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dimanche 3 mai 2026

Maria Wiik (1853-1928)

 

 Autoportrait - vers 1886
Huile sur toile, 41 x 33,3 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Maria Katharina Wiik est née le 2 août 1853 à Helsinki. Elle est la quatrième enfant de l’architecte Erik Johan Wiik (1804-1876), auteur du premier bâtiment de l’université de Finlande, et de Gustava Fredrika Meyer, son épouse d’origine suédoise.

La famille Wiik est aisée, habite une belle maison à Kaivopuisto (le quartier du parc, Brunnsparken en suédois), construite par Erik Wiik et dont on dispose encore d’une vue, probablement peinte dans les années 1830.

 

Ecole finlandaise du XIXe siècle
La maison Wiik – sans date
Huile sur toile marouflée sur panneau, 22 x 25,5 cm
Collection particulière (vente 2020)


L’année de la naissance de Maria, un peintre inconnu a exécuté les portraits de sa mère et de ses frères et sœurs, Fritz (né en 1839), Emelia (née 1844) et Hilda (née en 1849). (Cliquer sur les photos pour les agrandir)


Ecole finlandaise du XIXe siècle
Portrait de Gustava Wiik – 1853
Huile sur toile, 44,8 x 35,3 cm
Collection particulière (vente 2020)

Ecole finlandaise du XIXe siècle
Triple portrait des enfants Wiik - 1853
Huile sur toile, 64,4 x 44,7 cm
Collection particulière (vente 2020)


À l'âge de huit ou neuf ans, Maria commence à étudier à l'école féminine suédoise d'État, à Helsinki. Elle était fort peu intéressée par les études mais remplissait déjà ses carnets de croquis et de dessins, selon Helena Westermarck, une de ses amies peintres qui a écrit sur elle une étude biographique dont je me suis abondamment inspirée pour cette notice (Helena Westermarck, Tre Konstnärinnor, Söderström & Förlagsaktierbolag, Helsingfors, 1937).

Sa professeur de dessin était une autre peintre, Elisabeth Blomqvist (1827-1901), laquelle, constatant la passion de la petite fille, lui a donné ses premiers cours particuliers. Puis, ses parents l’inscrivent, en 1873, au cours privé du peintre réaliste Adolf von Becker.

 

Adolf von Becker (1831-1909)
Jeune fille écrivant – 1872
Huile sur toile, 46,5 x 56 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Pakarinen


L’année suivante, Becker étant parti en voyage à Paris, Maria s’inscrit à l’école de dessin de la Société finlandaise des Beaux-Arts. C’est là qu’elle fait la connaissance des jeunes femmes avec lesquelles elle formera le groupe des « sœurs peintres », Elin Danielson-Gambogi (voir sa notice), Helena Westermarck (1857-1938) et surtout Helene Schjerfbeck (voir sa notice), son amie.

De cette première période, il reste un autoportrait … 

 

Autoportrait – vers 1870
Crayons et craie blanche sur papier, 30 x 27 cm
Musée de la ville d’Helsinki


… un portrait de chat… 

 

Mosse, chat au repos – vers 1872
Huile sur toile, 21 x 26 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Pakarinen


… ainsi qu’une collection de dessins qu’on peut voir sur le site de la Galerie nationale de Finlande.




A la fin de l’été 1875…

 

Idylle d’été – 1875
Huile sur toile, 40 x 31 cm
Collection particulière (vente 2014)

… Maria part à Paris en compagnie de sa sœur Hilda, également artiste et qui souhaite se former à l’art textile. Elles sont toutes deux hébergées par un professeur hongrois nommé Ujfalvy dont la femme était française.

