Le blog des artistes
disparues est en pause estivale. Passez un bel été, on se retrouve en septembre…
Hanna Hirsch est née le 13 janvier 1864 à Stockholm. Elle est l’une des huit enfants de l'éditeur de musique Abraham Hirsch et de son épouse Pauline, née Meyerson. Comme l’écrit l’historienne de l’art Carina Rech, dans une étude sur la correspondance d’Hanna, celle-ci « a grandi dans l’une des familles juives les plus influentes culturellement de Stockholm. Son enfance a coïncidé avec ce qui a été décrit comme l’âge d’or de l’élite juive suédoise, durant lequel les Juifs assimilés ont contribué de manière décisive à la transformation industrielle, sociale et culturelle de la Suède en un État-nation moderne. » (Carina Rech, « A City of One’s Own: The Parisian Letters of the Swedish Painter Hanna Hirsch-Pauli », Nineteenth-Century Art Worldwide, Printemps 2024, volume 23, n°1)
Une famille cultivée et libérale qui ne s’oppose pas à l’intérêt d’Hanna pour le dessin et dispose d’assez de moyens financiers pour inscrire leur fille à l’école d’art privée du peintre symboliste August Malmström, l’année de ses douze ans…(cliquer sur les images pour les agrandir)
… tout en lui faisant suivre les cours particuliers d’Ellen
Key (1849-1926), une écrivaine et philosophe, féministe et adepte d’une
pédagogie novatrice, en compagnie de sa sœur Betty et d’autres jeunes filles,
comme Emma Lamm, qui deviendra l’épouse du peintre Anders Zorn (1860-1920).
Elles étudient l'histoire, la
géographie et la littérature suédoise.
Dans l’atelier d’August Malmström, Hanna rencontre aussi Eva Bonnier, fille d’un éditeur et amateur d’art, aujourd’hui connu pour avoir réuni une collection de plus de 300 portraits d'auteurs, d'artistes et de personnalités culturelles suédoises, dans sa propriété de Nedre Manilla, de l’île de Djurgården, à Stockholm.
Les deux jeunes filles sont ensuite admises dans la section féminine de l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm, ouverte aux femmes depuis 1864, ce qui constitue une exception notable à l’époque (en France, il faudra attendre 1897).
Autre incongruité, horresco referens, l’Académie de Stockholm autorise les jeunes filles à étudier le nu, ce qui aurait scandalisé les ateliers français où le port du caleçon était la règle.
Hanna commence sa formation en 1881, à 17 ans, et c’est
probablement au cours des premières années qu’elle peint cette étude.
Elle est rapidement considérée comme une élève prometteuse et reçoit même l'une des premières « médailles ducales » pour son huile intitulée Sous la lampe.
On voit ici la sœur d’Hanna, Betty, levant les yeux de son
livre pour s’adresser à sa mère en train de coudre, devant un monsieur qui est
probablement un membre de la famille. Le traitement habile des visages
partiellement éclairés par la lampe indique qu’Hanna a déjà atteint une réelle
aisance technique. Quand on sait, en outre, que le tableau a été exécuté dans
le cadre d’un concours dont le sujet était une peinture d'histoire « représentant
une scène de la vie de Martin Luther », on perçoit bien l’indépendance
d’esprit de la jeune femme !
C’est juste après ce concours réussi qu’Hanna part pour Paris, en octobre 1885. Elle s’installe dans la célèbre « Villa des Dames » du 77, rue Notre-Dame-des-Champs (qui a vu défiler un nombre conséquent de jeunes peintres étrangères) et s’inscrit immédiatement à l'académie Colarossi dont les cours se déroulent à deux pas de chez elle, rue de la Grande Chaumière. Ses professeurs sont d’abord Raphaël Collin qu’elle décrit comme « très simple, sans afféterie ni prétentions dans son comportement, bien qu'il soit connu comme un grand artiste » …
… et Gustave Courtois, qui ne vient que quelques fois par semaine, pour ses corrections : « il traverse l'atelier en courant, mais le bref regard qu'il jette aux travaux est si perçant et pénétrant qu'on en reste complètement pétrifiée. » (Lettre à Betty Hirsch, 15 novembre 1885)
Certes, Hanna étudie avec sérieux mais elle découvre aussi la liberté d’être seule à Paris, situation exaltante pour une jeune femme de vingt-et-un ans.
