dimanche 12 juillet 2026

Hanna Hirsch-Pauli (1864-1940)

Le blog des artistes disparues est en pause estivale. Passez un bel été, on se retrouve en septembre…


Studio de Rasmus Ovesen, Photographe
Portrait d’Hanna Hirsch vers 1880
Collection particulière
© Photo : Lars Engelhardt /Prins Eugens Waldemarsudde, Stockholm


Hanna Hirsch est née le 13 janvier 1864 à Stockholm. Elle est l’une des huit enfants de l'éditeur de musique Abraham Hirsch et de son épouse Pauline, née Meyerson. Comme l’écrit l’historienne de l’art Carina Rech, dans une étude sur la correspondance d’Hanna, celle-ci « a grandi dans l’une des familles juives les plus influentes culturellement de Stockholm. Son enfance a coïncidé avec ce qui a été décrit comme l’âge d’or de l’élite juive suédoise, durant lequel les Juifs assimilés ont contribué de manière décisive à la transformation industrielle, sociale et culturelle de la Suède en un État-nation moderne. » (Carina Rech, « A City of One’s Own: The Parisian Letters of the Swedish Painter Hanna Hirsch-Pauli », Nineteenth-Century Art Worldwide, Printemps 2024, volume 23, n°1)

 

Photographe inconnu
Portrait d’Abraham et Pauline Hirsh – sans date
Collection particulière


Une famille cultivée et libérale qui ne s’oppose pas à l’intérêt d’Hanna pour le dessin et dispose d’assez de moyens financiers pour inscrire leur fille à l’école d’art privée du peintre symboliste August Malmström, l’année de ses douze ans…(cliquer sur les images pour les agrandir)

 

August Malmström (1829-1901)
Älvdans (Fées dansantes) – 1866
Huile sur toile, 90 x 149 cm
Nationalmuseum, Stockholm

… tout en lui faisant suivre les cours particuliers d’Ellen Key (1849-1926), une écrivaine et philosophe, féministe et adepte d’une pédagogie novatrice, en compagnie de sa sœur Betty et d’autres jeunes filles, comme Emma Lamm, qui deviendra l’épouse du peintre Anders Zorn (1860-1920). Elles étudient l'histoire, la géographie et la littérature suédoise.

Dans l’atelier d’August Malmström, Hanna rencontre aussi Eva Bonnier, fille d’un éditeur et amateur d’art, aujourd’hui connu pour avoir réuni une collection de plus de 300 portraits d'auteurs, d'artistes et de personnalités culturelles suédoises, dans sa propriété de Nedre Manilla, de l’île de Djurgården, à Stockholm.

Les deux jeunes filles sont ensuite admises dans la section féminine de l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm, ouverte aux femmes depuis 1864, ce qui constitue une exception notable à l’époque (en France, il faudra attendre 1897).

Autre incongruité, horresco referens, l’Académie de Stockholm autorise les jeunes filles à étudier le nu, ce qui aurait scandalisé les ateliers français où le port du caleçon était la règle.

Hanna commence sa formation en 1881, à 17 ans, et c’est probablement au cours des premières années qu’elle peint cette étude.

 

Etude de nu – sans date
Huile sur toile, 81,5 x 65 cm
Collection particulière (vente 2022)

 

Femme lisant – 1882
Huile sur panneau, 35,5 x 26 cm
Collection particulière (vente 2023)

Femme dans un jardin – 1883
Huile sur toile
Collection particulière


Elle est rapidement considérée comme une élève prometteuse et reçoit même l'une des premières « médailles ducales » pour son huile intitulée Sous la lampe.

