbourg

Il a été présenté au Salon de 1812 sous le titre Portrait de femme et c’est, par sa composition, un portrait typique de Martin Drölling. Le peintre affectionnait particulièrement les portraits à la fenêtre, ici une grande arcade cintrée dont Adéone occupe la partie droite, tenant la fameuse tasse qui a fatigué sa main et dont on voit le reste du service posé sur la table derrière elle. La jeune fille porte une jolie robe de satin blanc à taille haute et un châle rouge vif, assorti au ruban qui agrémente sa coiffure en bandeau. De l’autre côté de la fenêtre, trône un vase à l’antique où sont plantés un rosier et un pied de capucines.

Probablement en mai 1812, Adéone écrit à son frère : « Je te dirai pour nouvelle que j’ai 15 ans ce mois-ci. Songe à ne plus me traiter comme une enfant. » et, en octobre suivant : « Mon portrait est maintenant au musée. Je te ressemble à tel point que plusieurs personnes de ta connaissance m’ont reconnue pour ta sœur sans m’avoir jamais vue. (…) Il est décidé qu’on m’appelle Adéone et non plus Lilie ni Louise cependant je préfère ce dernier et je t’engage à ne pas m’appeler autrement. » (Blumenfeld, op.cit., p.303 et 305)

Le même jour, Martin écrit à son fils : « Lilie n’est plus en pension, je l’ai garder après les vacances. Maman Villiers n’étois pas trop contente mais corne il est tems de la faire travailler sérieusement, je n’ai pas voulu qu’elle retourne. » (Blumenfeld, op.cit., p.304)

Enfin, Louise Adéone va pouvoir profiter à plein temps de l'enseignement de son père… c’est probablement dans les premières années que Louise peint cette petite scène de genre, encore maladroite, à moins que cette tentative ne date de ses années de pension. La toile est signée « A. Drölling ».

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Jeune femme et son enfant dans un intérieur de cuisine – sans date
Huile sur toile, 40 x 32,5 cm
Collection particulière (vente 2021)


Elle commence probablement par effectuer des copies. On dispose d’un exemple très significatif avec cette Jeune fille copiant un dessin, dont le modèle pourrait bien être Louise Adéone elle-même.

 

Martin Drölling (1752-1817)
Une jeune fille copiant un dessin – 1812
Huile sur bois, 63 x 54 cm
Musée Pouchkine, Moscou

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
La jeune dessinatrice – vers 1812
Huile sur toile, 67 x 56 cm
Collection particulière (vente 2016)

La palette de la version de Louise est beaucoup plus acide que celle de son père, sous l’effet d’une lumière qui paraît entrer plus largement dans la pièce et d’un effet de contre-jour moins bien maîtrisé. Mais pour les comparer valablement, il faudrait les avoir sous les yeux…

Trois ans plus tard, Louise Adéone reprend le thème de l’atelier d’une artiste.

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Intérieur d’artiste avec vue sur la façade de l’église Saint-Eustache – vers 1815
Huile sur toile, 72,5 x 58,5 cm
Musée Carnavalet, Histoire de Paris

Devant la grande fenêtre double traversée par une fine colonne centrale, un rideau vert a été tiré pour laisser dans l’ombre la partie droite de la pièce. Une jeune femme, bloc à dessin sur les genoux, travaille sous les yeux d’un probable professeur, à ce qui paraît être un arrangement de nature morte (un livre, quelques porcelaines, un bouquet de roses, une partition et une guitare), posé sur la table en face d’elle.

La fenêtre encadre, sur un fond de ciel gris lumineux, la façade ouest de l’église Saint-Eustache, celle qui donne vers la rue du Jour, dont les maisons cachent en partie la façade. Il fallait donc que la peintre l’ait saisie depuis un immeuble beaucoup plus haut situé à l’arrière de cette rue, peut-être au niveau de l’actuelle rue Jean-Jacques Rousseau.

Quelques temps après la réalisation de ce tableau, Louise reçoit la dernière lettre de son frère, enfin proche du retour : « Je te demande un million de pardon ma chère petite sœur si je ne t’ai pas écris depuis longtemps mais tu dois bien penser que je ne t’aime pas moins pour cela ainsi tu ne dois pas m’en vouloir. Dans quelques jours je te reverrai ainsi que notre bon père. Cette idée me transporte et me rend presque foux. Adieu ma chère amie. Je t’embrasse de tout mon cœur. » (Lettre du 9 février 1816 de Michel-Martin Drolling à Louise-Adéone Drolling, Blumenfeld, op.cit., p.328)

Selon une étude de Florian Siffer, Louise-Adéone aurait peint à la même époque un tableau aujourd’hui disparu…

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
La leçon de lecture – sans date
Localisation inconnue
Publié in : Florian Siffer, Récentes découvertes…, p.272

… dont une étude préparatoire est conservée au musée de Strasbourg (Florian Siffer, « Récentes découvertes de dessins de Louise Adénone Drölling dans le cabinet de dessins et d’estampes du musée de Strasbourg », Cahiers Alsaciens d'Archéologie d'Art et d'Histoire, tome LVI, 2013, p.271-275) 

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Portrait de femme (étude pour La leçon de lecture ?) – avant 1817
Crayon et fusain sur papier, 32,2 x 15,6 cm
Musée des Beaux-Arts, Strasbourg

Louise Adéone travaille aussi le portrait. Trois d’entre eux, signés, sont réapparus sur le marché de l’art. Trois portraits en buste de trois-quarts, visages de face.

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Portrait d’homme – 1816
Huile sur toile, 21,5 x 16 cm
Collection particulière (vente 2024)

On retrouve l’influence de son père, notamment avec le portrait du grand-père maternel de Louise Adéone, Michel Belot, qu’elle a peut-être vu dans l’atelier de son père.

 

Martin Drölling (1752-1817)
Portrait de Michel Belot, beau-père de l’artiste – 1791
Huile sur toile, 73 x 59,5 cm
Musée des Beaux-Arts, Orléans

La palette est cependant moins subtile, comme le rapport des camaïeux entre le fond et la tenue de chaque modèle. Toutefois, il y a une vérité dans l’expression du couple ci-dessous, deux personnes âgées dont elle ne craint pas de souligner les traits assez austères.

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Portrait de femme – 1819
Huile sur toile, 22 x 16 cm
Collection particulière (vente 2021)


Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Portrait d’homme à la légion d’honneur – 1819
Huile sur toile, 22 x 16 cm
Collection particulière (vente 2021)

Entre le premier portrait ci-dessus et les deux suivants, Martin Drölling meurt, le 16 avril 1817. 

A ce sujet, Louise Adéone écrit : « Mon père conçut de bonne heure des espérances sur mes dispositions naturelles et s'appliqua de tous ses efforts à me donner le goût de la peinture et des Beaux-Arts. Malheureusement, je le perdis à l'âge où ses conseils me devenaient indispensables puisque déjà je commençais à composer sous ses yeux. J'avais 18 ans [en fait, elle en avait vingt]. Sa perte me jeta dans le découragement, la carrière des arts jusqu'alors si belle à mes yeux me sembla remplie de dégoûts et de difficultés jusqu'alors inconnus avec les conseils et les exemples d'un si grand maître et d'un si bon père. Je crus avoir perdu les moyens de jamais acquérir du talent. Il me répugna de lutter contre des convenances que mon éducation m'avait apprise à respecter. Je me mariai. » (« Madame Joubert, peintre de genre et de portraits », Revue de l'art français ancien et moderne, Tome 3, année 1897, p.93-94)

 

Effectivement, Louise Adéone se marie, en 1819, avec un architecte nommé Jean-Nicolas Pagnierre, dont elle a un enfant qui ne survivra pas. Son mari décède en août 1822.

« (…) bien que je ne laissasse pas que de travailler, ce ne fut vraiment qu'en 1823 que je commençai à me proposer un but et à persévérer. Rentrée chez mon frère, j'ai trouvé dans les conseils et les affections de cet excellent ami et le père que j'avais perdu et la sollicitude du meilleur des frères. Je dois à ses encouragements et à ses savants conseils ce que j'ai acquis depuis. » (Ibidem)

C’est donc libre de toute obligation d’épouse que Louise Adéone se remet à la peinture et, probablement grâce aux conseils de son frère, qu’elle expose pour la première fois au Salon, en 1824, sous le nom de Mme veuve Pagnierre, née Drölling, une seule toile, intitulée Un intérieur.

Pour une première tentative, c’est une jolie réussite.

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Intérieur avec une jeune femme dessinant une fleur – vers 1823/1824
Huile sur toile, 56,5 x 45,4 cm
Saint Louis Art Museum, Saint-Louis, Missouri

La jeune femme est en train de calquer une fleur contre la vitre (comme la Jeune dessinatrice de 1812). Cette fois, l’artiste est dérangée dans son occupation par un petit écureuil perché sur l’accoudoir du fauteuil Charles X. La guitare pendue au mur, le buste de plâtre sur la bibliothèque, le carton à dessins qui déborde de feuilles suggèrent un atelier. Quant à la feuille froissée sur le sol, elle laisse entendre que la jeune femme n’en est pas à son premier essai ! 

Si Louise Adéone vivait alors avec son frère - lequel habitait 31 rue de Sèvres, selon le catalogue du Salon - elle a pu peindre cette scène dans une des pièces de l’appartement qui devait donner sur l’hospice des Petites Maisons (dit aussi hospice des Petits Ménages) qui fut démoli en 1863 et sur l’emplacement duquel fut construit ensuite le Bon Marché. Cet hospice intégrait une petite église dotée d’un lanternon qui ressemble à celui que l’on devine par la fenêtre, mais ce n'est qu'une supposition.


Pierre Emonts (1831- après 1912), photographe
Hospice des Petits-Ménages, rue de Sèvres – 1862/1868
Photographie, 27,1 x 22,3 cm
Musée Carnavalet, Histoire de Paris


« Mes tableaux sont peu nombreux », écrit Louise Adéone, « Celui que j'ai mis au dernier Salon était un intérieur dans lequel une fille calquait à une croisée. Il m'a valu une médaille d'or et fait maintenant partie de la galerie de la duchesse de Berry. » (Ibidem)

Faute de document disponible, je n’ai pas pu vérifier cette « médaille d’or ». En revanche, la toile en question a bien été reproduite dans la Galerie de son Altesse Royale Madame la Duchesse de Berry, publiée par le conservateur de la collection, Féréol Bonnemaison, avec le commentaire suivant :

« Il est permis de croire que l'artiste a offert à nos regards dans ce cadre l'intérieur du cabinet même où elle a plus d'une fois cherché d'heureux délassements. Près d'elle est une demi-bibliothèque. Elle contient peu de livres ; mais le choix des ouvrages supplée sans doute à leur quantité. Voilà les fleurs que dans une promenade au Jardin du Roi elle a recueillies peut-être. A ce panneau boisé est suspendue la guitare dont les douces modulations accompagnent les accents de sa voix ou ceux de la voix d'une amie. Son portefeuille est entrouvert : n'est-ce pas une étude de son père qui s'en échappe ? Ah ! si c'est son père qui fut son maître, combien elle a su profiter des conseils et de l'exemple d'un tel guide !