Contrairement à Marie Bashkirtseff qui, quelques années plus tôt, se plaignait amèrement de ne pas pouvoir faire un pas toute seule (« Ce que j’envie, c’est la liberté de se promener tout seul, d’aller, de venir, de s’asseoir sur les bancs du jardin des Tuileries et surtout du Luxembourg, de s’arrêter aux vitrines artistiques, d’entrer dans les églises, les musées, de se promener le soir dans les vieilles rues ; voilà ce que j’envie et voilà la liberté sans laquelle on ne peut pas devenir un vrai artiste. » Journal, 2 janvier 1879) ; Hanna, que personne ne surveille, arpente la ville dans tous les sens, s’émerveille de l’abondance d'objets sur les rayons du Bon Marché - qu’elle compare dans une lettre au Bonheur des dames de Zola - se rend seule au Louvre et au musée du Luxembourg, va visiter le Panthéon où elle admire les fresques de Puvis de Chavannes, assiste à des concerts, applaudit même Sarah Bernhardt – dans Marion de Lorme de Victor Hugo – souvent seule et parfois en compagnie d’Eva Bonnier qui se trouve également à Paris.
Mais pas trop souvent, de peur qu’Eva ne raconte ses aventures à sa famille !
C’est probablement à Paris qu’Hanna peint cette jeune femme lisant le journal, assise par terre dans un parc après avoir ôté son chapeau, une liberté inconcevable en Suède, pour une jeune fille de bonne famille.
Hanna rencontre aussi de nombreux compatriotes et, notamment,
son futur mari, le peintre Georg Pauli, avec lequel, selon ses lettres, elle
visite le Salon de 1886, le jour du vernissage… ce qui me conduit à
m’interroger sur le tableau que voici :
On voit la fine fleur des artistes scandinaves, attendant au café l’ouverture du Salon de 1886. Georg Pauli serait le deuxième homme en partant de la droite, haut-de-forme sur la tête et canne sous le bras. Or, il était ce jour-là en compagnie d’Hanna. Et, selon le musée, la seule jeune femme restée inconnue à ce jour est justement celle qui nous regarde, au premier plan.
Je me demande s’il ne pourrait pas s’agir d’Hanna, qui
portait, ce jour-là, une tenue très semblable, ci-dessous croquée par Eva Bonnier à laquelle Hanna avait demandé ce service pour montrer son nouveau
costume « parisien » à sa sœur.
Mais ce n’est qu’une supposition personnelle ! Ce qui est certain, c’est qu’Hanna ne rechigne pas à servir de modèle à ses amis peintres.
Outre cette petite huile, exécutée par Georg, où elle ose poser lorgnon sur le nez…
Elle sert aussi, plusieurs fois, de modèle à son ami Thegerström.
Et, plus tard, lors de son second séjour à Paris (de novembre
1886 jusqu'à l'été 1887), à la demande d’un autre ami, Richard Bergh, elle joue le rôle d'une observatrice à pince-nez, scrutant avec grand
intérêt… une femme hypnotisée.
Mais revenons à 1886. A l’invitation de Georg Pauli, elle se
rend à Barbizon où elle commence le portrait de son futur mari, dans
la pose détendue d’un homme qui revient de balade, sa canne à la main.
Elle
va peindre en plein air, aussi, en forêt de Fontainebleau, en compagnie d’Emma
et Anders Zorn. Je place ici cette petite huile de l’époque, même si la
végétation ne me paraît pas très évocatrice de cette forêt, plus connue pour
ses chênes et ses énormes rochers
Mais Hanna est rentrée en Suède en juin 1886, elle a donc pu
peindre cette Promenade pendant l’été, avant de revenir à Paris, en
novembre 86. Cette fois, elle partage un logement-atelier, 53 rue
Notre-Dame-des-Champs, avec Venny
Soldan, une amie sculptrice rencontrée à l’académie
Colarossi.
C’est cette amie qui posera pour l’unique œuvre qu’Hanna présentera dans un Salon parisien. A l’académie Colarossi, qui a déménagé avenue Victor Hugo, Hanna a travaillé avec un nouveau professeur, Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929). Dans le catalogue du Salon, Hanna se réclamera de ses trois professeurs.
Quant à Venny, elle est certainement de la même trempe qu’Hanna. Elles
n’ont pas froid aux yeux, au point d’entrer subrepticement à la Bourse de
Paris, interdite aux dames, pour observer avec amusement les folles enchères…
jusqu’à ce qu’elles se fassent repérer et reconduire poliment vers la
sortie !
C’est cette amicale complicité que l’on sent dans son portrait, où Venny figure assise par terre dans l’atelier, sur une bâche maculée de peinture, une petite motte d'argile humide entre les doigts.