Maria s’inscrit à l’académie Julian, où elle reçoit les leçons de Tony Robert-Fleury. Pour avoir une idée du rythme de travail – plutôt soutenu ! - de l’école, je vous conseille la notice de Marie Bashkirtseff, arrivée deux ans après elle. Elle raconte notamment les longues séances de dessin d’après modèles et la pratique des concours de fin de semaine, avec classement à l’appui, raison pour laquelle il se pourrait bien que cette étude de tête, sur laquelle il est probablement écrit « 5e accessit » en abrégé, ait été dessinée chez Julian.


Etude de visage masculin – sans date
Fusain sur papier, 53,5 x 44 cm
Collection particulière (vente 2023)


En fin d’année 1876-1877, Maria est rentrée six mois en Finlande pour les vacances, période où elle a exécuté plusieurs portraits, dont celui de son père.

 

Portrait du père de l’artiste – 1876
Fusain sur papier, 49,5 x 35,5 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Aaltonen

Puis Maria revient à Paris en 1878, seule cette fois, et rencontre à l’académie Julian la peintre Amélie Lundahl (1850-1914). Elles louent chacune une chambre dans un « petit hôtel bon marché sur la rive gauche de la Seine ».

C’est l’époque où, à sa grande satisfaction, Maria obtient la médaille de l’académie Julian, médaille « méritée » selon le Journal de Marie Bashkirtseff !

Maria rentre en Finlande passer l’été et montre cinq dessins à la craie noire à l'exposition annuelle de la Société d'Art Finlandais, dont le portrait de son beau-frère, un professeur de musique suédois, Johan Lindberg.

 

Portrait du professeur Johan Lindberg – vers 1878
Publié in : Helena Westermarck, Tre Konstnärinnor, p.80


Dans un compte rendu qui paraît dans le Finnish Journal, le professeur Carl Gustaf  Estlander (1834-1910) - qui sera plus tard le créateur de l’Académie des Beaux-Arts d’Helsinki - écrit que « Ses cinq études de modèles sont même excellentes (…) leur caractère simple et épuré leur confère une grande valeur. (…) Cette idéalité de perception et cette pureté plaisante de l'exécution donnent toute raison de penser que beaucoup seront heureux de confier leur visage à l'art de la craie de Mademoiselle Wiik. » (Finnish Journal, 1878, p. 157)


C’est probablement cet été là que Maria a peint cette petite fille - qui n’a pas une allure très parisienne – et dont le regard intense souligne le talent de Maria pour rendre la profondeur psychologique de ses modèles.

 

Portrait d’une petite fille – 1878
Huile sur toile, 42 x 35 cm
Didrichsenin Taidemuseo, Helsinki
© Photo : Jussi Pakkala


En 1880, alors qu’elle s’apprête à rentrer à Helsinki pour enseigner à l'école de dessin de la Société d'Art, Maria participe à son premier Salon parisien, avec deux portraits, dont celui de Marietta, petite fille au regard volontaire, peinte dans un style encore proche du naturalisme. La toile ci-dessous n’est pas exactement celle qu’elle a présentée, dont les mesures étaient 80 x 65 cm. La petite fille, bien que désignée sous le nom de « Mariette » dans le catalogue parisien, était probablement Marietta, un modèle italien.

 

Portrait de Marietta – 1880
Huile sur toile, 54,5 x 47 cm
Gösta Serlachius Fine Arts Foundation, Mänttä
© Photo : Teemu Källi


A Helsinki, Maria peint les membres de sa famille : sa nièce Elsa (1874-1944), fille de sa sœur aînée, Emelia, et de Johan Lindberg.

 

Portrait d’Elsa Lindberg – vers 1878
Huile sur toile marouflée sur panneau, 17 x 14,3 cm
Collection particulière (vente 2020)

Cette petite fille a eu une vie assez inattendue. En 1902, elle a épousé un diplomatie perse, le prince Arfa Mirza Riza Khan Arfa-ud-Dovleh. Sa vie au sein d’un harem lui a inspiré plusieurs ouvrages : Derrière le réseau du harem, Une femme nordique comme épouse orientale (1925) et sa suite Mariage à la plage du Bosphore (1932) qu’elle a publié sous le nom de Lindberg-Dovlette. C’est elle qui, devenue adulte et installée à Monaco, sous le nom de princesse Mirza Riza Khan Arfa, rencontrera Helena Westermarck et lui confiera les photographies des tableaux que celle-ci présente dans sa biographie.