Mais que ce laboratoire, consacré aux arts, au repos, à l'étude, soit celui de madame Adéone Pagnierre, soit qu'il n'existe en effet que sur la toile qui nous le représente, tout y est d'un effet aussi piquant que vrai. Les accessoires sont à-la-fois largement et délicatement traités. La figure placée dans le clair-obscur est parfaitement modelée. Enfin cet ouvrage, dans son ensemble et dans ses détails, annonce un talent supérieur, bien capable de soutenir l'honorable réputation dont jouit dans les arts le nom de Drolling. » (Tome second, J. Didot l'aîné, Paris, 1922-1826, non paginé)

Ce n’est pas la gloire mais une reconnaissance.

Simplement… quels qu'aient été les sentiments de Louise Adéone, il fallait avoir une fortune personnelle et une forte volonté d'indépendance, en ce début de siècle, pour assumer un veuvage de longue durée. Louise Adéone se remarie, 8 juin 1826, avec Nicolas Roch Joubert, directeur de l’octroi de la ville de Paris. (Blumenfeld, op.cit., p.287)

Après son mariage, la jeune femme expose une dernière fois, au Salon de 1827, trois scènes de genre : Une marchande de balais allemande, La souris prise et Une religieuse. 

Dans son étude précitée, Laetitia Levrat fait observer qu’au moins deux de ces thèmes ont déjà été traités par Martin Drölling. Toutefois, si Louise s’en est inspirée, rien ne dit qu’elle ait simplement copié le travail de son père.

La marchande de balais allemande de Drölling est aujourd’hui conservée à Mulhouse :

 

Martin Drölling (1752-1817)
La marchande de balais allemande – sans date
Huile sur toile, 38 x 27 cm
Musée des Beaux-Arts, Mulhouse
Publié in : Laetitia Levrat, op.cit., p.118


Il est probable que le tableau de Louise Adéone ait été assez différent puisqu'elle a décrit la marchande comme « comptant ses sous ». Par ailleurs, dans une autre biographie succincte, j’ai trouvé : « En 1827, elle exposa, entre autres, la Marchande de balais allemande, tableau composé de trois figures. » ((Paul Ristelhuber et Auguste-Marie-Pierre Ingold, Biographies alsaciennes avec portraits en photographie. Série 2, A. Meyer édit., Colmar, 1884-1890, n.p.)

Enfin, il existe une aquarelle datée de 1825 qui représente une Petite marchande de balais, laquelle « compte ses sous ». Peut-être n’est-ce qu’une version simplifiée du tableau (s’il comprenait vraiment « trois figures ») mais on peut imaginer que Louise Adéone s’est bornée à en reprendre le personnage principal. Ce dessin a été réalisé au bénéfice des sinistrés de la ville de Salins-les-Bains, détruite par les flammes le 27 juillet 1825.


Louise Adéone Drölling (1797-1834)
La petite marchande de balais - 1825
Aquarelle sur trait de crayon, 15,5 x 12,5 cm
Collection particulière

Un article de presse relate cette initiative : « Les dons offerts aux victimes de l’incendie de Salins ne cessent de se multiplier dans toute la France, et sous toutes les formes. (…) Les artistes peintres de Paris préparaient en silence leur offrande, et fondaient un lingot, ou trente-six d’entre eux ont apporté leur drachme ou leur talent d’or. Ce trésor n’attend plus qu’un amis des beaux-arts qui veuille le convertir en argent monnoyé ; nous pensons qu’il s’en trouvera plus d’un. Le don des trente-six artistes consiste en un Album magnifique, et l’on croira à l’éloge que nous en faisons, quand nous dirons que les dessins ont été exécutés par MM. Cogniet, Picot, Ingres, Horace Vernet, Heim, Bouton, Alaux (le Romain), Drolling, A. Scheffer (…), Mmes Lescot et Pagnieres. (…) L’Album des incendiés de Salins sera vendu à l’enchère, le 20 septembre 1825, chez M. Picot, rue de la Roche-foucault, n°24. » (« Au bénéfice des incendiés de Salins, Album composé de trente-six dessins originaux », Petit album franc-comtois, 18 septembre 1825, p.366-368) 

La dame Lescot dont il est question dans l'article est très probablement Hortense Haudebourt-Lescot (voir sa notice). 

Quant à La souris prise, voici la version de son père :

 

Martin Drölling (1752-1817)
La Femme et la Souris – 1798
Huile sur bois ; 25 x 35 cm
Musée des Beaux-Arts, Orléans
Source de l’image : Base Joconde

Celle que Louise décrit dans sa lettre représente : « une petite fille qui montre une souricière à un chat. »

En 1828, Louise Adéone écrit que sa première fille est « âgée de quatre mois ». Elle en a eu une seconde ensuite. Dès lors, il est assez probable qu’elle se soit prioritairement consacrée à l’éducation de ses deux filles, Adéone Louise Sophie et Angélique Marie. C’est peut-être l’une d'elles qui est représentée dans cette nouvelle scène avec vue…

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Portrait d’enfant dans un intérieur – sans date
Huile sur toile, 32,5 x 41 cm
Collection particulière

Pourtant, Louise Adéone peignait encore au début des années 1830 puisqu’on connaît d’elle ce portrait de Lafayette, bien loin des représentations habituelles du héros de la Guerre d’Indépendance américaine mais plutôt ressemblant si l'on se réfère aux quelques représentations de Lafayette en son grand âge.

 

Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Marie-Joseph-Gilbert du Motier, marquis de Lafayette
dans le parc du château de La Grange-Bléneau – 1830
Huile sur toile, 55,8 x 44,2 cm
Musée de l’Armée, Hôtel des Invalides, Paris


D’après l’acte de décès reconstitué que j’ai trouvé, Louise Adéone Drölling serait morte le 20 mars 1834, à l’âge de trente-sept ans. (Archives de Paris, 5Mi1 1251, 18/3/1834 - 20/3/1834, feuillet 35/51)

Toutefois, une petite interrogation subsiste car il existe aussi un inventaire après décès, daté du 30 avril 1836, ce qui paraît curieux. (A.N., M.C., LXXXII, 919, 30 avril 1836). Je n’ai pas su résoudre cette énigme.

*

Soyons clairs, Louise Adéone ne serait peut-être pas devenue une grande peintre, même si elle avait pu profiter de la formation et du parcours d’excellence de son frère. En tout état de cause, elle n’en a pas bénéficié, élevée par un père qui vivait difficilement de sa peinture et qui disparaît au moment où elle était prête à recevoir son enseignement. Au-delà de ces circonstances, une éducation intellectuelle probablement trop étriquée et l’absence de réelle formation artistique, comme celle que le voyage favorise, a forcément contraint son imaginaire. On se souvient qu’Hortense Haudebourt-Lescot fait son voyage à Rome – grâce au soutien du peintre Guillaume Guillon-Lethière – au moment même où le frère de Louise Adéone s’y trouve lui-même. Ce sont ses scènes de genre italiennes qui assurent à Hortense le premier intérêt du public dans les années 1810. Sophie Rude, née en 1797 comme Louise Adéone, a bénéficié non seulement d’un contexte familial cultivé mais aussi de l’opportunité de sa rencontre avec Jacques-Louis David alors en exil à Bruxelles.

Rien de tout cela n’a été donné à Louise Adéone qui n’est « à la fenêtre » qu’en tant que modèle de son père. Ensuite, ses rares scènes de genre encore connues ne représentent le monde qu’à travers les vitres, depuis l’intérieur de son atelier. Son goût et sa volonté de peindre, retrouvés au moment où elle a été libérée de son premier mariage, n’ont pas suffi à créer l’élan qui lui aurait permis de vaincre les convenances, à une époque où s’était refermée, pour les femmes artistes, la « parenthèse enchantée » de la fin du XVIIIe siècle. 

Alors, un peu comme Marie-Amélie Cogniet, elle figure sur ce blog en témoignage d’une carrière qui ne s’est que trop brièvement réalisée…


Louise Adéone Drölling (1797-1834)
Autoportrait présumé de l’artiste donnant un cours de dessin (détail)
The Art Gallery of South Australia, Adélaïde



 

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dimanche 17 mai 2026

Louise Janin (1893-1997)

 

Thérèse Bonney (1894-1978), photographe
Louise Janin – vers 1925
Source : Bibliothèque historique de la Ville de Paris

Louise Janin est née 29 août 1893 à Durham (New Hampshire), à une centaine de kilomètres au nord de Boston. Sa famille, d'origine française, a émigré au début du XIXe siècle à La Nouvelle-Orléans et fait fortune dans les mines. Son père possède une importante collection d'art d'Extrême-Orient qu'elle a pu admirer toute son enfance.

Au début du XXe siècle, ses parents divorcent et Louise part avec sa mère à San Francisco où celle-ci se remarie. Le 18 avril 1906 a lieu un terrible séisme dont l’épicentre se trouvait à une dizaine de kilomètres de la ville, en grande partie détruite par l’incendie qui en résulte. Pour Louise, qui a alors 13 ans, c’est un traumatisme qui a probablement marqué son imaginaire.

A dix-huit ans, elle décide de devenir artiste et s’inscrit à l'Académie des Beaux-Arts de San Francisco où elle suit les cours du peintre impressionniste William M. Chase, dont voici une œuvre peinte l’année où Louise étudie avec lui. (Cliquer sur les images pour les agrandir)

 

William M. Chase (1849-1916)
Portrait d'une dame en noir (Annie Traquair Lang) – 1911
Huile sur toile, 151 x 120,7 cm
Collection particulière


En 1915, Louise entreprend un long voyage en Asie : Chine, Malaisie, Philippines, Japon et Corée. Elle approfondit ses connaissances sur les philosophies bouddhiste, hindoue et taoïste, puis, rentrée à San Francisco, expose en 1918 à la galerie Courvoisier.

Elle s’installe à New York en 1920 et expose aux Milch Galeries des œuvres d’inspiration asiatique.

 

La Mère Royale de l'Ouest - 1921
Huile sur contreplaqué, 57,5 x 80 cm
Collection particulière (vente 2007)

Fantaisie nocturne – 1921
Huile sur toile, 127 x 50,9 cm
Collection particulière (vente 2016)

En 1923, elle voyage à nouveau, en Europe cette fois : Italie, Londres, et décide en 1924 de poser ses valises à Paris où l’ambiance est plus légère que dans les pays anglo-saxons à la rigueur encore toute victorienne.

Sa première exposition, qui a lieu chez Bernheim Jeune, du 15 au 26 avril 1924, suscite d’autant plus d’intérêt qu’elle est considérée comme aussi originale qu’inattendue.