Elle paraît s’être arrêtée en plein travail, levant les yeux
vers son amie, prête à parler. Sa pose sans apprêt et peu flatteuse, pour les
standards de l’époque, sera un peu critiquée pour son inélégance mais c’est
justement l’impression qu’Hanna voulait donner, « den Nya Kvinnan » (la nouvelle femme), une artiste en plein travail.
Et le tableau est accepté au Salon annuel.
Juste après, Hanna rentre chez elle et passe l’été dans la résidence familiale, la villa Skuruborg, dans l’archipel de Stockholm. C’est là qu’elle peint ce que je considère comme son chef d’œuvre, pour lequel on ferait volontiers le voyage jusqu'en Suède : Frukostdags, démonstration particulièrement brillante de sa pratique de la « peinture en plein air ».
Huile sur toile - 87 x 91 cm
Et c'est peut-être lors du même séjour qu’Hanna peint cette charmante Grange, par une douce soirée d’été.
Au premier plan, une petite fille très sage, mains croisées
derrière le dos et cheveux soigneusement tressés, regarde avec attention un
homme en chemise blanche, occupé à vider une charrette à foin. Une autre scène de
plein air.
A l’automne 1887, Hanna et Georg se marient, partent en Italie et s’installent à Rome pendant un an.
J’imagine que c’est en chemin qu’ils se sont arrêtés en Bavière car je ne vois pas où Hanna aurait pu trouver cette improbable Paysanne bavaroise - tellement tétanisée qu’on souffre pour elle – mais dont le regard trahit l’empathie d’Hanna pour son modèle.
D’Italie, je n’ai pas trouvé beaucoup de trace, à l’exception de ce petit garçon, aux yeux attentifs et au torse maigre, caressé par une douce lumière blonde …
… et peut-être aussi cette autre modèle à l’air intimidé de quelqu’un qui n’a pas l’habitude de poser.
Au
retour de leur séjour italien, les Pauli s’installent à Stockholm. Hannah
commence une activité de portraitiste, pas très soutenue, comme quelqu’un qui
n’a pas besoin de vendre ses toiles pour vivre et choisit ses modèles
principalement dans son cercle amical et social.
Elle participe à l’Exposition universelle de 1889 et c’est la première fois que son nom apparaît dans la presse française : « Je citerai encore d’excellents artistes : M. Tegerstrom, qui a fait le Soir au village ; Mme Thorell, un excellent portrait de jeune fille ; M. Schultzberg : un paysage de neige et de glace ; Mme Hanna Pauli-Hirsch : un ravissant portrait de jeune fille en première communiante. (…) Comme on le voit, les femmes sont nombreuses, parmi les artistes suédois, et presque toutes montrent un véritable talent et une hardiesse au moins égale à celle des hommes. » (Meurviele, « L’Exposition de 1889 », La Gazette de France, 5 septembre 1889, p.2)
Comme
son mari, Hanna reçoit une médaille de bronze.
Ensuite, on apprend sa vie par bribe, à travers ses peintures et quelques textes. Hanna a eu trois enfants, deux garçons et une fille, tous nés dans les années 1890. En collection muséale, on peut voir ce portrait de son fils aîné, Göran, fasciné par la flamme d’une bougie. Comme toujours, Hanna aime saisir « l’instant ».
En collections particulières, restent d’autres témoignages de sa vie de famille…
… et sa sœur Betty, qui n’a pas tellement changé
depuis qu’elle lisait Sous la lampe, en 1885…
Hanna
ne semble pas avoir été entravée par ses maternités. La famille est assez aisée
pour qu’elle puisse se faire aider et, à de nombreuses reprises, son mari a dit
à quel point il était admiratif du travail de sa femme.
En 1893, Hanna participe à l'Exposition universelle de Chicago, dite « Exposition colombienne » mais, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, elle n’était pas dans le « pavillon des femmes ». Elle expose avec les artistes suédois, trois toiles : deux portraits d’amis, celui de Venny Soldan (Salon 1887), celui du peintre Karl Nordström, ci-dessous, et The Name’s Day que je ne suis pas parvenue à identifier.
Le plus souvent, Hanna peint des portraits de ses amis, peintres et écrivains.
Un
de ces portraits d’amis est celui de l’écrivain Verner von Heidenstam qu’elle
peint « en Hans Alienus », le personnage principal de son roman
autobiographique.