 

Vid Lampan (Sous la lampe) – 1885
Huile sur toile, 109 x 130 cm
Collection particulière (vente 2001)

On voit ici la sœur d’Hanna, Betty, levant les yeux de son livre pour s’adresser à sa mère en train de coudre, devant un monsieur qui est probablement un membre de la famille. Le traitement habile des visages partiellement éclairés par la lampe indique qu’Hanna a déjà atteint une réelle aisance technique. Quand on sait, en outre, que le tableau a été exécuté dans le cadre d’un concours dont le sujet était une peinture d'histoire « représentant une scène de la vie de Martin Luther », on perçoit bien l’indépendance d’esprit de la jeune femme !

C’est juste après ce concours réussi qu’Hanna part pour Paris, en octobre 1885. Elle s’installe dans la célèbre « Villa des Dames » du 77, rue Notre-Dame-des-Champs (qui a vu défiler un nombre conséquent de jeunes peintres étrangères) et s’inscrit immédiatement à l'académie Colarossi dont les cours se déroulent à deux pas de chez elle, rue de la Grande Chaumière. Ses professeurs sont d’abord Raphaël Collin qu’elle décrit comme « très simple, sans afféterie ni prétentions dans son comportement, bien qu'il soit connu comme un grand artiste » … 


Raphaël Collin (1850–1916)
Floréal - 1886
Huile sur toile, 100 x 185 cm
Musée d’Orsay, Paris

… et Gustave Courtois, qui ne vient que quelques fois par semaine, pour ses corrections : « il traverse l'atelier en courant, mais le bref regard qu'il jette aux travaux est si perçant et pénétrant qu'on en reste complètement pétrifiée. » (Lettre à Betty Hirsch, 15 novembre 1885)


Gustave Courtois (1852–1923)
Etude – 1890
Huile sur toile, 51,8 x 37,5 cm 
Art Gallery of New South Wales, Sydney

Certes, Hanna étudie avec sérieux mais elle découvre aussi la liberté d’être seule à Paris, situation exaltante pour une jeune femme de vingt-et-un ans. 

Contrairement à Marie Bashkirtseff qui, quelques années plus tôt, se plaignait amèrement de ne pas pouvoir faire un pas toute seule (« Ce que j’envie, c’est la liberté de se promener tout seul, d’aller, de venir, de s’asseoir sur les bancs du jardin des Tuileries et surtout du Luxembourg, de s’arrêter aux vitrines artistiques, d’entrer dans les églises, les musées, de se promener le soir dans les vieilles rues ; voilà ce que j’envie et voilà la liberté sans laquelle on ne peut pas devenir un vrai artiste. » Journal, 2 janvier 1879) ; Hanna, que personne ne surveille, arpente la ville dans tous les sens, s’émerveille de l’abondance d'objets sur les rayons du Bon Marché - qu’elle compare dans une lettre au Bonheur des dames de Zola - se rend seule au Louvre et au musée du Luxembourg, va visiter le Panthéon où elle admire les fresques de Puvis de Chavannes, assiste à des concerts, applaudit même Sarah Bernhardt – dans Marion de Lorme de Victor Hugo – souvent seule et parfois en compagnie d’Eva Bonnier qui se trouve également à Paris. 

Mais pas trop souvent, de peur qu’Eva ne raconte ses aventures à sa famille !

 

Eva Bonnier (1857-1909)
Autoportrait – 1886
Huile sur toile, 45 x 38 cm
Collection Bonnier, Nedre Manilla, Djurgården, Stockholm

C’est probablement à Paris qu’Hanna peint cette jeune femme lisant le journal, assise par terre dans un parc après avoir ôté son chapeau, une liberté inconcevable en Suède, pour une jeune fille de bonne famille.