« Exposition intéressante et curieuse de peintures aux joyeuses couleurs, aux dessins souples et précis, de Mlle Louise Janin, dont l'art essentiellement décoratif et tout imprégné d'un symbolisme profond est à la fois très personnel et très exotique. Cette peinture étrange, qui, comme l'écrit M. Edouard Schuré dans sa préface au catalogue, prend surtout son inspiration dans le vieil art décoratif Chinois et dans l'ancienne sculpture hindoue, en exprime toute la force et la volonté ascétique.

La reproduction que nous donnons ici d'une des œuvres exposées : Tribut des Mers, et dont la couleur est d'une précieuse harmonie, donnera une assez fidèle impression de l'art étrange et séduisant de cette curieuse artiste. Cette peinture porte pour légende : "Le dieu Vichnou arrête un moment son Char-nuage pour recevoir l'offrande d'un Naga, espèce de Triton." » (« Galerie Bernheim-Jeune », L'Art et les artistes, Tome IX, mars 1924 à juillet 1924, p.323)

 

Publié in : L'Art et les artistes, mars 1924, p.324
Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France

Une œuvre dont voici probablement une étude préparatoire :

 

Offrande de coraux et coquillages – sans date
Gouache sur carton, 30 x 21 cm
Collection particulière (vente 2020)


De très nombreux quotidiens et revues évoquent l’exposition, soulignant à la fois « l'inspiration bouddhiste et hindoue », « un art pour initiés, légendaire et symbolique » et le fait que « les mythes de l'Orient semblent avoir eu sur le tempérament de Louise Janin une influence considérable ».

Quelques toiles sont citées : une « Scène dans une ancienne cité indienne, théorie de femmes insouciantes et belles, passant à demi nues sous des verdures tropicales, avec cette grâce particulière, cette souplesse des formes qu'on voit aux fresques de Botticelli. » ; « le Cortège de l'empereur Mu-Wang défilé somptueux d'une infinité de personnages, de chars, d'animaux, de choses irréelles dont la composition procède d'une harmonie que la musique seule peut suggérer. » (Eugène Soubeyre, « Petites expositions », La Nouvelle revue, 1er mai 1924, p.184-185)

L’œuvre ci-dessous peut en donner une idée.

 

L’empereur Mu Wang et la mère royale de l’Ouest – 1922
Huile sur toile, 134 x 204 cm
Collection particulière (vente 2026)

D’autres œuvres, qui ne sont pas citées, suggèrent l’évolution probable de l’artiste : « A tort ou à raison, elle a abandonné cette voie pour celle de l'idée pure qui est en même temps celle des abstractions. Aussi observe-t-elle de n'employer, pour l'exécution, qu'une matière fluide, glissant sur la toile, n'y laissant aucune aspérité, comme aussi d'éviter les couleurs sonnantes et les aveuglants effets de nos impressionnistes. Cela s'accorde mieux, il est vrai, avec la sérénité de ses personnages qu'aucune passion vulgaire ne surexcite, qui suivent, au contraire, l'évolution d'un songe intérieur. Devant les œuvres de Louise Janin on pense parfois à nos plus singuliers artistes, à Gustave Moreau, à Odilon Redon, à Gauguin aussi. Et pourtant, c'est bien une autre, une différente personnalité. » (Eugène Soubeyre, ibid.)

Personne ne cite l’une des toiles exposées, Chez la Dixième Muse de Mytilène, évoquant la poétesse Sappho, assise au milieu de ses élèves dont les noms figurent dans les cartouches le long du cadre inférieur.

 

Chez la Dixième Muse de Mytilène – 1924
Tempera, 82 x 150 cm
Collection particulière
Publié in : Les Deux Amies, op.cit., p.212

Dans le catalogue de l’exposition, Louise écrit : « Sappho, a-t-on besoin de le dire ? était le centre de l’école éolienne de poésie, et plus spécialement d’un groupe de poétesses dont quelques-unes étaient célèbres. Les couleurs suggèrent la candeur enfantine de la jeune Grèce, la simplicité du plan fait ressortir l’individualité des figures, car j’ai voulu créer une galerie de types féminins. Mais a-t-on jamais traduit d’une façon plastique la personnalité de Sappho ? Comment dépeindre cette âme si fougueuse et pathétique, et tendue ? Je n’ai pas suivi la tradition du cinéma, mais j’ai puisé ma conception dans les vers mêmes de cette inimitable artiste qu’est Sappho. » (Cité in : Marie-Jo Bonnet, Les Deux Amies, essai sur le couple de femmes dans l’art, Ed. Blanche, Paris, 2000, p.211-212)

Emile Henriot ne s’en laisse pas conter : « Ce ne sont que Bouddhas, dragons mayas, Bodhisattvas, et autres figures et groupes symboliques, quelquefois habilement présentés, mais qui n'ont aucun sens pour les non-initiés. L'auteur a cru nécessaire de donner, sur son catalogue, une explication de chacune de ses œuvres ; nous avons déjà connu la musique à programme, voici maintenant la peinture à programme. On nous apprend ainsi que le coloris et la suavité des rythmes de telle composition, "expriment la joie et l'amour ardents mais calmes qui unissent les esprits vainqueurs" et ailleurs, que tels "tons froids et aigus symbolisent la purification intérieure". Cela est fort indifférent. Ce sont les méfaits de la métaphysique mal entendue, introduite où on ne l'attend pas, et où elle n'a que faire. Il ne faut pas confondre l'idéologie, même bouddhique, et la peinture. » (« Louise Janin », L'Europe nouvelle, 26 avril 1924, p.536)

Et, bien sûr, Robert Rey y va de sa petite note railleuse : « Signalons aussi, chez Bernheim, une prochaine exposition aimablement exotique (l’exotisme d’un élève de Gustave Moreau qui aurait étudié au musée Cernuschi), de Mlle Louise Janin. » (« Expositions diverses », Le Crapouillot, 16 avril 1924, p.12)

Cependant, à cette exposition, l’Etat acquiert une œuvre de l’artiste :

 

Dragon au-dessus de Kwen Lun – 1920
Huile sur toile, 127 x 92 cm
En dépôt au Musée franco-américain du château de Blérancourt
© Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dis. GrandPalaisRmn


L’année suivante, Louise expose au Salon des Femmes peintres et sculpteurs avec des « scènes chinoises et hiératiques » comprises et exécutées « dans la note voulue » (Louis de Meurville, Le Gaulois, 3 février 1925, p.3)

Puis, à la galerie Georges Petit, elle participe à l’exposition de la Société des Peintres Orientalistes Français, jugée particulièrement remarquable par la critique : « Les noms de Gauguin et de Besnard y sont en bonne place et lui assurent d'avance un certain prestige. Mais d'autres exposants sont réellement très bons et méritent notre sympathie, D'abord, et délaissant les trop banals sujets arabes et musulmans, ils abordent l’Extrême-Orient dont le charme mystérieux et lointain pique notre curiosité et satisfait notre goût du "nouveau". (…) Citons encore Mlle Louise Janin, dans ses études bouddhiques. » (Maurice Barbelieu, « Les Orientalistes chez Georges Petit », « La vie artistique », L'Homme libre, 28 avril 1925, p.2)

Puis c’est le Salon des Tuileries, avec trois œuvres : « j’en ai reconnu deux que j’avais pu, l’an dernier, admirer chez l’artiste : Achala, un génie de la mythologie hindoue, terrassant l’esprit du mal au milieu de flammes fantastiques, œuvre au coloris étrange et savoureux ; puis, Siva, une admirable tête de jeune dieu, chargée de pensée, se détachant sur un fond noir où le fleuve de la vie défoule ses ondes sans fin peinture dont le cadre est orné de curieux attributs mythologiques. Le troisième envoi est une aquarelle : Ganymède et Eros ; j’en ai vivement goûté le dessin aux lignes très pures, l’élégance et la grâce d’attitude des deux personnages, ainsi que l’harmonie très finement nuancée, composée de tons à la fois très vifs et très délicats.

Les organisateurs du Salon des Tuileries ont été, certes, excellemment inspirés en invitant Louise Janin à exposer au Palais de Bois ; sa place, en effet, étant tout indiquée dans cette sélection des œuvres les plus représentatives des tendances artistiques de notre époque. Louise Janin, elle, ne représente aucune école ; libérée de toute influence, elle est simplement elle-même, et je l’en félicite bien sincèrement. Sans doute l’artiste a subi l’attrait puissant des antiques philosophies, religions ou mythologies ; surtout celles de la Grèce lumineuse et de la mystérieuse Asie ; mais elle a su y ajouter l’empreinte de sa forte personnalité. Aussi toutes ses œuvres se distinguent-elles à première vue d’entre n’importe quelles autres et portent-elles un cachet tout-à-fait particulier ; il en émane toujours aussi un rythme fort harmonieux qui les rend très décoratives et infiniment captivantes. (Raymond Sélig et Jules de Saint-Hilaire, « Louise Janin », Revue du vrai et du beau, 10 octobre 1925, p.6)

 

Krishna -1925
Source : Fonds Marc Vaux : MV-4179-006


Je profite de cette première photo qui en est issue pour rappeler aux nouveaux venus sur ce blog ce qu’est le « Fonds Marc Vaux » :

Marc Vaux était un photographe installé avenue du Maine, à Montparnasse, dans les années 20. Proche de Maria Blanchard et Marie Vassilieff, il a photographié les œuvres de près de 5 000 artistes habitant à Paris, de 1920 à 1970. Ce fonds, aujourd’hui conservé à la bibliothèque Kandinsky de Beaubourg, est consultable en ligne.

Ceci étant, quelques jours après la publication de ma notice, j'ai trouvé l'original sur un site de vente. Je l'ajoute donc ici !


Krishna jouant de la flûte (Venugopala) - 1925
Détrempe sur textile bordé de soie brodée de fleurs, 75,5 x 50 cm
Collection particulière (vente 2026)


Visiblement, Louise intrigue, d’autant plus qu’elle a été remarquée à l'Exposition internationale des Arts Décoratifs (avril-novembre 1925).