Ce portrait sera remarqué et a même été partiellement reproduit dans la presse française :
« Une
des plus intéressantes expositions d’art que nous ayons vues depuis longtemps à
Stockholm est celle qui a eu lieu récemment dans les salles de l’Académie des Beaux-Arts.
Elle consistait en une collection de portraits réunie par la Society Idun - club scientifique et littéraire - qui avait voulu fêter son quinzième anniversaire
en exposant les portraits de ses membres passés et présents. (…) Beaucoup
d’éminents artistes n’étaient représentés que par une seule œuvre, par exemple,
Mlle Hanna Pauli, avec un portrait de Werner von Heidenstam en costume de
pèlerin : ce portrait est très supérieur à celui du poète national qu’a peint
Acke. » (« Correspondances, Suède », The Studio,
1er janvier 1913, p.140)
Hanna peint aussi des portraits d’anonymes…
…
et répond à des commandes, comme celle de l’entrepreneur Herman Friedländer, collectionneur
et mécène, dont elle a peint les cinq enfants la même année, j’en ai retrouvé
trois.
Il lui arrive aussi, plus rarement, de peindre des scènes avec figures…
… et
l’été, des paysages, comme dans les années 1890 au cours
desquelles elle se rend plusieurs fois en vacances, en compagnie du
peintre Richard Bergh et de son épouse Gerda, près de la ville de Visby dont les remparts l’ont visiblement séduite.
Je me disais que c’était peut-être inspirée par ces lieux qu’Hanna avait peint cette petite princesse qui semble issue d’un livre de contes.
Je
n’étais pas très loin de la vérité : « La petite princesse de la
chanson folklorique, en robe bleue et aux cheveux clairs, devant les remparts
de la ville de Visby, révèle sa nature suédoise sous la forme
archaïsante. » (Carl Gustav Laurin, Scandinavian Art, traduction anglaise
Christian Brinton, The American-Scandinavian Foundation, New York, 1922, p.169)
Chaque année, Hanna participe à l’exposition de l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm où ses travaux sont appréciés : « Mme Hanna Pauli met dans ses travaux quelque chose d’affectueux et il y paraît que rien ne puisse la distraire de son sujet. » (Julien Lerclerq, « La peinture à l’exposition de Stockholm », La Chronique des arts et de la curiosité, 16 octobre 1897, p.312)
En 1900, le couple Pauli participe à l’Exposition universelle de Paris, dans le groupe suédois. Les œuvres présentées par Hanna s’intitulent Portrait de mon père, Portrait d’Ellen Key et un fusain : Les deux vieux. Hanna a peint un nombre significatif de portraits d’Ellen Key. En voici un, un peu plus tardif :
Plusieurs journaux français citent Hanna comme une
« bonne portraitiste » :
« [Les portraits] de Mme Hanna Pauli semblent des études très
consciencieuses de la physionomie des modèles. » (Romain, « Les
Beaux-Arts à l’Exposition », Le Progrès artistique, 27 septembre
1900, p.45)
« Il y a en Suède une verve, un goût des dehors, un amusement aux spectacles bariolés, et nombre de tableaux sont exécutés comme des airs de bravoure. (…) De même, le savant Portrait, de M. Richard Bergh, et d’autres portraits encore, bien affirmés, de M. G. Pauli, de Mme Hanna Pauli, de M. Bjorck. » (Gustave Geffroy, « Les Beaux-Arts à l’Exposition, les écoles étrangères de peinture », Le Journal, 25 juin 1900, p.3)
Cette fois encore, Hanna et son mari reçoivent une médaille de bronze. (La Fronde, 22 août 1900, p.2)
Selon le catalogue de l’Exposition, les Pauli habitent alors 6 rue Bellmansgatan, dans le quartier de Söder à Stockholm. C’est dans le salon de cet appartement qu’Hanna entreprend de représenter une réunion tardive de la sällskapet Juntan, un groupe réunissant des artistes, écrivains, acteurs, éditeurs et collectionneurs, représentants de l’élite culturelle suédoise, tous amis du couple Pauli. Ils se réunissaient pour écouter des lectures et en débattre.
Hanna est assise par terre au premier plan,
tournant le dos au spectateur, un carnet de croquis à la main. Elle observe le
groupe des Amis qui écoutent Helen Key lire à haute voix :
De gauche à droite : sa sœur Betty Hirsch, debout ; l’actrice Olga Björkegren ; Lisen Bonnier (la belle-sœur d’Eva) ; l’artiste Nanna Sohlman Bendixson ; Ellen Key ; Gerda Berg et son mari, le peintre Richard Berg ; l’éditeur Karl Otto Bonnier (le frère d'Eva) ; Georg Pauli ; les écrivains Artur Bendixson et Klas Fåhreus (et une personne non identifiée près de la fenêtre).
