Louise
Georgette Aguttes est née le 17 mai 1867, boulevard Bourdon, à Paris. Son père,
Jean Georges Aguttes (1842-1867), artiste peintre, élève de Félix Barrias et
Camille Corot, est mort accidentellement quelques mois avant sa naissance. Sa
mère, Maria Debladis (1844-1934) est artiste amateur et pratiquera l’aquarelle
toute sa vie. Elle se remarie avec l’époux de sa sœur décédée, Pierre-Nicolas
Hervieu (1827-1897), négociant en métaux à Paris. La famille est prospère et la
jeune Georgette est élevée en compagnie de ses cousins, Jenny et Louis, et
de sa demi-sœur Marie.
Comme beaucoup de jeunes filles de la bourgeoisie, Georgette s’intéresse aux arts et suit l’enseignement, assez académique, du sculpteur Louis Schrœder (1828-1898), un élève de François Rude.
C’est ainsi qu’à vingt an, Georgette participe au Salon des artistes français où elle expose deux bustes en plâtre, dont celui de Mme H… qui est peut-être le buste de sa mère. J’en ai trouvé un qui me paraît plus tardif, si l’on considère qu’en 1887, sa mère n’avait que quarante-trois ans.
Georgette fait la connaissance du critique d’art Paul Flat (1865-1918), secrétaire général de La Revue bleue. Il travaille intensément, avec son ami le peintre René Piot, à la préparation de la publication du Journal d’Eugène Delacroix, qu’il fera publier chez Plon en 1893.
Georgette et Paul Flat se marient en 1888 et c’est sous le nom de Mme Georgette Flat que la jeune femme expose à nouveau deux bustes en plâtre au Salon de l’année.
Ensuite,
elle n’y paraîtra plus pendant six ans, le temps de découvrir en lisant
Delacroix en compagnie de René Piot, les délices de la couleur. C’est par
l’intermédiaire de Piot qu’elle est admise à suivre comme « élève
libre » l’enseignement de Gustave Moreau à l’Ecole des beaux-arts,
laquelle, comme le savent à présent les lecteurs de ce blog, n’a accepté la
présence des femmes qu’en 1897 (voir la notice d’Hélène Bertaux).
Georgette est donc, probablement, la seule femme du cours où elle côtoie notamment Marquet, Signac,
Rouault et surtout Matisse qui devient son ami.
Puis, elle doit décider, aussi, de rompre son union avec Paul Flat en 1894, ce qui constitue l’indice d’une volonté bien trempée, à une époque et dans un milieu où le divorce est particulièrement mal vu.
Dès l’année suivante, Georgette revient au Salon, où elle présente une coupe en bronze intitulée L’or du Rhin. On lit régulièrement que, dès cette époque, elle se débarrasse du « s » de son nom mais, pour ce que j'en ai vu, le fameux « s » ne disparaît des catalogues qu'en 1910.
Entre temps, elle a épousé en 1897 un homme qu’elle connaît probablement depuis l’enfance, puisque la maison de famille des Sembat est mitoyenne de celle de ses parents à Bonnières-sur-Seine. Marcel Sembat (1862-1922) est docteur en droit, chroniqueur judiciaire, co-propriétaire de la revue La Petite République française et il apporte régulièrement sa collaboration à la Revue socialiste, à La Lanterne et à L’Humanité. Il est aussi franc-maçon, va devenir l’un des fondateurs de la loge La Raison et prendra des responsabilités importantes au sein du Grand Orient de France. Il est aussi député socialiste de la Seine depuis 1893, élu dans la première circonscription du 18e arrondissement de Paris où il fut constamment réélu jusqu’à sa mort.
Enfin et surtout, c’est un homme cultivé et d’une grande curiosité intellectuelle qui, grâce à sa femme, s’ouvrira à l’art contemporain au point de lui vouer un intérêt passionné.
Ils
s’installent 11 rue Cauchois (18e), où Georgette dispose d’un grand atelier. En 1902
et 1903, Georgette paraît se diriger vers les arts décoratifs puisqu’elle
présente des bijoux au Salon des artistes français. Mais elle réalise aussi
cette statuette qui aurait pu figurer dans une exposition de la « bande à
Schnegg » (voir la notice de Jane Poupelet).