« A quelques mètres de l’Ecole des Beaux-Arts, [8 rue des Beaux-Arts] au second étage de l’une de ces vieilles maisons aux larges pièces à plafonds élevés, voici l’atelier de Mlle Louise Janin. Nous ne nous trouvons pas ici dans un atelier de "peintre-amateur". Point de vieux meubles précieux, ni de bibelots de luxe. En fait d’ornement, des toiles – les principales toiles de l’artiste que nous vîmes déjà dans quelque exposition – et de belles vieilles étoffes. Devant un grand panneau destiné à une prochaine exposition de Beauvais pour être, ensuite, reproduit en tapisserie, une grande jeune femme brune, aux courts cheveux, aux yeux qui font penser à un lac très profond et calme… en apparence, retouche, de-ci de-là, un détail, s’éloigne, puis se rapproche, cherchant un effet : c’est Mlle Janin… Et Mlle Janin, c’est la femme peintre qui a pu se faire accepter, à l’Exposition des Arts décoratifs, le plus de choses. On trouve, d’elle, au Pavillon du Louvre, un projet de tapisserie, fort belle œuvre décorative, ma foi, L'après-midi d'un faune [inspiré du poème de Stéphane Mallarmé, publié en 1876 et mis en musique par Claude Debussy en 1894] …

 

L’Après-Midi d’un faune – 1925
Huile sur panneau, 92 x 78 cm
Collection particulière (vente 2023)

… à la Galerie Constantine, un Drame oriental d’un bel équilibre de lignes et de couleurs, à tendance un brin moderne sans exagération ; et au Grand Palais, d’autres œuvres encore, et au Pavillon Indochinois un autre grand panneau destiné à être exécuté en tapisserie. » (Suzanne Balitrand, « La femme du jour », Eve, 20 septembre 1925, p.3)

 

Drame oriental – 1925
Technique mixte sur carton, 45 x 36,5 cm
Collection particulière (vente 2016)


Ce Drame oriental (dont l’image ci-dessus n’est sans doute qu’un carton préparatoire) a valu à Louise le prix Paillard.

Quant au « pavillon du Louvre » dont on parle plus haut, il s'agit en fait du « Studium du Louvre », l’un des grands magasins qui participaient à l’Exposition et ont fait largement appel à des peintres pour assurer leur décoration. Pour ses interventions diverses, Louise obtient un diplôme d’honneur.

 

Photographe inconnu
Albert Laprade (1883-1978), architecte
 Studium du Louvre – 1925
Source : Cité du Patrimoine et de l’Architecture


En 1926, seul The Paris Times évoque l’activité de Louise : « Un motif chinois pour la manufacture de Sèvres, créé par Louis Janin pour une boite de thé. En plus de ce travail en céramique, cette jeune artiste a récemment achevé le croquis, également visible ci-dessus, pour une tapisserie qui sera tissée à Beauvais et exposée lors de la prochaine exposition. (« American Artists in Paris », 14 février 1926, p.1)


Publié in : The Paris Times, 14 février 1926, p.1
Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France

J’ai cherché dans les collections nationales mais n’ai trouvé ni boîte de thé ni tapisserie… en revanche, il semble que Louise ait beaucoup œuvré dans le domaine décoratif, comme en atteste ce paravent, qui figure sur une photo de Louise, prise en 1925.

 

Paravent composé de trois toiles – vers 1925
Musée franco-américain du château de Blérancourt
© GrandPalaisRmn (Château de Blérancourt) / Abdou Diouri


Thérèse Bonney (1894-1978), photographe
Louise Janin – vers 1925
Source : Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

Nous apprenons, l’année suivante, que Louise a participé en mai à l’Exposition française de Madrid, pour le compte des Grands Magasins du Louvre, rue de Rivoli : « Les vitres de la baie sont tendues de tulle crème. Deux pentes d’un taffetas vert aux brillants reflets encadrent les grandes portes. Un panneau décoratif dû au pinceau de Mlle Louise Janin : Les grandes légendes maritimes occupe tout le fond de l'alcôve de droite. » (Georges Marindaz, Rapport général de l'Exposition française à Madrid, Paris, 1927, p.293)

On apprend aussi que Louise a adhéré au « Soroptimist-Club », un mouvement américain fondé en 1921 à Oakland, qui milite pour les droits des femmes. Son nom vient de l’expression « sorores ad optimum » (sœurs pour le meilleur).

« Le Soroptimist-Club, vient d’organiser une exposition où les artistes et les commerçantes adhérentes à ce club ont présenté quelques-unes de leurs réalisations. (…) de beaux décors tourmentés de Louise Janin. » (Minerva, 26 juin 1927, p.6)

Au cours de ces premières années, Louise rencontre deux peintres qui auront une influence sur son parcours et sa réflexion artistique : František Kupka et Henry Valensi. Le premier, fasciné par le mouvement – des planètes comme des machines – s’intéresse déjà à l’abstraction dans les années 1920. Tous deux ont participé au fameux Salon de la Section d'or à la galerie La Boétie en 1912 et ont donc contribué au cubisme dès son origine, en lui apportant leur sensibilité particulière au rythme et au mouvement. 

 

František Kupka (1871-1957)
Tourbillon – vers 1923/1924
Huile sur toile, 72,3 x 78,8 cm
Musée de Grenoble
© Photo : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix

 

A la Section d'or, Valensi avait accroché L’air autour des scieurs de long, un tableau qui illustre son souhait de transcrire le mouvement des corps dans l'espace, en peignant l’air autour des deux scieurs et le rythme saccadé de la scie. (Dans l’immédiat, mon mauvais esprit cartésien me conduit à imaginer avec délectation le moment où la poutre va se couper en deux… mais c’est un autre sujet !)


Henry Valensi (1883-1960)
L’air autour des scieurs de long - 1912
Huile sur toile, 65 x 54 cm
Musée des Beaux-Arts, Lyon
(Photo trouvée sur le Net)


Au Salon des Tuileries de l’année 1928, Louise expose quelques-uns des tableaux déjà évoqués ainsi que Ballet, dont voici probablement une étude préparatoire. L’objectif est également de représenter le mouvement, que Louise résout par un tourbillonnement (qui ressemble à des voiles transparents) qui accompagne celui des danseuses. On pourrait aussi y voir une danseuse unique, représentée à des moments différents.

 

Ballet – vers 1928
Huile sur carton, 51 x 63,5 cm
Collection particulière (vente 2026)

A propos de ce tableau, Louise écrira un long article dans le San Franciscan, une publication américaine qui la publie volontiers, peut-être parce qu’elle dispose toujours d’une maison à San Francisco où elle séjourne régulièrement. Elle y fustige la critique moderne, habituée à « se contenter d'un seul point d'excellence dans une peinture. Une juxtaposition heureuse de couleurs – comme les charmantes teintes pastel de Laurencin – l'allongement gothique amusant du peuple de Modigliani, l'assemblage, tel qu'un décorateur d'intérieur astucieux pourrait l'effectuer, des objets fleuris dans un tableau de Matisse. Ces choses ne fatiguent ni l'œil ni le cerveau. Mais, personnellement, je ne suis pas satisfaite tant que je n'ai pas mis en place un motif rebelle ou un "sujet" qui ne veut pas être soumis à ma conception personnelle du style, du rythme, de la couleur, du design, du dessin et des proportions. Ce n'est qu'une fois que toutes ces qualités auront été traitées ensemble et séparément, et portées à l'excellence maximale que je peux leur offrir, que j'exposerai la peinture. »

Louise explique ce penchant pour la facilité de l’art moderne par le fait que « Paris est le centre du monde de l'art, et que ses décisions sont prises au sérieux partout. Mais la vitalité des Français a été diminuée par deux guerres désastreuses. Le fait - tragique et indéniable - de leur décadence intellectuelle est un sujet fréquent de conversation même dans les salons littéraires ‘’avancés’’. Les gens n'ont pas eu l'énergie nécessaire pour contester les canulars de marchands de tableaux sans scrupules qui, grâce à un système astucieux soutenu par un capital sans vergogne, ont créé la grande réputation de l'art moderne. Une classe d’incultes nouveaux riches d'après-guerre a rendu possible une situation ainsi décrite par André Lhote, l'un des pionniers du cubisme, qui réagit désormais contre les modes que les cubistes ont eux-mêmes créées : "Le snobisme et la spéculation sont les deux béquilles de la peinture moderne." (…) La capacité en art, c'est un peu comme le jonglage. On commence par lancer en l’air deux balles à la fois, et avec de la pratique, on peut finir par en lancer dix. Le Ballet reproduit ici représente plusieurs semaines de réflexion, confrontés à de nouveaux problèmes de dynamiques picturales. (…) La quatrième dimension, souvent citée par ceux qui ne comprendraient pas une page d'Einstein, est censée influencer l'art plastique. Même si mon cerveau non mathématique ne peut pas le saisir, et que seul un dieu pourrait percevoir le dessein d'une symphonie, du début à la fin en un instant intemporel, nous pouvons comprendre que le temps, affectant par le mouvement l'aspect total d'un objet tridimensionnel, créerait une quatrième dimension dans la totalité de la forme changeante — pensez, par exemple, à une vague qui monte et descend. Certains peintres modernes mènent des expériences très intéressantes dans la suggestion d'une séquence rythmique. Le procédé désormais classique des plans qui s'entrecroisent, utilisé dans une certaine mesure dans le Ballet, laisse entendre que les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être… » (« Comparisons and Indiscretions in which a recognized artist justifies her Viewpoint, by Louise Janin », The San Franciscan, mars 1929, p.19)

Quand Louise a quelque chose à dire… elle ne prend pas de précaution excessive !

Le Ballet, qui illustre l’article, est accompagné de la mention : « Cette peinture semi-abstraite de Louise Janin sera reproduite pour illustrer "le temps dans l’art" dans la nouvelle édition de l’Encyclopedia Britannica. »

 

Et, en octobre, c’est son exposition à la galerie Georges Petit, qui est, à nouveau, largement relayée par la presse :

« L'art de Louise Janin est étrange. Très décoratif et tourmenté à froid. Curieuse est l'exposition qu'elle nous présente chez Georges Petit : Démons, beautés chinoises, poissons exotiques, cortèges d'hommes et de chevaux attelés de bêtes fabuleuses évoquant l'antiquité de la Perse et du Cambodge, toutes toiles à une échelle héroïque et hautes en couleurs. (…) La personnalité de Mlle Louise Janin intrigue. Grande cosmopolite s'il en fut jamais, ayant vécu dans différentes parties du monde depuis sa plus jeune enfance, elle n’est venue se fixer en France, pays de ses aïeux, que vers la fin de 1923. En avril 1924, elle fit chez Bernheim Jeune une exposition dont on parla et sa toile Le Dragon fut acquise par le Luxembourg. Attendons beaucoup d'elle. » (« Louise Janin », Le Journal du peuple, 21 octobre 1928, p.5)

Louise ne se limite pas aux sujets « exotiques », puisqu’elle peint, à la même époque, cette Annonciation, dont il existe un carton daté de 1927 :

 

L’Annonciation – vers 1927
Huile sur toile, 37,7 x 45 cm
Musée franco-américain du château de Blérancourt
© Photo : GrandPalaisRmn (Château de Blérancourt) / Adrien Didierjean


Et cette Jeune fille pensive, dont l’imaginaire est évoqué par un arc animé de végétaux et d’oiseaux.


La Jeune Fille – vers 1925/1930
Technique mixte et collage, 66 x 50,8 cm
Collection particulière (vente 2013)

« Pour avoir trop servi à qualifier des événements qui… n’en étaient pas, l’expression "événement artistique" s’est beaucoup affaiblie. Cependant, nous croyons qu’elle s’appliquera de façon tout à fait juste à l’Exposition de Mlle Louise Janin, dont le vernissage a lieu aujourd'hui, à la Galerie Georges Petit.