 

Tidningsläsande kvinna (Femme lisant les journaux) – 1886
Huile sur panneau, 14,5 x 19 cm
Collection particulière (vente 1993)

Hanna rencontre aussi de nombreux compatriotes et, notamment, son futur mari, le peintre Georg Pauli, avec lequel, selon ses lettres, elle visite le Salon de 1886, le jour du vernissage… ce qui me conduit à m’interroger sur le tableau que voici :

 

Hugo Birger (1854-1887)
Petit déjeuner des artistes scandinaves au café Ledoyen, un jour de vernissage – 1886
Huile sur toile, 183,5 x 261,5 cm
Göteborgs Kunstmuseum, Gothenburg

On voit la fine fleur des artistes scandinaves, attendant au café l’ouverture du Salon de 1886. Georg Pauli serait le deuxième homme en partant de la droite, haut-de-forme sur la tête et canne sous le bras. Or, il était ce jour-là en compagnie d’Hanna. Et, selon le musée, la seule jeune femme restée inconnue à ce jour est justement celle qui nous regarde, au premier plan.

Je me demande s’il ne pourrait pas s’agir d’Hanna, qui portait, ce jour-là, une tenue très semblable, ci-dessous croquée par Eva Bonnier à laquelle Hanna avait demandé ce service pour montrer son nouveau costume « parisien » à sa sœur.

 

Eva Bonnier (1857-1909)
À mon amie Hanna H – 1886
Crayon sur papier
Collection particulière
Publié in : Carina Rech, op.cit., p.95

Mais ce n’est qu’une supposition personnelle ! Ce qui est certain, c’est qu’Hanna ne rechigne pas à servir de modèle à ses amis peintres.

Outre cette petite huile, exécutée par Georg, où elle ose poser lorgnon sur le nez…

 

Georg Pauli (1855-1935)
Portrait de Hanna Hirsch – 1886
Huile sur carton
Collection particulière

 

Elle sert aussi, plusieurs fois, de modèle à son ami Thegerström.

 

Robert Thegerström (1857-1919)
Portrait de Hanna Hirsch - 1886
Pastel sur papier, 55 x 45 cm
Prins Eugens Waldemarsudde, Stockholm


Et, plus tard, lors de son second séjour à Paris (de novembre 1886 jusqu'à l'été 1887), à la demande d’un autre ami, Richard Bergh, elle joue le rôle d'une observatrice à pince-nez, scrutant avec grand intérêt… une femme hypnotisée.


Richard Bergh (1858-1919)
Hypnotisk seans (Séance d’Hypnose) – 1887
Huile sur toile, 153 x 195 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Mais revenons à 1886. A l’invitation de Georg Pauli, elle se rend à Barbizon où elle commence le portrait de son futur mari, dans la pose détendue d’un homme qui revient de balade, sa canne à la main.

 

Portrait de Georg Pauli – 1886/1887
Huile sur toile, 54,5 x 52,5 cm
Prins Eugens Waldemarsudde, Stockholm


Elle va peindre en plein air, aussi, en forêt de Fontainebleau, en compagnie d’Emma et Anders Zorn. Je place ici cette petite huile de l’époque, même si la végétation ne me paraît pas très évocatrice de cette forêt, plus connue pour ses chênes et ses énormes rochers

 

Skogspromenad (Promenade en forêt) – 1886
Huile sur toile, 44,5 x 59,5 cm
Collection particulière (vente 2013)

Mais Hanna est rentrée en Suède en juin 1886, elle a donc pu peindre cette Promenade pendant l’été, avant de revenir à Paris, en novembre 86. Cette fois, elle partage un logement-atelier, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, avec Venny Soldan, une amie sculptrice rencontrée à l’académie Colarossi.

 

Photographe inconnu
Georg Pauli au piano, Hanna Hirsch debout et Venny Soldan assise,
dans l’atelier du 53 rue Notre-Dame-des-Champs à Paris en 1887
Publié in : Carina Rech, op.cit., p.84


C’est cette amie qui posera pour l’unique œuvre qu’Hanna présentera dans un Salon parisien. A l’académie Colarossi, qui a déménagé avenue Victor Hugo, Hanna a travaillé avec un nouveau professeur, Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929). Dans le catalogue du Salon, Hanna se réclamera de ses trois professeurs. 


Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929)
Le pain béni - 1884
Huile sur toile, 121 x 84,5 cm
Musée d’Orsay, Paris

Quant à Venny, elle est certainement de la même trempe qu’Hanna. Elles n’ont pas froid aux yeux, au point d’entrer subrepticement à la Bourse de Paris, interdite aux dames, pour observer avec amusement les folles enchères… jusqu’à ce qu’elles se fassent repérer et reconduire poliment vers la sortie !

C’est cette amicale complicité que l’on sent dans son portrait, où Venny figure assise par terre dans l’atelier, sur une bâche maculée de peinture, une petite motte d'argile humide entre les doigts.

 

L’artiste Venny Soldan-Brofeld – 1887
Huile sur toile, 126 x 134 cm
Göteborgs Kunstmuseum, Gothenburg
© Photo Hossein Sehatlou / Göteborgs Kunstmuseum

Elle paraît s’être arrêtée en plein travail, levant les yeux vers son amie, prête à parler. Sa pose sans apprêt et peu flatteuse, pour les standards de l’époque, sera un peu critiquée pour son inélégance mais c’est justement l’impression qu’Hanna voulait donner, « den Nya Kvinnan » (la nouvelle femme), une artiste en plein travail.

Et le tableau est accepté au Salon annuel.

Juste après, Hanna rentre chez elle et passe l’été dans la résidence familiale, la villa Skuruborg, dans l’archipel de Stockholm. C’est là qu’elle peint ce que je considère comme son chef d’œuvre, pour lequel on ferait volontiers le voyage jusqu'en Suède : Frukostdags, démonstration particulièrement brillante de sa pratique de la « peinture en plein air ».


Frukostdags (L’Heure du petit-déjeuner) - 1887
Huile sur toile - 87 x 91 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Et c'est peut-être lors du même séjour qu’Hanna peint cette charmante Grange, par une douce soirée d’été. 

 

Ladugården (Grange) – 1887
Huile sur toile, 32,5 x 55 cm
Göteborgs Kunstmuseum, Gothenburg
© Photo : Hossein Sehatlou / Göteborgs Kunstmuseum

Au premier plan, une petite fille très sage, mains croisées derrière le dos et cheveux soigneusement tressés, regarde avec attention un homme en chemise blanche, occupé à vider une charrette à foin. Une autre scène de plein air.

A l’automne 1887, Hanna et Georg se marient, partent en Italie et s’installent à Rome pendant un an.

J’imagine que c’est en chemin qu’ils se sont arrêtés en Bavière car je ne vois pas où Hanna aurait pu trouver  cette improbable Paysanne bavaroise - tellement tétanisée qu’on souffre pour elle – mais dont le regard trahit l’empathie d’Hanna pour son modèle.

 

Paysanne bavaroise – 1885/1887
Huile sur toile, 91 x 73 cm
Nationalmuseum Stockholm


D’Italie, je n’ai pas trouvé beaucoup de trace, à l’exception de ce petit garçon, aux yeux attentifs et au torse maigre, caressé par une douce lumière blonde …

 

Modèle italien - 1887
Huile sur papier, 28 x 23,5 cm
Göteborgs Kunstmuseum, Gothenburg


… et peut-être aussi cette autre modèle à l’air intimidé de quelqu’un qui n’a pas l’habitude de poser.

 

Modèle aux fleurs dans les cheveux – vers 1888
Huile sur toile, 62 x 43 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Au retour de leur séjour italien, les Pauli s’installent à Stockholm. Hannah commence une activité de portraitiste, pas très soutenue, comme quelqu’un qui n’a pas besoin de vendre ses toiles pour vivre et choisit ses modèles principalement dans son cercle amical et social.