Maria peint aussi sa sœur Hilda.

 

Portrait de Hilda Wiik, sœur de l’artiste – 1880
Huile sur toile, 23 x 19,5 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Pakarinen


Elle peint son autoportrait, à peu près à la même époque et l'on peut remarquer la touche beaucoup plus libre avec laquelle elle interprète son col blanc. A l’évidence, les deux sœurs se ressemblait beaucoup (ou alors, c'est encore un portrait de Hilda…). 

 

Autoportrait – vers 1879/1881
Huile sur toile marouflée sur panneau, 29 x 27 cm
Collection particulière (vente 2021)


On pourrait penser que les deux portraits qui suivent son ceux de sa nièce Elsa, née en 1874. Mais elle avait quatre ans pour le premier portrait (1878), il est donc assez peu probable qu’elle ait eu cette allure trois ans plus tard, à sept ans.


 

Elsa – 1881
Huile sur toile, 56,5 x 44,5 cm
Collection particulière (vente 2018)


Elsa – 1882
Huile sur toile, 57 x 47 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Pirje Mykkänen

 

En 1881, Maria est de retour à Paris, avec Helene Schjerfbeck, cette fois. Hélène s’inscrit à l’académie Colarossi et elles partagent leur atelier, probablement rue de Seine. Cette douce aquarelle baignée de lumière a peut-être été peinte à Paris…

 

Au bureau – vers 1880
Aquarelle, 28 x 17,5 cm
Collection particulière (vente 2020)


Maria revient au Salon de 1882, avec L’œuf cassé, une petite scène de genre saisie dans son atelier avec un autre petit modèle italien. Je n’ai pas trouvé de commentaire dans la presse mais Helena Westermarck précise que le tableau fut acheté au Salon par un Américain et n’a jamais été présenté en Finlande.

 

L’œuf cassé – 1882
Huile sur toile, 59 x 37 cm
Collection particulière (vente 2021)


Je glisse ici une petite marchande de fruits qui me paraît dater de la même époque, même si le travail du fond paraît plus « expérimental » qu’à son habitude.

 

Hedelmäkauppias (La marchande de fruits) – sans date
Huile sur panneau, 26 x 20,5 cm
Collection particulière (vente 2013)


À l'été 1882, Maria et Helene rentrent chez elles, pour tout l'automne et la première partie de l'hiver 1883. Maria travaille la peinture et donne quelques cours particuliers. C’est la période où elle peint un tableau de grande dimension : une jeune femme qui carde la laine, à l’aide d’une double brosse posée sur ses genoux, dans un style encore très naturaliste.

Elle apporte le tableau à Paris au printemps, pour l’exposer au Salon suivant. C’est peut-être celui qui a été présenté au Salon de 1883 sous le titre Paysanne finlandaise.

 

Fille cardant – 1883
Huile sur toile, 113,5 x 130 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Kirsi Halkola

 

L’autre œuvre présentée au Salon est un nouveau portrait de sa sœur Hilda.

 

Hilda Wiik-Muotokuva – 1881
Huile sur toile, 41 x 33 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Antti Kuivalainen

Selon Helena Westermarck, le portrait de Hilda Wiik fut peint en 1881, dans l'atelier de Maria dans la villa familiale à Kaivopuisto, puis transporté à Paris pour le Salon.


Cette fillette italienne, en revanche, a probablement été peinte à Paris, où l’on trouvait facilement de jeunes modèles italiens. Maria commence une série de petits portraits qui sont autant d’expérimentations autour de la lumière.