Cette artiste se produit peu. La forme d’art qui est sienne exclut l’improvisation, exige le recueillement et le travail sans hâte. Déjà, près d’un public de choix, ses expositions antérieures lui ont valu un crédit tout spécial.

C’est qu’elle apporte dans la peinture contemporaine une note d’une indiscutable originalité. D'une culture étendue et variée, elle a longuement étudié les maîtres. Elle a médité l'art d’Orient et d’Extrême-Orient. De ces explorations intellectuelles, elle a rapporté le goût du mystère, le sens des "correspondances" troublantes ; elle aime les grands thèmes légendaires et historiques et se plait à les recréer plastiquement, selon des rythmes tout modernes. Et comme elle est douée d’un vigoureux tempérament de décorateur, comme elle en possession d’un métier solide, cette peinture, qui ne se défend pas d’être "littéraire", traduit par d’harmonieuses compositions une pensée subtile qui s’ingénie à faire sentir ce qui dépasse l’immédiate réalité. On discutera fort, sans doute, les œuvres de Mlle Janin ; les critiques ne lui manqueront pas. Du moins peut-on affirmer qu’elles ne connaîtront pas l’indifférence et qu’il y aura unanimité pour rendre hommage à ses efforts de chercheuse et pour saluer d’indéniables réussites. (Jacques Reyliane, « L'Exposition Louise Janin », Le Figaro, 16 octobre 1928, p.2)

A l’inverse, René Chavance n’est guère convaincu : « Divinités brahmaniques, rêveuses orientales, les sujets de ses compositions nous entraînent fort loin des spectacles coutumiers. Dommage que ses peintures ou ses dessins oscillent entre le pastiche et la manière, en vogue au temps des symbolistes et des Rose-Croix. Trop de littérature. » (« Arts et Lettres », La Liberté, 19 octobre 1928, p.2)

C'est l'année où Louise commence à écrire sur son art en France, dans la Revue A. B. C. Magazine d’artoù officient également Florent Fels (fondateur de L’Art vivant) et l’historien Charles Kunstler. En avril, paraît son premier article « Expression décorative » (p.94) que je n’ai pas pu consulter.

En juin, elle participe au Salon des Tuileries avec des peintures déjà connues. Charles Fegdal, dans Mediterranea, préfère publier des Poissons, dont on perçoit le mouvement.

 

Publié in : Mediterranea, juin 1928, p.254
Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France


C’est aussi l’époque où Louise peint quelques portraits, de femmes qui lui sont proches. On la voit ci-dessous devant celui de l’actrice américaine Yorska (1888-1971), installée à Paris dans les années 1920.

 

Thérèse Bonney (1894-1978), photographe
Louise Janin devant le portrait de Yorska - vers 1927
Source : Bibliothèque historique de la ville de Paris

Elle peint aussi celui de la compositrice Armande de Polignac, qu’elle représente en « garçonne », image de la femme indépendante et émancipée, largement partagée par la presse, notamment de mode, mais qui renvoie également à la représentation de l’homosexualité féminine, orientation que partagent Louise et Armande de Polignac. Louise a fréquenté quelques temps le salon de l’américaine Natalie Clifford Barney, rendez-vous lesbien de la capitale, avant d’en être écartée par Romaine Brooks qui « ne supportait pas de rivale à ses côtés » selon ce que Louise a raconté à Marie-Jo Bonnet en 1994 (Les Deux Amies, op.cit., p.215).

A la suite de quoi, Louise ouvre son propre salon dans son atelier de la rue des Beaux-Arts, où elle reçoit notamment Armande de Polignac.

 

Portrait d’Armande de Polignac - vers 1927
Huile, dimensions inconnues, tableau perdu ou détruit
Publié in : Marion Sergent, « Les portraits de la compositrice Armande de Polignac (1876-1962) »
Sociétés & représentations, n° 59, 2025

« La peinture de Louise Janin est composée de trois espaces différents. Au premier plan sur la partie droite, Armande de Polignac est de dos, le visage tourné vers le coin supérieur gauche. Elle semble contempler un horizon lointain, au-delà de l’espace de la toile. Une telle orientation du regard n’est pas sans évoquer les représentations de sainte Cécile, patronne des musiciens et musiciennes. (…)

[Louise Janin] tente de rendre compte du travail mental de la création musicale, symbolisé par une aura autour de son visage composée de petites spirales, réminiscence de l’auréole de la sainte martyre. (…) L’arrière-plan [deux femmes dénudées, coiffées à la garçonne et prêtes à s’enlacer] montre deux femmes se tenant par les bras, dans des vêtements évoquant l’Orient, une source d’inspiration commune à Louise Janin et Armande de Polignac. L’une des femmes tient une grande fleur de lotus, plante chargée d’un symbolisme sacré dans les spiritualités et mythologies orientales, tandis que l’autre est habillée de blanc. Il peut s’agir d’une référence à l’opéra Les Roses du calife, présenté en 1909 à Paris, et notamment à la chanson d’abou-lola, le poète aveugle qui parle du lotus et de la rose blanche. (…) Louise Janin semble vouloir illustrer la dimension narrative des œuvres d’Armande de Polignac, qui recourt souvent à des poèmes ou à des contes pour élaborer ses morceaux. Elle donne à voir également la musique, non selon les codes graphiques de la partition mais en une interprétation toute personnelle. La partie sur la gauche est une bande verticale foncée parcourue de lignes serpentines et spiralées qui ne sont pas sans évoquer des coquillages. (…) la main gauche de la compositrice n’est pas posée sur les touches du piano mais elle disparaît derrière cette partie abstraite, comme pour mieux évoquer le travail d’écriture musicale. » (Marion Sergent, « Les portraits de la compositrice Armande de Polignac (1876-1962) », Sociétés & représentations, 59 | 2025, 101-116).

Selon Marie-Jo Bonnet, Armande, ayant assez peu apprécié la référence à son homosexualité, aurait refusé le tableau commandé, avant de rompre avec Louise…

En 1929, Louise a également peint le portrait d’Helen Wills Moody, célèbre joueuse de tennis américaine, à l’occasion de vacances passées avec elle, à Montalvo. Dans The San Franscican, où le portrait a été publié, Louise indique : « l'image est un symbole du plus noble type de jeune femme américaine. Il y a dans la peinture un effet de lever du jour qu’une photographie ne rendrait pas complètement. L'union de l'art et de l'athlétisme, en tant qu'inspiration pour l'art, est suggérée par un stade, le Palais des Beaux-Arts et le Golden Gate en arrière-plan. » The San Franscican ajoute : « Mlle Janin a peint dans le cartouche [en bas à gauche] les deux premiers sonnets écrits à Helen Wills par James D. Phelan [sénateur de Californie qui a acquis le portrait ensuite]. Deux griffons, évoquant Montalvo, surmontent le cartouche portant le sonnet. » (The San Franciscan, juillet 1930, p.15)

 

Portrait d'Helen Wills Moody - 1929
Publié in : The San Franciscan, juillet 1930, p.15


A la fin de l’année 1929, Louise participe à l’exposition des Arts décoratifs où Charles de Bussy a vu les « vastes surfaces harmonisées dans un bel équilibre de composition, les maquettes pour le même art [tapisserie de haute-lice] exposées par Mlle Louise Janin » (Les Dimanches de la femme, 13 octobre 1929, p.3)

En 1930, Louise expose au Salon de « L’Art français indépendant » dont c’est la deuxième manifestation « dans sa baraque du boulevard Raspail ».

« Nul classement ne serait possible dans ce salon sans tendance sinon sans richesses. Pêle-mêle s’affrontent les essais de peinture ésotérique de Louise Janin, qui hésite entre les dieux occidentaux et les tikisocéaniens - les réussites des capitaines Gromaire, Thévenet, Bernard Cochet, Makowski - cependant qu’André Lhote, maître vigilant, groupe autour de ses deux excellentes toiles quelques œuvres de ceux qu’il s’efforce de délivrer de contraintes qu’il s’est données. » (Florent Fels, « Les derniers Indépendants », Vu : journal de la semaine, 14 mai 1930, p.451)

Dans le même temps, Louise montre « de beaux panneaux d'Extrême-Orient » au Salon de la Société Coloniale des Artistes Français.

Puis vient l’année charnière, 1931.

Elle commence par l’Exposition coloniale où Louise expose au Pavillon de l’Hindoustan, un des deux seuls pavillons britanniques, avec celui de la Palestine.

 

Joseph Blanchet, photographe
Pavillon de l'Hindoustan à l’Exposition coloniale de 1931
Reproduction du mausolée d’Itimâd ud Daulâ de la ville d’Âgrâ (Uttar Pradesh)
Source : Médiathèque du patrimoine et de la photographie

Je n’ai pas pu trouver ce qu’elle a montré, le seul indice découvert est un peu faible :

 

La veille du départ
Publié in : Les Annales coloniales, décembre 1931, n.p.
Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France


Ensuite, Louise participe à nouveau au Salon de L’Art français indépendant, dont ce sera la dernière manifestation : « de Louise Janin, des recherches métaphysiques qui ne sont point faites, évidemment, pour la foule. » (G. de Pawfowski, « Le 3e Salon de l’art français indépendant », Le Journal, 25 avril 1931, p.4)

Je place ici un tableau non daté mais dont il existe une autre version, moins aboutie, de 1930. Sur les bandeaux il est écrit : « Valse ondoyante mer / profonde chantante / mélodie morne joyeuse ». Je suppose qu’ils représentent à la fois la musique (chantante, joyeuse) du banjo tenu par le musicien et le ressac (profond, morne) de la mer.