 

Ellen Hartman, actrice – 1888
Huile sur toile
Collection particulière

 

Anna Pontén, épouse de médecin – 1892
Huile sur toile, 90 x 60 cm
Collection particulière (vente 2000)

Elle participe à l’Exposition universelle de 1889 et c’est la première fois que son nom apparaît dans la presse française : « Je citerai encore d’excellents artistes : M. Tegerstrom, qui a fait le Soir au village ; Mme Thorell, un excellent portrait de jeune fille ; M. Schultzberg : un paysage de neige et de glace ; Mme Hanna Pauli-Hirsch : un ravissant portrait de jeune fille en première communiante. (…) Comme on le voit, les femmes sont nombreuses, parmi les artistes suédois, et presque toutes montrent un véritable talent et une hardiesse au moins égale à celle des hommes. » (Meurviele, « L’Exposition de 1889 », La Gazette de France, 5 septembre 1889, p.2)

Comme son mari, Hanna reçoit une médaille de bronze.

Ensuite, on apprend sa vie par bribe, à travers ses peintures et quelques textes. Hanna a eu trois enfants, deux garçons et une fille, tous nés dans les années 1890. En collection muséale, on peut voir ce portrait de son fils aîné, Göran, fasciné par la flamme d’une bougie. Comme toujours, Hanna aime saisir « l’instant ».

 

Le fils de l'artiste Göran, 3 mois, découvrant la flamme
d'une bougie pour la première fois - 1891
Huile sur toile, 40,4 x 33 cm
Nationalmuseum, Stockholm


En collections particulières, restent d’autres témoignages de sa vie de famille…

 

Mina gossar, Pojkarna på bänken (Mes garçons assis sur un banc) – 1895
Huile sur toile, 30 x 35,5 cm
Collection particulière (vente 2010)

Ruth – 1899
Huile sur toile
Collection particulière


Familjelycka (Bonheur domestique) - 1902
Huile sur toile
Collection particulière


Min Dotter Ruth (Ma fille Ruth) – 1908
Huile sur toile
Collection particulière


… et sa sœur Betty, qui n’a pas tellement changé depuis qu’elle lisait Sous la lampe, en 1885…

 

Betty Hirsch – 14 février 1892
Huile sur toile
Collection particulière


Hanna ne semble pas avoir été entravée par ses maternités. La famille est assez aisée pour qu’elle puisse se faire aider et, à de nombreuses reprises, son mari a dit à quel point il était admiratif du travail de sa femme.

En 1893, Hanna participe à l'Exposition universelle de Chicago, dite « Exposition colombienne » mais, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, elle n’était pas dans le « pavillon des femmes ». Elle expose avec les artistes suédois, trois toiles : deux portraits d’amis, celui de Venny Soldan (Salon 1887), celui du peintre Karl Nordström, ci-dessous, et The Name’s Day que je ne suis pas parvenue à identifier.

 

Portrait du peintre Karl Nordström – 1890
Huile sur toile
Collection Bonnier, Nedre Manilla, Djurgården, Stockholm


Le plus souvent, Hanna peint des portraits de ses amis, peintres et écrivains.

 

Portrait de la peintre Märta Rudbeck – 1894
Huile sur toile, 52,5 x 40,5 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Un de ces portraits d’amis est celui de l’écrivain Verner von Heidenstam qu’elle peint « en Hans Alienus », le personnage principal de son roman autobiographique.

 

Portrait de Carl-Gustav Verner von Heidenstam en Hans Alienus – 1896
Huile sur toile
Collection Bonnier, Nedre Manilla, Djurgården, Stockholm


Ce portrait sera remarqué et a même été partiellement reproduit dans la presse française :

 

Publié in : Les Nouvelles littéraires, artistiques
et scientifiques, 29 juillet 1939, p.8 
Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France