 

Fillette italienne endormie – 1883
Huile sur toile, hauteur 23,5 cm
Musées de la ville de Mikkeli
© Photo : Harri Heinonen


Après quoi les deux amies, Maria et Helene, se rendent à Pont-Aven, où elles passent la fin de l’année, ne rentrant à Paris qu’au printemps 1884.

Maria peint quelques paysages où l’on sent son intérêt pour le travail en plein air…

 

Paysage forestier – 1883
Huile sur bois, dimensions non précisées
Tikanoja Art Museum, Vaasa


… mais aussi de nombreux portraits d’enfants. J’ai découvert à cette occasion que « Tamec » est un prénom breton – parfois écrit Thamec – et, plus particulièrement, de la région de Pont-Aven !

 

Tamec tenant un sabot – 1883
Huile sur toile, 27,5 x 22 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Aaltonen


Et probablement aussi cette enfant endormie. Deux petites huiles qui se caractérisent par leur nouvelle palette, plus lumineuse, et une touche large et rapide.

 

Kesähelteessä (Dans la chaleur estivale) – 1883
Huile sur toile, 46 x 38 cm
Collection particulière


Et enfin, A l’église, thème récurrent de l’époque (on se souvient de la vague des Communiantes qui a suivi celle de Bastien-Lepage en 1875)

 

A l’église – 1884
Huile sur toile, 56 x 46,5 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Jenni Nurminen


Le tableau peint à Pont-Aven que Maria considérait comme son travail le plus important s’intitule Un Obstacle ou Une difficulté selon le catalogue du Salon de 1884 où il fut présenté. Il semble avoir disparu. Le musée national finlandais ne dispose que d’une photographie :

 

Un obstacle – 1884
Photographie argentique, 392 × 326 mm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki

On y voit un enfant tendre les bras à une petite camarade coincée par un mur trop haut pour elle. Le sujet a peu d’importance mais pour Maria, c’était sa meilleure toile peinte « en plein air », dont on peut se faire une idée avec cette version qui ne me paraît pas tout à fait identique, peut-être préparatoire :

 

Un obstacle – sans date
Huile sur toile, 80 x 54 cm
Collection particulière (vente 2023)

Lorsque Maria présente ce tableau au concours annuel de la Société d'Art d'Helsinki « pour jeunes artistes », elle est récompensée par le premier prix.

Maria participe ensuite à l'Exposition d'art finlandais de 1885, dont un catalogue donne la liste des œuvres exposées. La jeune peintre expose Marietta, le Portrait de Mlle S. Hilda Wiik, Elsa, Un obstacle, L’heure du petit déjeuner, ainsi que plusieurs pastels et reçoit une mention « honorable ».


Le tableau suivant est probablement un peu plus tardif. Sa palette a déjà un peu évolué dans une gamme de rouge-brun.

 

Dans la forge – 1884
Huile sur toile, 50 x 61 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Pakarinen


Pendant l’été qui suit, Maria et Helene s’installent chez une tante de Maria, à Janakkala, au sud de la Finlande, dans un manoir appelé Löyttymäki. Maria prend comme modèles les enfants du village :

 

Yksin Kotona (Seul à la maison) – 1885
Huile sur toile, 54,5 x 65 cm
Fondation Reitz, Helsinki


Hämeestä – 1885
Huile sur toile, 60.5 x 70 cm
Collection particulière

Les deux années suivantes, Maria séjourne chez elle à Helsinki et peint de nombreuses petites scènes et portraits…

 

Huono Omatunto (Mauvaise conscience) – 1886
Huile sur toile, dimensions non précisées
Tampere Art Museum, Tampere 


Oppitunti (La leçon) – 1886
Huile sur toile, hauteur 36 cm
Keski-Suomen Museo, Jyväskylä 


Portrait de Johannes Takanen (1849-1885) – 1885
Fusain sur papier, 60 x 70 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Aaltonen

Ce portrait de Takanen a peut-être été dessiné d’après une photographie - comme l'évoque son cadre ovale - car il a été exécuté l’année de la mort prématurée du sculpteur.