 

Méditerranée – sans date
Huile sur toile, 73 x 82 cm
Musée franco-américain du château de Blérancourt
© GrandPalaisRmn (Château de Blérancourt) / Adrien Didierjean

Et surtout, Louise écrit un nouvel article où se trouve cette phrase prémonitoire : « On parle tant aujourd’hui des rapports entre la musique et la peinture qu’il est temps de relever la fameuse définition de Lessing. Celui-ci croyait démontrer que seules la musique et la poésie, dans le domaine des beaux-arts, peuvent donner des impressions successives. Il n’a pas pensé à ce que peut être la contemplation d’une frise décorant les murs d’une salle. L’œil ne saisit pas, d’ailleurs, les détails d’un tableau en un seul clin. » (Louise Janin, « Imagination plastique », A.B.C. Magazine d’art, août 1931, p. 43)

La « fameuse définition de Lessing » oppose la peinture, soumise au principe de simultanéité, à la poésie, soumise au principe de diachronie : « La peinture met en scène des personnages et des couleurs dans l’espace. L’art poétique articule des sons dans le temps. »

 

En avril suivant, paraît un article d’André Warnod, « Les artistes musicalistes, Un groupe de peintres se constitue sous le signe de la musique » (Comœdia, 17 avril 1932, p.3)

« Dans le désarroi apparent tout au moins où semblent être les artistes à la recherche de directives générales, c'est avec beaucoup de sympathie que peut être considérée la naissance d'un groupe formé sous le signe de la musique. Cette fois il ne s'agit plus d'association visant à des buts matériels, ses préoccupations sont plus élevées. La prépondérance de la musique dans les arts de notre époque a frappé certains artistes dans le monde entier. Un congrès s'est tenu en Allemagne dans ce sens. La musique domine notre époque, telle est la certitude acquise par des artistes toujours plus nombreux ; la peinture, en particulier, lui est, selon eux, tributaire depuis déjà longtemps. L'impressionnisme et ensuite le cubisme et le futurisme, peintures d'évocation, appartiennent au domaine musical autant que pictural. Des groupements d'artistes musicalistes existent dans d'autres pays. »

Il s’agit de présenter le manifeste signé par plusieurs peintres, Henri Valensi, Charles Blanc-Gatti, Gustave Bourgogne et Vito Stracguadaini.  Après avoir rappelé que « sous le même nom de peinture, l'art de s'exprimer par des lignes et des couleurs fut très divers, depuis la plus haute antiquité », ceux-ci affirment que « Pour que la peinture se survive dans cette tradition d'enregistrer par leur propre expression les temps du temps, il faut que les artistes, que le public, ressentent et expriment, comprennent et acceptent notre époque. Il est clair pour chacun que les caractères capitaux du début de ce siècle sont : les applications de la science et un dynamisme généralisé, lesquels entraînent ou nécessitent dans leur ordre : le rythme, l'harmonie, la synthèse, etc. Or, l'art offrant le plus, dynamisme, rythme, harmonie, science, synthèse, est la musique. »

Leur conclusion est simple : « L'art doit se musicaliser. (…) Voulant affirmer ce mouvement, né spontanément en nous avant de nous connaître et nous reconnaissant par nos œuvres qui doivent rester libres les unes des autres, pourvu que l'influence musicale les ait inspirées, nous publions ce manifeste pour convier d'autres artistes, quel que soit l'art dans lequel ils s'expriment, à s'y rallier s'ils sentent en eux le souffle de la musique animer notre époque. Nous exposerons bientôt nos œuvres et les leurs pour cette affirmation : "Œuvrer en obéissant aux lois d'inspiration et de composition de la musique, actuelle prédominante parmi, les arts." »


Louise adhère à l’association et participe au premier salon musicaliste en janvier 1933, organisé par la galerie du journal La Renaissance. L’exposition est accompagnée d’un catalogue qui n’a, hélas, pas été numérisé mais dont voici la très moderne couverture.

 



« Ce groupe, qui se présente sous le patronage d'un imposant comité d'honneur, - dont d'ailleurs je fais partie, ayant à cœur de soutenir toutes les recherches qui me paraissent sérieuses - prétend apporter dans l'art une note nouvelle. L'expression est de circonstance, puisqu'il s'agit de musique. Mais je n'ai pas attendu la naissance de ce groupe de musicalistes pour éprouver des sensations d'harmonie musicale devant un tableau. (…) C'est ainsi que Klausz s'affirme tout à fait romantique dans sa Damnation de Faust, que Mlles Reine Cimière et Louise Janin se montrent symbolistes. (Paul Sentenac, « Galerie de "La Renaissance", II- Les musicalistes », La Renaissance, 1er mars 1933, p.22)

On sait que Louise y présente L‘idéogramme de la vie et de la mort, dont je n’ai pas trouvé trace.

A l’occasion du Salon des Indépendants de l’année suivante, Louise expose une toile de 1925, Drame oriental (voir supra) et Ballet – Manhattan, où l’on distingue des danseurs parcourant une frise géométrique, une œuvre « d’esprit décoratif » selon Georges Turpin (La Griffe, 15 février 1934, p.1)

 

« Ballet - Manhattan, une toile musicaliste de Louise Janin,
exposée actuellement aux Indépendants »
Publié in : Hebdo, 9 mars 1934, p.18
Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France

Prudent, le rédacteur d’Hebdo se borne à assurer qu’« il nous entraînerait bien au-delà de cette page de donner même une brève idée de la théorie "musicaliste". Au demeurant, ses adeptes ne cherchent point leurs modèles dans le Deuxième Univers, mais enfin, ils ne se satisfont plus du Premier. Cela donne des tableaux extraordinaires, dont le point de départ est une notion abstraite de lignes en mouvement et le point d’arrivée, hésitant encore - ce qui, sans doute, importe surtout, importe uniquement, lorsqu’il s’agit d’art - de la Beauté, de l’Enchantement. » (André Arnyvelde, Hebdo, 9 mars 1934, p.18)

Nous voilà bien avancés !

A l’occasion du second Salon des musicalistes, qui se tient en avril, Georges Turpin, qui s’est beaucoup intéressé au sujet, déclare que Louise est « la plus éblouissante décoratrice du groupe (…) avec une "impression de motif sonore" : le jeune Prince et la jeune Princesse. » (Georges Turpin, « Le 2e Salon des Artistes Musicalistes à la Galerie Bernheim jeune » La Griffe, 6 avril 1934, p.14)

Ceci étant, Louise n’a pas abandonné la peinture figurative. Elle participe à une exposition itinérante dans un train, parti de la gare Saint Lazare. « Des toiles ont été acquises par des amateurs et par des municipalités pour leurs musées des Beaux-Arts. Partout l’accueil a été charmant. Il faut espérer que sur le parcours qui lui reste à faire avant son retour à Paris, le Salon Roulant de la C. T. I. rencontre encore même compréhension, même enthousiasme qu’au Mans, Rennes, Morlaix, Brest, Quimper et Vannes. (…) Les principaux Salons parisiens y ayant des représentants, on trouvera au long des cimaises de ses six wagons des tableaux, sculptures et objets d’art décoratif de toutes techniques et esthétiques, de toutes tendances artistiques, car chacune des écoles modernes y est défendue par des hommes de talent. (…) Le panneau de Louise Janin intitulé Celui qui règne en Atlantide, vous apportera une vision décorative très neuve. » (Georges Turpin, « Le salon roulant de C.T.I. ou le Train-Exposition des Artistes », La Griffe, 5 août 1934, p.15)

 

Thérèse Bonney (1894-1978), photographe
Tableau de Louise Janin : Celui qui règne en Atlantide – 1920/1940
Source : Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

Ses autres toiles de la période confirment cette impression de recherche in progress dans un monde dont les caractéristiques sont essentiellement sous-marines, comme ces plantes qui ressemblent à des algues…

 

Les Plantes dressées - 1934
Huile sur panneau, 112 x 102 cm
Collection particulière (vente 2023)
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV-4178-002


… et cette Fantaisie, combat à mort entre un poulpe et un scaphandrier, sous le regard mi- intrigué, mi-inquiet de deux sportifs musclés à la position symboliste… (je dois avouer ne pas très bien saisir la signification de la guérite encadrée par deux autres scaphandriers armés de bâtons.)

 

Fantaisie sous-marine - vers 1930-1934
Huile sur toile, 131,4 x 195,5 cm
Source : Fonds Marc Vaux, MV-4179-009


Valensi, lui, a déjà adopté une expression abstraite beaucoup plus radicale.

 

Henry Valensi (1883-1960)
Symphonie verte - 1935
Huile sur toile, 95 x 131 cm
Musée national d'Art moderne, Paris
© Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Bertrand Prévost/Dis. GrandPalaisRmn


Le compte rendu succinct que j’ai trouvé sur la « salle des musicalistes » au Salon des Indépendants de 1935 indique que Louise y a présenté Epaves et courants. (Georges Turpin, « Le 46e Salon des Indépendants », Journal du Loiret, 18 février 1935, p.4)

A l’occasion du Salon des musicalistes de l’année, le même Georges Turpin évoque : « Mme Louise Janin, dont le graphisme décoratif est toujours d'une belle intelligence et qui musicalise les paysages ou les figures de nymphes quand elle n’oriente pas son talent vers un art abstrait décoratif qui doit à l’imagerie persane et à l’enluminisme médiéval » (« Le troisième salon des artistes musicalistes », La Griffe, 4 août 1935, p.14)

L’année suivante, aux Indépendants, Louise expose Monde inconnu et Mort rituelle, où un jeune homme nu franchit les marches de son supplice, symbolisé par un prêtre le couteau à la main, dans une atmosphère rougie de sang, dont l’inspiration maya est soulignée par une frise à la base du tableau. On s’attendrait à l’évocation d’un rythme lancinant, j’y vois davantage, pour ma part, les volutes de la drogue qui anéantit la volonté du supplicié…

 

Mort rituelle - vers 1926/1936
Huile sur toile, 81 x 62 cm
Musée franco-américain du château de Blérancourt
© GrandPalaisRmn (Château de Blérancourt) / Adrien Didierjean
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV - 4178-008

Louise participe aussi à l’exposition des Femmes artistes modernes de 1935, où Georges Turpin a aimé son « esprit inventif » et ses « compositions si curieusement décoratives » (« Exposition des femmes artistes modernes », La Griffe, 29 mars 1936, p.16)

Un nouveau texte de Louise, « Vers le rythme universel », est publié par Sud Magazine en novembre 1936 et si elle n’expose pas aux Indépendants de 1937, c’est peut-être qu’elle n’a pas manqué d’autres occupations :

« Peu de "groupes" ont une vie aussi intense que nos musicalistes. En 1936, ils n’ont pas eu moins de six Expositions en Europe. Déjà, ils avaient exposé avec grand succès au dernier Salon des Indépendants où le public parisien apprécia beaucoup la "Salle des musicalistes". Au printemps, ils eurent trois manifestations en Hollande. La Haye et Rotterdam dans leurs plus belles galeries, Amsterdam, dans son Musée municipal, ont donné asile à leurs œuvres et les éloges de la presse hollandaise y firent affluer un nombreux public. Durant l’automne, les musicalistes ont exposé au "Salon National" de Budapest, à l’Ecole des Arts appliqués de Bratislava, au Musée des Arts décoratifs de Brno.

Ce furent donc de belles expositions et la presse de ces pays, en de longs et judicieux articles, de même que les Hollandais, les Hongrois et les Tchèques qui ont admiré les 130 œuvres exposées, ou assisté aux 34 conférences faites par le président de ce groupe, le peintre Henry Valensi, ont unanimement rendu hommage à la valeur de nos artistes musicalistes. (…) Notons aussi l’important envoi de Louise Janin, du belge Servrauckx, dont les œuvres remplissaient une salle à Budapest. (…) Voilà la pléiade d’artistes, et nous ne pouvons les citer tous, dont les œuvres se mêlaient à celles, importantes et très estimées, qu’exposait également Valensi. » (« Les artistes musicalistes à l’étranger », Les Nouvelles de l'Exposition, 1er mars 1937, p.4)

En mars suivant, Louise revient aux Indépendants avec deux toiles, Les Falaises et Maya, beauté nue et somnolente, protégée par une langoureuse enveloppe végétale sous-marine.