« Une des plus intéressantes expositions d’art que nous ayons vues depuis longtemps à Stockholm est celle qui a eu lieu récemment dans les salles de l’Académie des Beaux-Arts. Elle consistait en une collection de portraits réunie par la Society Idun - club scientifique et littéraire - qui avait voulu fêter son quinzième anniversaire en exposant les portraits de ses membres passés et présents. (…) Beaucoup d’éminents artistes n’étaient représentés que par une seule œuvre, par exemple, Mlle Hanna Pauli, avec un portrait de Werner von Heidenstam en costume de pèlerin : ce portrait est très supérieur à celui du poète national qu’a peint Acke. » (« Correspondances, Suède », The Studio, 1er janvier 1913, p.140)

 

Adolf Noreen, professeur i nordiska språk - 1912
(Adolf Noreen, professeur de langues scandinaves)
Huile sur toile
Collection particulière

 

Hanna peint aussi des portraits d’anonymes…

 

Portrait d’une femme âgée – 1891
Huile sur toile, 48,5 x 38,5 cm 
Collection particulière (vente 2017)

… et répond à des commandes, comme celle de l’entrepreneur Herman Friedländer, collectionneur et mécène, dont elle a peint les cinq enfants la même année, j’en ai retrouvé trois.

 

Charlie et Harry Friedländer – 1892
Huile sur toile, 31 x 29,5 cm
Collection particulière (vente 2026)

Huile sur toile, 31 x 31 cm
Collection particulière

 

Il lui arrive aussi, plus rarement, de peindre des scènes avec figures…

 

Intérieur avec une femme épluchant des pommes de terre – 1891
Huile sur toile, 61 x 51 cm
Collection particulière (vente 2018)


… et l’été, des paysages, comme dans les années 1890 au cours desquelles elle se rend plusieurs fois en vacances, en compagnie du peintre Richard Bergh et de son épouse Gerda, près de la ville de Visby dont les remparts l’ont visiblement séduite.

 

 

Murs de la ville de Visby – 1893
Huile sur toile, 76 x 55 cm
Collection particulière (vente 2018)

Murs d’enceinte de la ville de Visby – 1898
Huile sur bois, 31 x 40 cm
Prins Eugens Waldemarsudde, Stockholm


Je me disais que c’était peut-être inspirée par ces lieux qu’Hanna avait peint cette petite princesse qui semble issue d’un livre de contes.

 

La Princesse - 1896
Huile sur toile, 150,7 x 105,7 cm
Nasjonalmuseets, Oslo
© Photo : Borre Høstland

Je n’étais pas très loin de la vérité : « La petite princesse de la chanson folklorique, en robe bleue et aux cheveux clairs, devant les remparts de la ville de Visby, révèle sa nature suédoise sous la forme archaïsante. » (Carl Gustav Laurin, Scandinavian Art, traduction anglaise Christian Brinton, The American-Scandinavian Foundation, New York, 1922, p.169)


Chaque année, Hanna participe à l’exposition de l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm où ses travaux sont appréciés : « Mme Hanna Pauli met dans ses travaux quelque chose d’affectueux et il y paraît que rien ne puisse la distraire de son sujet. » (Julien Lerclerq, « La peinture à l’exposition de Stockholm », La Chronique des arts et de la curiosité, 16 octobre 1897, p.312)

En 1900, le couple Pauli participe à l’Exposition universelle de Paris, dans le groupe suédois. Les œuvres présentées par Hanna s’intitulent Portrait de mon père, Portrait d’Ellen Key et un fusain : Les deux vieux. Hanna a peint un nombre significatif de portraits d’Ellen Key. En voici un, un peu plus tardif :

 

Helen Key – 1902
Huile sur toile, 91,7 x 69,5 cm
Nordiska museet, Stockholm


Plusieurs journaux français citent Hanna comme une « bonne portraitiste » : « [Les portraits] de Mme Hanna Pauli semblent des études très consciencieuses de la physionomie des modèles. » (Romain, « Les Beaux-Arts à l’Exposition », Le Progrès artistique, 27 septembre 1900, p.45)