 

Femme au parasol – 1886
Huile sur toile, 35,5 x 43,5 cm
Tikanoja Art Museum, Vaasa


Deux de ces portraits sont aujourd’hui très connus en Finlande : celui de la soprano Ida Basilier-Magelsen, réalisé pour le Théâtre finlandais…

 

Portrait de la chanteuse d'opéra Ida Basilier-Magelsen
dans le rôle de Philine de l’opéra Mignon d’Ambroise Thomas – 1887
Huile sur toile, 129 x 84 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Antti Kuivalainen

 

… et celui du conservateur B. O. Schauman, en réponse à une commande de la Société finlandaise des Beaux-Arts.

 

Portrait de Berndt Otto Schauman – 1888
Huile sur toile, 68,5 x 55 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Janne Mäkinen


Maria a fait ensuite quelques brefs séjours à Paris mais sans s’y installer. Elle n’y revient de façon prolongée qu’en 1889, avec Helene Schjerfbeck et une autre amie peintre, Ada Thilén (1852-1933). Elles louent ensemble un atelier, rue Jacob (6e), ce qui nous vaut cette charmante petite huile de printemps, avec pots de jonquilles et de tulipes…

 

Dans l’atelier – 1889
Huile sur toile, 31 x 42 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Jenni Nurminen


… et aussi cette petite scène sur laquelle je n’ai pas trouvé d’information.

 

Ullakkokamarissa (Dans la mansarde) – 1889
Huile sur toile, 52 x 61 cm
Collection particulière


Il reste aussi de ce séjour le témoignage d’un moment de travail partagé par Maria et Helene, devant le même bouquet de pensées, agrémenté d’une rose et d’un fond d’éventails japonais. Les deux musées qui les conservent ne les situent pas la même année, ce qui est quand même assez cocasse.

 

Maria Wiik (1853-1928)
Etude de pensées dans un vase japonais – vers 1887
Huile sur toile, 38 x 31 cm
Gösta Serlachius Fine Arts Foundation, Mänttä
© Photo : Yehia Eweis

Helene Schjerfbeck (1862-1946)
Pensées dans un vase japonais – 1887/1890
Huile sur toile, 35 x 30 cm
Collection d’art de la Fondation Signe et Ane Gyllenberg, Villa Gyllenberg, Helsinki
Photo : Villa Gyllenberg / Matias Uusikylä CC BY-NC-SA 4.0

C’est le moment où Maria fait la connaissance de Puvis de Chavannes dont elle dira plus tard que cette rencontre a « libéré sa peinture ». Les jeunes femmes visitent l’Exposition universelle puis décident de quitter Paris qu’elles trouvent un peu trop « surpeuplé de gens idylliques ».

Maria et Helene partent alors à St. Ives, en Cornouailles, qu’Helene connaît déjà. C’est là que Maria peint une de ses toiles emblématiques, dont le titre peut se traduire par Dehors, dans le monde ou A la conquête du monde. Œuvre importante car Maria y exprime une situation qui résume la vie des jeunes femmes de l’époque, quand elles quittent la maison, laissant derrière elles parents ou grands-parents inquiets et éplorés.

  

Maailmalledit aussi Ut i världen – 1889
Huile sur toile, 69 x 61,5 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Antti Kuivalainen


Avec cette œuvre, présentée à l’Exposition universelle de 1900, Maria recevra une médaille de bronze.

Tout au long des années 1890, Maria s’est consacrée au portrait pour lesquels elle reçoit de nombreuses commandes, comme le portrait de l’écrivain Zacharias Topelius (1818-1898), qui fut recteur de l’Université d’Helsinki. Le portrait a été commandé pour l'École finlandaise des femmes et s’y trouve peut-être encore.