Comme à son habitude, Hanna a réalisé des études préparatoires, comme celle-ci, où l’on voit l’actrice Olga Björkegren et Lisen Bonnier, cette dernière dans une position légèrement différente de celle du tableau final.
Ce portrait de Klas Fåhreus est probablement aussi une étude préparatoire du même tableau…
… auquel, selon Carl Gustav Laurin (op.cit., p.170), Hanna aurait travaillé pendant près de sept années.
Cette bourgeoisie éclairée est aussi attentive aux questions sociales, comme le souligne ce portrait d’Anton Nyström (1842-1931), adepte du positivisme d’Auguste Comte et créateur du premier Stockholms arbetareinstitut (Institut des travailleurs de Stockholm), qui organisait des conférences à destination du grand public, principalement dans le domaine de la vulgarisation scientifique.
D’une façon générale, Hanna paraît s’être intéressée à un éventail assez divers de groupes à vocation culturelle et y avoir apporté son soutien. C’est ce qu’on peut déduire de l’attention qu’elle a porté au Comité artistique des amis de l'artisanat, dont elle a exécuté un portrait de groupe, non sans avoir élaboré précédemment chacun des portraits individuels.
Par rapport aux Amis, on sent bien qu'on a changé d'époque et qu'Hanna est sensible à l'éclaircissement des palettes du début des années 1920.
Et, d’une façon générale, les femmes « puissantes » paraissent avoir eu une place privilégiée dans l’activité de portraitiste d’Hanna, comme Hilda Engwall, membre d’une des familles les plus en vue du pays (banque, industrie et politique) et Karolina Widerström, la première femme médecin de Suède.
Au cours des années 1920, la production d’Hanna paraît s’être ralentie. On la retrouve encore en autoportraits, un exercice qu’elle ne paraît pas avoir pratiqué avant la cinquantaine…
… et dans ses souvenirs de voyage, comme cette petite pochade exécutée lors d’un voyage en Italie, en 1924.
Hanna
Hirsch-Pauli est morte le 29 décembre 1940, à Stockholm.
Le
critique et historien de l’art Carl Gustav Laurin affirmait qu’Hanna Pauli «
peut être considérée comme la femme la plus importante de Suède dans le domaine
de l'art, peut-être la seule pour laquelle c’est un hommage d'utiliser le mot "masculin" à propos d'une femme. »
Je ne sais pas si Hanna a envisagé cette idée comme un « hommage », même s’il résulterait de ses différents écrits qu’elle-même se considérait comme un peu à part de ses collègues féminines, peut-être parce qu’elle s’était en partie dégagée des entraves inhérentes à la féminité de son époque, comme paraît l’évoquer sa correspondance parisienne et ce qu’elle a révélé plus tard à un magazine féminin français :
« La grande artiste peintre Mme Hanna Pauli prétend que l’égalité des sexes rend le mariage bien plus heureux qu’avant. » (Jane Gernandt-Claine, « L’expérience suffragiste des femmes Scandinaves », La Française, 7 février 1925, p.1)
Quoi qu’il en soit, après l’habituelle période d’oubli à laquelle elle n’a pas échappé, elle est aujourd’hui considérée comme une figure majeure de l'histoire de l'art du portrait suédois et, grâce à son esprit indépendant, reconnue pour son engagement pour la cause des femmes et son rôle dans l'accroissement de la visibilité féminine sur la scène artistique suédoise.
C’était la thèse de l’exposition « Hanna Hirsch Pauli – L’Art d’être libre », présentée au Nationalmuseum de Stockholm, du 19 juin 2025 au 11 janvier 2026, première rétrospective monographique consacrée à Hanna.
*
Et,
comme pour enfoncer le clou de son indépendance, il semblerait bien qu’Hanna n’ait pas beaucoup pratiqué la nature morte, qu’elle jugeait peut-être un peu trop mièvre
pour son tempérament. Je n’en ai retrouvé qu’une, dont la date d’exécution et
l’étrangeté du thème évoque surtout un exercice scolaire imposé…
…
c’est pourquoi j’ai, à nouveau, pratiqué la « découpe jouissive »
pour admirer une nouvelle fois la somptueuse lumière d’été d’un certain Petit
déjeuner !
Nationalmuseum, Stockholm
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