« Il y a en Suède une verve, un goût des dehors, un amusement aux spectacles bariolés, et nombre de tableaux sont exécutés comme des airs de bravoure. (…) De même, le savant Portrait, de M. Richard Bergh, et d’autres portraits encore, bien affirmés, de M. G. Pauli, de Mme Hanna Pauli, de M. Bjorck. » (Gustave Geffroy, « Les Beaux-Arts à l’Exposition, les écoles étrangères de peinture », Le Journal, 25 juin 1900, p.3)

Cette fois encore, Hanna et son mari reçoivent une médaille de bronze. (La Fronde, 22 août 1900, p.2)

Selon le catalogue de l’Exposition, les Pauli habitent alors 6 rue Bellmansgatan, dans le quartier de Söder à Stockholm. C’est dans le salon de cet appartement qu’Hanna entreprend de représenter une réunion tardive de la sällskapet Juntan, un groupe réunissant des artistes, écrivains, acteurs, éditeurs et collectionneurs, représentants de l’élite culturelle suédoise, tous amis du couple Pauli. Ils se réunissaient pour écouter des lectures et en débattre.

 

Vänner (Amis) – 1900/1907
Huile sur toile, 204 x 260 cm
Nationalmuseum, Stockholm

Hanna est assise par terre au premier plan, tournant le dos au spectateur, un carnet de croquis à la main. Elle observe le groupe des Amis qui écoutent Helen Key lire à haute voix :

De gauche à droite : sa sœur Betty Hirsch, debout ; l’actrice Olga Björkegren ; Lisen Bonnier (la belle-sœur d’Eva) ; l’artiste Nanna Sohlman Bendixson ; Ellen Key ; Gerda Berg et son mari, le peintre Richard Berg ; l’éditeur Karl Otto Bonnier (le frère d'Eva) ; Georg Pauli ; les écrivains Artur Bendixson et Klas Fåhreus (et une personne non identifiée près de la fenêtre).

Comme à son habitude, Hanna a réalisé des études préparatoires, comme celle-ci, où l’on voit l’actrice Olga Björkegren et Lisen Bonnier, cette dernière dans une position légèrement différente de celle du tableau final.

 

Étude pour Amis – 1903
Huile sur toile, 76 x 56 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Ce portrait de Klas Fåhreus est probablement aussi une étude préparatoire du même tableau…

 

Portrait de l’écrivain Klas Fåhreus (1863-1944) – 1904
Huile sur toile, 55 x 43 cm
Collection particulière (vente 2019)

… auquel, selon Carl Gustav Laurin (op.cit., p.170), Hanna aurait travaillé pendant près de sept années.  


Cette bourgeoisie éclairée est aussi attentive aux questions sociales, comme le souligne ce portrait d’Anton Nyström (1842-1931), adepte du positivisme d’Auguste Comte et créateur du premier Stockholms arbetareinstitut (Institut des travailleurs de Stockholm), qui organisait des conférences à destination du grand public, principalement dans le domaine de la vulgarisation scientifique.

 

Huile sur toile, 150 x 115 cm
Arbetareinstitutsförening, Stockholm


D’une façon générale, Hanna paraît s’être intéressée à un éventail assez divers de groupes à vocation culturelle et y avoir apporté son soutien. C’est ce qu’on peut déduire de l’attention qu’elle a porté au Comité artistique des amis de l'artisanat, dont elle a exécuté un portrait de groupe, non sans avoir élaboré précédemment chacun des portraits individuels. 

Par rapport aux Amis, on sent bien qu'on a changé d'époque et qu'Hanna est sensible à l'éclaircissement des palettes du début des années 1920. 

 

Handarbetets vänners konstutskott (Comité artistique des amis de l'artisanat) – 1919
Huile sur toile, 192,2 x 264 cm

 

Carin Wästberg (1859-1942), artiste textile – vers 1911
Huile sur toile, 85 x 70 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Portrait de Kerstin Clason – vers 1911
Huile sur toile, 87,5 x 72,5 cm
Prins Eugens Waldemarsudde, Stockholm


Et, d’une façon générale, les femmes « puissantes » paraissent avoir eu une place privilégiée dans l’activité de portraitiste d’Hanna, comme Hilda Engwall, membre d’une des familles les plus en vue du pays (banque, industrie et politique) et Karolina Widerström, la première femme médecin de Suède.