 

Maya – 1935
Support et dimensions inconnus
Source : Fonds Marc Vaux, MV-4179-007

Georges Turpin en déduit que les recherches de Jeanne « s’orientent vers la décoration » (« La Griffe artistique », La Griffe, 22 avril 1938, p.8) et Yvanhoé Rambosson que « L’art abstrait conserve ses partisans dont quelques-uns font preuve d'un talent réfléchi, conscient des grands rythmes qu'ils veulent servir : MM. Valensi, Rossiné, Louise Janin, Euzet, Lempereur Haut, Edward Judd. » (Les Heures de Paris, 16 mars 1938, p.8) 

A titre d’illustration :

 

Ascension - vers 1935
Huile sur isorel, 108 x 65 cm
Collection particulière (vente 2024)

Quant à Henriette Chandet, elle signale L’Avatar que Louise a présenté à l’exposition des Femmes artistes modernes (« La femme de 1938 », L'Époque, 20 mars 1938, p.4) Je ne l’ai pas trouvé non plus…

 

Composition – vers 1935
Huile sur isorel, 60 x 162 cm
Collection particulière (vente 2023)


De 1939 à 1947, Louise disparaît complètement de la presse française. J’ai lu qu’elle se trouvait en Corse au moment de la déclaration de guerre et aurait été internée dans un camp italien. Episode sans doute douloureux sur lequel je n’ai trouvé aucune autre information mais qui pourrait expliquer l’interruption de sa production, au cours de ces années.

En 1948, Louise est de retour à Paris. Elle vient de de s’installer dans un nouvel atelier, au 7 rue Antoine Chantin (14e) où elle restera au moins jusqu’à la fin des années 70.

 

Eugène Gonnot, architecte
Immeuble d’ateliers d’artistes – 1927/1928
7 rue Antoine Chantin, Paris 14e 

Aux Indépendants de l’année, elle expose Noce de deux onduloïdes et Ailleurs, accompagné du sous-titre « sujet à base de formes inventées », sans aucune réaction dans la presse.

 

Ailleurs dit aussi Le Martien – vers 1948
Huile sur toile, 100 x 59,5 cm
Collection particulière (vente 2018)
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV-4179-001


C’est une autre de ses toiles qui semble avoir attiré l’attention de la critique. Selon le commentaire du marchand, elle aurait été présentée aux Indépendants de 1948 ce qui est, a priori, inexact. Elle conjugue figures mythologiques et volutes musicalistes et ne me semble pas constituer une avancée significative dans son travail…

 

 

Atlantide ou Le sacre de l'eau et du feu – vers 1940/1945
Huile sur panneau, 123 x 100 cm
Collection particulière (vente 2016)
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV-4177-012


… beaucoup moins que cette petite Serpentine qui se trouverait dans « l’Atelier-musée Louise Janin », un lieu qui semble avoir fonctionné rue Antoine Chantin dans les années 2000 mais paraît avoir disparu aujourd’hui (aucun indice sur le Net).

 

 

Serpentine – 1947
Huile sur toile, 80 x 67cm
Source : Fonds Marc Vaux : MV-4179-010


Les deux traces que Louise nous a transmises de ce qu’elle a pu ressentir pendant le conflit témoignent cependant du fait qu'elle n’a pas « choisi » le camp de la non-figuration de façon irrévocable et que son mode d’expression dépend de ce que le thème lui évoque.  

L’une s'inscrit dans sa démarche musicaliste…

 

Occupation, Résistance, Victoire - vers 1946
Source : Fonds Marc Vaux : MV-4179-005


… tandis que l’autre trouve sa source dans ses recherches des années 1920 :

 

Holocauste – sans date
Huile sur toile, 80,5 x 62,4 cm
Musée franco-américain du château de Blérancourt
© GrandPalaisRmn (Château de Blérancourt) / Adrien Didierjean

L’année suivante s’ouvre par une exposition à la galerie Akadémia (rue de Seine), où Louise est en compagnie de la peintre Vera de Landchevsky : « On admirera la science des mystérieux accords de lignes de la première de ces artistes et la grâce émouvante des ondulations colorées de la seconde. » écrit un certain Jean des Vignes Rouges, qui en profite pour se demander ce qu’est l’art abstrait : « La confidence du peintre abstrait est en quelque sorte l’aveu de sa manière de jouir des sensations colorées, lorsqu’elles ont été enfin dépouillées des notions concrètes auxquelles les passions, les désirs, les craintes les asservissent chez la plupart des hommes. Sous l’influence de son exaltation intérieure, d’artiste, lui, s’est délivré de l’obsession de la ‘’vie besogneuse’’, comme le dit si bien Maurice Pradines dans sa lucide psychologie de l’art. Si le spectateur veut comprendre, il doit, pour son propre compte répéter cette opération. Comprendre ici ne signifie plus rattacher l’inconnu au connu par le truchement du raisonnement, non, il s’agit de s’arracher soi-même à l’obsession des besoins d’adaptation, cesser de considérer la couleur comme l’enseigne de choses comestibles, utiles ou redoutables. Compréhension, en pareille occurrence, est synonyme de communion, de participation à un émoi, et la preuve qu’on a compris est le plaisir qu’on éprouve. Autant dire que le spectateur d’un tableau abstrait est invité à provoquer une mutation qui lui fera prendre conscience d’un nouvel aspect des choses. » (« Qu'est-ce que l'Art abstrait, son message est-il déchiffrable ? », Rolet, 7 avril 1949, p.3)

Puis, aux Indépendants de 1949, Louise montre deux toiles qui nous sont parvenues, Enchaînement et Acuités.

 

Enchaînement – 1947
Huile sur toile montée sur panneau, 100 x 103 cm
Collection particulière (vente 2014)
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV-4179-012

« Composition dynamique de Louise Janin, aux spirales électriques et qui font montre d’une grande science de la ligne abstraite. » (« Le Salon des Indépendants », La Pipe en écume, été 1949, p.16)

 

Acuités – vers 1949
Huile sur isorel, 44 x 99,5 cm
Collection particulière (vente 2024)

Début 1950, un long article sur Louise paraît dans le Daily Mail :

« Louise Janin est l'une des femmes peintres les plus originales et imaginatives de Paris à ce jour. (…) Louise Janin prend son art très au sérieux, en effet elle a consacré de nombreuses années à une étude intensive des formes archaïques et des compositions abstraites de toutes périodes, si bien qu'à cet égard, elle est l'une des artistes les plus érudites aujourd'hui. Sa position actuelle parmi les peintres abstraits dont le puritanisme extrême exclurait toute forme vaguement suggestive de toute chose figurative est, j'ai tendance à le penser, une phase passagère. Son sentiment inné pour ce que les Chinois ont défini comme la Vitalité Rythmique et le symbolisme de l'art d'Extrême-Orient sont, après tout, le fil conducteur principal de son œuvre. Le dragon au-dessus du Kuen Lun, une composition ancienne achetée par le musée du Luxembourg, est le symbole le plus approprié de son art. Il est possible qu'une fois ses recherches sur le design abstrait, elle redevienne figurative.

Dans son grand panneau Rituel de l'air, du feu et de l'eau, une composition figurative produite depuis son incursion dans l'art abstrait, on distingue une qualité décorative et calligraphique tout à fait personnelle, qui découle autant de son intérêt pour les civilisations fabuleuses telles que l'Atlantide ou les Mayas que de son talent pour le motif abstrait. Ses peintures abstraites sont presque toujours des œuvres d'art, jamais purement intellectuelles ou mécaniques. L’œuvre intitulée Mystère où une colonne blanche se découpe sur des gouffres sombres d'ornement similaires à ceux vus sur les bronzes chinois anciens, montre son sens organique du dessin abstrait, dans lequel elle ne perd jamais le contact avec la nature. 

 

Mystère
« Mystery by Louise Janin, whose work is discussed in the article below »
Publié in : Daily Mail, 27 mars 1950, p.4
Source de l’image : Fonds Marc Vaux : MV-4179-002

Depuis plusieurs années, elle écrit principalement dans des publications artistiques américaines et françaises sur ses recherches de nouvelles formes. L'art de la musique l'a aidée dans ses recherches sur le contrepoint visible, et elle a noté le parallèle entre la note tonique dans une partition musicale et le point central dans la composition picturale.

Une étude approfondie des premières figures symboliques dans les formes grecque, chaldéenne, sino-indienne et celtique a enrichi son vocabulaire d'ornements abstraits. Sa véritable tendance semble cependant se tourner vers de grandes compositions figuratives pour fresques, et il est possible qu'elle y revienne, sa technique enrichie par ses recherches dans le motif abstrait. » (Barnett D. Conlan, « Counterpoint in paint », Daily Mail, 27 mars 1950, p.4)

 

Après les Indépendants, où Louise expose Assaut et Heureuse famille

 

Amour tendre dit aussi Harmonie – vers 1948
Huile sur toile contrecollée sur panneau, 55 x 69 cm
Collection particulière (vente 2018)
Présent dans le fond Marc Vaux : MV-4178-009


… elle participe au « Salon des Réalités Nouvelles, au Palais de New-York, où n’est présenté que de l’art abstrait, avec notamment, Valensi et Louis Gabrielli. » (Cette semaine, 21 juin 1950, p.28)

 

Ligne de Grâce - 1949
Détrempe, 80 x 65cm
Source : Fonds Marc Vaux : MV-4178-005

Composition – sans date
Gouache sur papier, 38 × 52 cm
Collection particulière (vente 2016)


En 1951, après les Indépendants où elle montre Cantilène et Vers l’Aventure

 

Vers l’aventure - 1949
Huile sur toile, 114 x 162 cm
Collection particulière (vente 2024)

… Louise « expose plusieurs de ses peintures précises et colorées, non figuratives, à la galerie Raymond Duncan, 31 rue de Seine. Sa technique est impeccable, et les tourbillons de couleurs vives portent des titres comme Vent d’Avril. » (« Art notes », The New York Herald tribune, 9 août 1951, p.5)

 

Vent d’Avril – années 1950
Huile sur panneau, 101 x 72 cm
Collection particulière (vente 2026)

Ensuite, elle est rejointe, dans la même galerie, par un groupe d’artiste américains, Frank Dorsay, Raymond Duncan, Pollak et Geraldine Spencer. » (L’Echo du soir, 13 septembre 1951, p.5)

Je place ici cette petite gouache, parce que je la trouve très expressive et que les motifs me semblent proches de ce qu’elle peint à cette époque.

 

Allégresse – sans date
Gouache sur papier, 26 x 37 cm
Collection particulière (vente 2015)


Le Salon des Indépendants et celui des réalités nouvelles se succèdent.