Rapidement,
Georgette voyage avec son mari et, comme beaucoup d’artistes, choisit l’aquarelle
pour saisir les paysages qu’elle rencontre. Elle commence à présenter ces
aquarelles dès 1903 au Salon d’Automne.
Son
style post-impressionniste est encore assez classique même si sa palette est particulièrement énergique.
Elle s’intéresse visiblement aux effets de la
lumière…
Elle bénéficie de sa première exposition personnelle en 1908, à la galerie Georges Petit et c’est à ce moment qu’on trouve les premières réactions dans la presse. On y décèle une légère interrogation sur son style, qu’on s’accorde cependant à trouver vigoureux !
« Bravement, Mme G. Agutte a voulu démontrer que la grâce sait manier la force, et il est certain que son abondant labeur en fait la preuve. Ces notations énergiques (n'allais-je point dire mâles, parfois ?) nous consoleraient de bien des chloroses, d'autant qu'elles ne sont pas un parti pris et qu'à plus d'un signe elles se révèlent spontanées. Est-ce là pourquoi, au vernissage, les dames louèrent si unanimement l'œuvre vivante et vigoureuse d'une d'entre elles, et pourquoi aussi quelques messieurs, dont un critique, dirent, parlant de l'artiste ‘’C'est un homme, vraiment.’’ ? Mais quelques amateurs et tels esprits rassis, dont je me permets d'être, s'inquiéteront doucement de ce soleil également magnifique sur les Pyramides et sur Stuttgart, et aimeront surtout, en l'œuvre de Mme G. Agutte, le charme bien féminin, uniquement féminin, quand ils le rencontreront, très avoué et pas trop musclé, comme dans cette fine vue du golfe de Naples. » (Pascal Forthuny, « Les Petits Salons, Exposition G. Agutte », Le Matin, 6 novembre 1908, p.4)
Une
part importante de sa production de l’époque est réalisée dans le jardin de la
maison de Bonnières. Des paysages…
Huile sur toile, 92,5 x 73 cm
… des portraits et des scènes d’intérieur :
On
reconnaît dans cette scène l’atelier de Bonnières, avec au fond ce qui
doit être une des cheminées décorées des céramiques de l’ami André Metthey et
qui sont toujours dans la maison :
Je place ici cet autoportrait, que je ne saurais dater, uniquement parce que Georgette pourrait avoir dans les quarante ans…
C’est
finalement vers les années 10 que le style de Georgette commence à se
caractériser, en se rapprochant de l’inspiration des Fauves. La sensation
intense de couleur qui s’exprimait déjà dans ses vues du jardin de Bonnières va
prendre une dimension plus radicale dans son approche du nu où s’opère la
synthèse entre sa formation de sculptrice et son expérience de la couleur.
Et la critique ne s’y trompe pas :
« Douée d’un réel tempérament d’artiste, Mme. Agutte possède comme paysagiste, et a un très haut point, le don de traduire la lumière et l’atmosphère avec la plus grande subtilité, mais en même temps son exécution est un peu trop lâchée, comme cela est souvent le propre des peintres doués d’une trop grande facilité. […] Au contraire, quand il s’agit de figures ou de nature-morte, l’artiste, qui n’est plus uniquement préoccupé de la couleur, en face d’une vision trop fugace, devient le sculpteur plein de force dont le dessin, respectueux de la ligne, sait traduire les beautés de la forme. La Japonaise renversée, la Femme blonde assise, la Jeune Femme sur un sopha sont des nus d’une vigueur d’exécution peu commune et d’un caractère très personnel. J’aime aussi les fleurs que 1’artiste rend avec un réel sentiment d’harmonie, dans lequel se montre toute la joie de peindre qui est en elle. Quant aux aquarelles, pour la plupart des paysages, elles sont d’une grande délicatesse de tons et de facture. » (Leon Henri Ruffe, The New York Herald Paris, 26 janvier 1910, p.5)
Dans son compte rendu du « Salon des peintres orientalistes », Georges Lecomte salue « les franches et ardentes aquarelles de Mme Georgette Agutte, d’après Venise » (Le Matin, 6 février 1911, p.4) et, au Salon des Indépendants, Arsène Alexandre loue « les compositions de nus de Mme Georgette Agutte, d’une rare vigueur » (Le Figaro, 20 avril 1911, p.4).