 

Portrait de Zacharias Topelius – 1891
Huile sur toile
Lieu de conservation inconnu (de moi)


Elle réalise aussi des scènes de genre de grande dimension, comme Un foyer :

 

Ett hem (Un foyer) - 1894
Publié in : Helena Westermarck, Tre Konstnärinnor, p.103


Il y a eu aussi des recherches sur la lumière, comme on l’imagine en regardant cette photographie d’un tableau disparu et d'autres petites pochades :

 

Nordisk vår (Printemps nordique) – vers 1890
Publié in : Helena Westermarck, Tre Konstnärinnor, p.105


Femme à l’aviron – 1892
Huile sur toile, 26,5 x 35,5 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise /Jenni Nurminen

 

På kvarnbacken (Sur la colline du moulin) – sans date
Huile sur toile, 37 x 47,5 cm
Collection particulière

Mais surtout, le style de Maria évolue, de façon évidente, se rapprochant à la fois des recherches synthétiques d’Helene…

 

Tête de femme – vers 1890
Huile sur toile, 32,5 x 30,5 cm
Gösta Serlachius Fine Arts Foundation, Mänttä
© Photo : Vesa Aaltonen


… et du symbolisme français, avec une période plus sombre à la fin des années 1890, quand Maria perd sa chère sœur, Hilda, emportée par la tuberculose.  

 

Final – sans date
Pastel sur papier, 59 x 44 cm
Collection particulière (vente 2017)

Fille demi-longueur – sans date
Aquarelle et pastels, 42,5 x 35,8 cm
Collection d'art de la Fondation Signe et Ane Gyllenberg, Villa Gyllenberg, Helsinki
Photo : Villa Gyllenberg / Matias Uusikylä CC BY-NC-SA 4.0



Katri – vers 1897/1898
Huile sur toile, 65 x 47 cm
Collection particulière (vente 2019)


 

Chardon – 1898
Pastel sur papier, dimensions non communiquées
Taidekoti Kirpilä, Helsinki
© Photo : Rauno Träskelin

Sans titre – sans date
Pastel sur papier, 42,5 x 37,5 cm
Collection particulière (vente 2022)


Vieille femme en blanc – vers 1899
Huile sur toile contrecollée sur carton, 27 x 21 cm
Gösta Serlachius Fine Arts Foundation, Mänttä
© Photo : Teemu Källi


Innocentia – 1900
Huile sur toile, 62,5 x 46,5 cm
Collection particulière (vente 2012)


Et parfois, des petites études dont la liberté surprend par sa modernité. 

 

Modèle féminin allongé – 1904
Huile sur papier, 23 x 17,5 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Janne Mäkinen


Restent à évoquer deux tableaux importants pour Maria, le Conte de fées, un pastel qui se trouverait au musée de Turku, lequel renvoie le visiteur sur « Pinterest » pour voir ses collections. Résultat, j'ai fini par le trouver sur le Net, en me basant sur la photo publiée dans la biographie d'Helena. 

 

Sagan (Le Conte de fées) – 1903
Pastel avec sous-couche d’aquarelle
Musée d’Art de Turku
Publié in : Helena Westermarck, Tre Konstnärinnor, p.108


Un conte de fées, comme une vieille femme, encore visible dans une lumière aigüe mais qui semble prête à s’enfoncer dans les ombres profondes de ses voiles, ses mains décharnées encore accrochées au livre. L’inquiétant et le mystérieux de l'existence qui sont l’âme du conte.

Deux ans plus tard, Maria accomplit son dernier voyage à Paris, s’arrêtant au passage à Liège, pour l’Exposition universelle, et à Berlin pour voir l’exposition de la Sécession où elle découvre Klimt et Hodler. Elle visite le musée du Luxembourg, s’étonne devant Cottet et Carrière, s’extasie devant les Degas.

La même année, elle est naturellement présente dans le fameux ouvrage de Walter Shaw Sparrow, Femmes peintres du monde, de Caterina Vigri à Rosa Bonheur et aujourd'hui (The Art & Life Library, Londres, 1905).