« Si Mme Louise Janin raffine dans une peinture métaphysique fort bien composée d’ailleurs, d’autres, plus sages que cette vénérable doyenne des combats d’avant-garde auxquels elle croit comme on croit au Père Noël, exécutent avec brio leurs conceptions classiques des bords de la Seine et du canal Saint-Martin. » (Jean Bouret, « La Société du Salon des Indépendants présente au public ses ténors, ses sages, ses fauves et ses fous », Le Franc-tireur, 26 avril 1952, p.5)


L'ange et la bête ou Gabriel et Caliban – 1951
Huile sur panneau, 100 x 58 cm
Collection particulière (vente 2007)

« Le Salon des réalités nouvelles reprend chaque année l’offensive de l'art abstrait contre l’art figuratif. Plus que le Salon de mai c’est, en effet, un salon de bataille. Aucun envoi figuratif n’y est admis. Tout au plus y souffre-t-on, et encore non sans discussion, quelques allusions discrètes à l’objet. (…) On trouvera dans cette Exposition des peintres géomètres, dont Mondrian demeure le drapeau, (…) D’autres demeurent fidèles à l’impression subjective et psychologique. (…) Puis il y a les "musicalistes", Valensi, Louise Janin qui eux aussi sont des peintres de la réalité psychologique, parfois de la réalité onirique. » (Joseph Pichard, « Les réalités nouvelles », La Croix, 3 août 1952, p.4


Rythme sous-marin – vers 1950/1955
Source : Fonds Marc Vaux : MV-4178-001

On la retrouve, chaque année, aux Indépendants avec deux œuvres, qu’on connaît parfois encore, comme en 1953, Harmonie en onduloïdes.

 

Harmonie en onduloïdes – 1947
Huile sur toile, 72.3 x 153 cm
Collection particulière (vente 2005)
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV-4179-011


En 1954, alors que Louise expose, en avril, à la Galerie Lipnitsky, un nouveau mot apparaît dans les gazettes : « cosmogrammes ».

« "Il ne s’agit ni d’aquarelles ni de gouaches. Voilà une définition toute négative, mais mon matériel et mes procédés sont secrets … Enfin le nom que je donne à mes toiles est plus qu’une indication : il contient mon intention d’ornementation – décoration est devenue curieusement péjoratif - et mon humilité… dans gramme, il y a épigramme mais aussi le très petit milligramme. Quant à son sens, vous voyez vous-même ; tout y évoque la gestation. J’ai voulu exprimer, je crois, un monde en procès en même temps qu’inachevé". Procession d’êtres abstraits, pieuvres vertes, masses mi-eau, mi-cartilage, Louise Janin a, devant sa peinture, des mots étranges : symbolisme sexuel, matrice…

Elle a un regard clair, de grands pieds, un fort accent anglo-saxon. Tout cela allié à une certaine application dans l’analyse porte à croire que son seul langage est la peinture… Sans doute lui a-t-on fait entendre qu’en ce temps où les petits garçons se tuent par amour et où les tramways s’appellent Désir, il fallait des cils troubles et un peu de fange à des eaux claires. Si le visiteur voit l’œuvre sans l’auteur, il trouvera peut-être des couleurs qui débordent jusqu’au rêve, à la façon des émaux, et dans ces suggestions certaines, des départs plus inédits qu’inavouables. (F.R. « Complexes anglo-saxons à la Galerie Lipnitsky », Combat, 3 avril 1954, p.3)

 

Cosmogramme – sans date
 Technique mixte, encre et aquarelle sur papier, 21,5 x 17 cm
Collection particulière (vente 2024)

Ces cosmogrammes, qui s’apparentent à des papiers marbrés, Louise en a produit des centaines, je ne vais pas tous les montrer. Il suffit de taper son nom sur Internet et ils apparaissent mais voici quelques exemples :

 

Cosmogramme – sans date
Technique mixte, encre et aquarelle sur papier, 11 x 14 cm
Collection particulière (vente 2024)

Cosmogramme – sans date
Technique mixte, encre et aquarelle sur papier, 12,5 x 16 cm
Collection particulière (vente 2024)


Cosmogramme bleu et noir – sans date
Technique mixte sur papier, 13 x 21 cm
Collection particulière (vente 2025)

Cosmogramme – sans date
 Technique mixte, encre et aquarelle sur papier, 21 x 17 cm
Collection particulière (vente 2024)


Louise n'expliquera que vingt ans plus tard la façon dont ils sont composés, dans un article de Leonardo. Il est essentiellement technique et s’adresse à des spécialistes, voici un extrait :

« Elle comprend la procédure suivante : d'abord, de l'eau, épaissie avec de la gomme tragacanthe, est placée dans un réservoir ou une casserole ; deuxièmement, une fine solution de cire d'abeille raffinée dans de l'essence minérale est introduite pour recouvrir toute la surface de l'eau d'une fine couche et, troisièmement, un pigment fluidisé onctueux, de préférence de l'encre d'imprimerie, bien que de la peinture à l'huile diluée à la térébenthine puisse aussi être utilisée, est déposé sur la couche. Cela provoque la fissure de la couche de cire d'abeille, l'encre reposant dans les fissures. Plusieurs dépôts d'encre de différentes couleurs peuvent être utilisés. La surface encrée peut être ensuite traitée avec des outils tels que des peignes à cheveux pour donner des motifs de palmettes, volutes, zigzags, onduloïdes et méandres libres. Les artisans gardent comme secrets de famille leurs astuces particulières pour préparer la surface encrée. La surface est désormais prête à être posée sur une feuille de papier afin de recevoir l'impression des motifs encrés sur la surface. (…)

Pour moi, en tant que personne ayant tendance à trop définir les formes, l'utilisation de variantes de la technique de marbrage a offert une leçon révélatrice de combinaison de formes avec leur fond, tranchantes et douces, chacune devenant l'autre. J'interprète les images que l'on peut ainsi produire dans un sens métaphysique, un miroir des choses, de la vie. » (Louise Janin, « Painting with variations of the marbling technique – cosmogrammes : a memoir. » Leonardo, Vol. 8, No. 4, Autumn, 1975, pp. 281-286)

L’article est illustré de plusieurs cosmogrammes titrés, j’en ai retrouvé un :

 

Flight – 1963
Marbling technique, papier, 17 x 23 cm
Collection particulière (vente 2019)
Publié in : LeonardoVol. 8, No. 4, Automne 1975, p. 282

 

Cependant, Louise continue à peindre et à exposer aux Indépendants. En 1955, Duo en vert et rose et Appassionata :

 

Duo en vert et rose - vers 1951/1952
Détrempe, 135 x 120cm
Source : Fonds Marc Vaux : MV-4177-010

Appassionata – 1953
Détrempe sur papier, 60 x 50cm
Source : Fonds Marc Vaux : MV-4177-003


« Parmi les "Musicalistes" et "Abstraits", c’est encore un disparu qui s’impose, Francis Picabia. Près de lui Kerg, Suzanne Duchamp, Valensi, Louise Janin laissent également un souvenir heureux dans des envois où la beauté du rythme l’emporte sur tout autre souci. » (René Barotte, « Les expositions », Plaisir de France, 1er juin 1954, p.69)

 

Oraison - 1955
Huile sur toile, 114 x 146 cm
Collection particulière (vente 2024)


Dans les années 1960, Louise paraît s’être centrée sur les compositions musicalistes, de plus en plus éclatantes et colorées.

 

A la poursuite des illusions – 1962
Huile sur toile, 80 x 115 cm
Collection particulière (vente 2007)


Parfois explicitement « musicales »

 

Hommage à Beethoven -1960
Huile sur toile, 188 x 149cm
Atelier-musée Louise Janin-collection Monique Marmatcheva
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV-4177-007


Rythme – 1966
Huile, 162 x 125 cm
Musée de la ville de Meudon
Présent dans le Fonds Marc Vaux : MV-4177-008

« A ceux qui me demanderaient : "pourquoi votre travail devient-il de plus en plus abstrait ?", je donnerais cette réponse : "je veux capter, cristalliser autant que l’idée plastique et imaginative le permet, le rythme pur (le plus éloquent, ainsi que la couleur pure). Et cela nous ramène, par le cercle mystique, aux formes souches qui ont émerveillé l’homme primitif." » (Louise Janin, « Expression décorative », A.B.C. Magazine d’art, avril 1928, cité in : Marie-Jo Bonnet, op.cit. p.218)

 

Hymne à la joie – sans date
Huile sur toile, 146 x 111,3 cm
Musée franco-américain du château de Blérancourt
© GrandPalaisRmn (Château de Blérancourt) / Adrien Didierjean


Impression d’une cantate de Bach – sans date
Huile sur toile, 116 x 89 cm
Musée franco-américain du château de Blérancourt
© GrandPalaisRmn (Château de Blérancourt) / Adrien Didierjean


C’est l’époque où elle disparaît de la presse française, y compris celle des années 70. Et pourtant, Louise a continué à peindre et à créer ses cosmogrammes jusqu’à un âge avancé.

 

Essor - 1974
Huile sur toile, 114,5 x 92 cm
Collection particulière (vente 2014)


Cosmogramme – 1990
Aquarelle sur papier, 22,5 x 30,5 cm
Collection particulière (vente 2019)

Elle a aussi participé à de nombreuses expositions en lien avec le musicalisme, notamment lors de l’hommage à Valensi au musée des Beaux-Arts de Lyon (1963), à la première rétrospective des salons musicalistes à la galerie Hexagramme (1973), à l’exposition « Qu'est-ce que le Musicalisme ? » à la Galerie Drouart, à Paris (1990) et a été honorée en 1993 par la galerie 1900-2000 : « Louise Janin fête ses cent ans » (dont le catalogue n’est plus consultable qu’en bibliothèque).


Louise Janin est morte le 26 juillet 1997, à Meudon-la-Forêt, où elle repose au cimetière de Trivaux.

 

Et depuis ? A ma connaissance, aucune autre exposition n’a eu lieu en France depuis son décès et si Louise a été l’une des « 9 Women, 20th Century » en septembre – octobre 2025 à la galerie Nagas de New York, avec Pacita Abad, Leonora Carrington, Leonor Fini, Mary Abbott, Amaranth Ehrenhalt, Elisabeth Fuss-Amoré, Jennie Lewis et Grace Pailthorpe, cet hommage s’adressait autant à sa féminité qu’à son art.

Voir les œuvres de Louise n’est pas facile non plus : le musée de Meudon en conserve une, les autres sont toutes au musée franco-américain de Blérancourt. Quant aux grands musées américains… ils n’en possèdent aucune.

 

Mais j’ai trouvé une exposition qui va commencer bientôt, à Londres, peut-être les prémices d’une redécouverte de cette artiste attachante mais un peu inclassable, ce qui n’est jamais un atout pour trouver sa place dans l’histoire de l’art…

 

 

L’affiche est illustrée par son œuvre Epanouissement
Gouache sur papier tendue sur isorel, 41,5 x 36 cm
Collection particulière


 

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