 


Portrait de Anna Matilda « Hilda » Engwall – 1906
Huile sur toile, 90 x 68,5 cm
Göteborgs Kunstmuseum, Gothenburg


Karolina Widerström (1856-1949) – vers 1925
Huile sur toile, 73 x 50 cm
Nationalmuseum, Stockholm


Au cours des années 1920, la production d’Hanna paraît s’être ralentie. On la retrouve encore en autoportraits, un exercice qu’elle ne paraît pas avoir pratiqué avant la cinquantaine…

 

Autoportrait – 1920
Huile sur panneau, 66 x 34 cm
Collection particulière (vente 2019)


… et dans ses souvenirs de voyage, comme cette petite pochade exécutée lors d’un voyage en Italie, en 1924.


Etude du Colisée – 1924
Huile sur toile, 31,5 x 29 cm
Prins Eugens Waldemarsudde, Stockholm

 

Autoportrait, Rome - 1924
Huile sur carton
Turun taidemuseo, Turku



Autoportrait – 1938
Huile sur toile
Mårbacka, Östra Ämtervik

 

Hanna Hirsch-Pauli est morte le 29 décembre 1940, à Stockholm.

 

Le critique et historien de l’art Carl Gustav Laurin affirmait qu’Hanna Pauli « peut être considérée comme la femme la plus importante de Suède dans le domaine de l'art, peut-être la seule pour laquelle c’est un hommage d'utiliser le mot "masculin" à propos d'une femme. »

Je ne sais pas si Hanna a envisagé cette idée comme un « hommage », même s’il résulterait de ses différents écrits qu’elle-même se considérait comme un peu à part de ses collègues féminines, peut-être parce qu’elle s’était en partie dégagée des entraves inhérentes à la féminité de son époque, comme paraît l’évoquer sa correspondance parisienne et ce qu’elle a révélé plus tard à un magazine féminin français : 

« La grande artiste peintre Mme Hanna Pauli prétend que l’égalité des sexes rend le mariage bien plus heureux qu’avant. » (Jane Gernandt-Claine, « L’expérience suffragiste des femmes Scandinaves », La Française, 7 février 1925, p.1)


Quoi qu’il en soit, après l’habituelle période d’oubli à laquelle elle n’a pas échappé, elle est aujourd’hui considérée comme une figure majeure de l'histoire de l'art du portrait suédois et, grâce à son esprit indépendant, reconnue pour son engagement pour la cause des femmes et son rôle dans l'accroissement de la visibilité féminine sur la scène artistique suédoise.

C’était la thèse de l’exposition « Hanna Hirsch Pauli – L’Art d’être libre », présentée au Nationalmuseum de Stockholm, du 19 juin 2025 au 11 janvier 2026, première rétrospective monographique consacrée à Hanna.

 

*

Et, comme pour enfoncer le clou de son indépendance, il semblerait bien qu’Hanna n’ait pas beaucoup pratiqué la nature morte, qu’elle jugeait peut-être un peu trop mièvre pour son tempérament. Je n’en ai retrouvé qu’une, dont la date d’exécution et l’étrangeté du thème évoque surtout un exercice scolaire imposé…


 

Nature morte au corbeau – 1885
Huile sur toile, 92 x 73 cm
Collection particulière (vente 2011)


… c’est pourquoi j’ai, à nouveau, pratiqué la « découpe jouissive » pour admirer une nouvelle fois la somptueuse lumière d’été d’un certain Petit déjeuner !

 

L’Heure du petit-déjeuner (détail) - 1887
Nationalmuseum, Stockholm

 

 

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