Elle est en train de travailler à Fru Storg (Madame Deuil) qu’elle considère comme « l'œuvre de sa vie » et pour laquelle elle a déjà réalisé quelques toiles préparatoires :

 

Etude pour Fru Sorg – 1903
Publié in : Helena Westermarck, Tre Konstnärinnor, p.112

Il s’inspire d’un poème du Romanzero de Heinrich Heine, dont je n’ai pas trouvé la traduction :

« Das Glück ist eine leichte Dirne,
Und weilt nicht gern am selben Ort ;
Sie streicht das Haar dir von der Stirne
Und küßt dich rasch und flattert fort.
 

Frau Unglück hat im Gegentheile
Dich liebefest an’s Herz gedrückt ;
Sie sagt, sie habe keine Eile,
Setzt sich zu dir an’s Bett und strickt. »

Ce qui donne, à peu près :

 

« La Chance est une fille facile

Qui n'aime pas rester au même endroit.

Elle écarte les cheveux de ton front,

T’étreint rapidement et s'éloigne en voletant.

 

Madame Malchance, au contraire,

Blottie tendrement contre ton cœur,

Dit qu'elle n'est pas pressée,

S'assoit près de ton lit et tricote. »

 

Etude pour Fru Sorg – 1905
Publié in : Helena Westermarck, Tre Konstnärinnor, p.114


Mais il y a eu la période de la guerre, Maria doit quitter Helsinki pour Lappvik, à l’extrême sud de la Finlande, et revoit longuement Helena Westermarck à cette occasion.

 

Huvila mäntyjen keskellä (Villa au milieu des pins) - 1910/1919
Huile sur toile, 24 x 32 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Pakarinen


Là, elle reprend ses portraits de la population locale, qui permettent, par comparaison avec ses précédentes séries de portraits, de mesurer l’évolution de son style.

 

Petite fille au châle blanc – 1913
Huile sur toile, 81 x 56 cm
Gösta Serlachius Fine Arts Foundation, Mänttä
© Photo : Yehia Eweis


Kerstin – vers 1914
Huile sur panneau, 32 x 25 cm
Collection particulière


Mais, à la fin de la guerre, Maria commence à perdre la vue.

 

Autoportrait – 1917
Huile sur toile, 46,5 x 36,5 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Janne Mäkinen


A partir de 1923, Maria doit cesser de peindre et de voyager. Après une opération des yeux, elle se blesse accidentellement et doit rester alitée deux ans. A sa grande tristesse, Fru Sorg ne sera jamais peint.

 

Maria Wiik est morte à Helsinki, le 19 juin 1928.

 

*

 

Maria Wiik est restée célèbre en Finlande où elle est considérée comme une des peintres importantes de la période du Siècle d'or finlandais. L’amitié artistique profonde et durable qu’elle a entretenu avec Helene Schjerfbeck, la pertinence et la bienveillance de son regard sur une époque cruciale de l’Histoire de la Finlande (exode rural, émancipation des femmes) lui ont assuré une place durable dans l’histoire de l’art de son pays.

Mais, contrairement à Helene Schjerfbeck, dont la renommée française a grandement bénéficié de la superbe exposition du Musée d’Art moderne de Paris en 2007, Maria Wiik reste encore presque inconnue en France… et c’est bien regrettable !

 

Vieux coins – vers 1880
Huile sur toile, 60 x 49 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Pakarinen

 

Nature morte – vers 1883/1884
Huile sur toile, 46 x 65 cm
Ateneum Art Museum, Galerie nationale finlandaise, Helsinki
© Photo : Galerie nationale finlandaise / Hannu Pakarinen



Fleurs – sans date
Huile sur toile, 32,5 x 43 cm
Collection particulière (vente 2023)


Motif floral – 1917
Huile sur toile, 31 x 38 cm
Collection particulière


 

*

 



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