Aux
Indépendants, Georgette a présenté La Danse :
Le
succès se manifeste aussi par les « produits dérivés », comme ces
cartes postales :
L’une d’elles permet d’évoquer une œuvre présentée au Salon d’Automne de 1912 dont je n’ai pas pu trouver une bonne image de l’original qui se trouve au musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie. Ce tableau a une histoire. Il évoque un roman de Claude Farrère, La Bataille, dont l’héroïne porte ce prénom qui signifie « mystère ». Il présente aussi la particularité d’avoir reçu l’intervention de Matisse qui, selon Marcel Sembat qui l’évoque dans ses mémoires, aurait modifié la couleur de l’ombre « qui, bleue, était une lumière et ne calait rien, avec de la terre d’Italie étalée au pouce, il a rebâti le tableau, rien qu’en changeant l’ombre. Le bleu de la droite s’est mis à luire, le jaune du fond à reculer, la robe rouge a pris le corps, le guéridon a surgi, l’arbre nain s’est avancé. » (Marcel Sembat, Les Cahiers noirs, 29 avril 1912, Editions Viviane Hamy, Paris, 2007).
C’est lors de ce même Salon d’Automne, où sont exposés les tableaux cubistes de Fernand Léger, Jean Metzinger et Albert Gleizes, qu’à la Chambre des députés, à l’occasion du vote du budget des Beaux-Arts, Jules-Louis Breton accuse le gouvernement de cautionner les « extravagances » de certains artistes qui y exposent. Sembat prononce alors sa réponse célèbre :
« Il ne faut jamais juger une tentative d'art en soi, il faut la juger par son retentissement ultérieur. Vous rappelez-vous, en littérature, ce qui est à l'époque du mouvement symboliste ? Je rappelle ici les années de notre jeunesse ! A-t-on crié contre eux au scandale ! Les a-t-on accusés d'obscurité, d'insincérité ! Les a-t-on bafoués et parodiés ! Jamais les cubistes ne déchaîneront autant d'indignation que les symbolistes, et de même qu'on s'arrête devant les toiles des cubistes et qu'on demande à l'artiste : ‘’Expliquez-moi donc ce que vous avez voulu faire’’ de même on demandait à Gustave Kahn et à tous les poètes symbolistes : ‘’Expliquez-moi donc ce que vous avez voulu dire.’’ […] Ce que je défends, c'est le principe de la liberté des essais en art. Et ce que je n'admets pas, c'est qu'on dise aux gens : ‘’ah ! vous êtes pauvres ! Eh bien, nous allons profiter de ce que vous n'avez pas de salle à vous, où vous puissiez montrer ce que vous faites, pour vous fermer nos portes !’’ » Et de conclure : « Mon cher ami, quand un tableau vous semble mauvais, vous avez un incontestable droit : c’est de ne pas le regarder, d’aller en voir d’autres ; mais on n’appelle pas les gendarmes ! » (Marcel Sembat, 3 décembre 1912)
En
1913, Sembat affirme son soutien au Salon d’Automne en rédigeant la préface de
son catalogue. Georgette y expose un Bouquet de genêts et un Bouquet
d’ancolies dont Guillaume Apollinaire « aime beaucoup le sentiment ».
(L’intransigeant, 16 novembre 1913, p.2)
On trouve assez peu de traces intéressantes de natures mortes florales de Georgette. Trois au musée de Grenoble qui, avec le musée Dini est le seul à disposer d’un nombre significatif de ses œuvres. Et le marché de l’art n’est pas très riche non plus … bref, je n'ai retrouvé ni les genêts ni les ancolies.
En
1914, petite révolution à la galerie Bernheim-Jeunes lorsque Georgette montre ses
premiers panneaux peints sur plaques de fibrociment, un composé de ciment et d’amiante (!) qui se découpe facilement et produit un rendu à la fois mat et transparent,
proche de la fresque. A la lecture des articles, on constate que ce qui étonne,
ce n’est pas tant la nouveauté en elle-même (qui est cependant saluée par
chacun) que le fait que cette invention vienne… d’une femme !
« Hâtez-vous donc : il faut avoir vu les décorations composées par Mme Agutte pour M. Henri Turot ; c'est une des œuvres les plus originales et les plus délicates de l'année. « Jeunes femmes dansant, jouant, faisant de la musique », dit le catalogue. En effet, ce ne sont que des attitudes, les attitudes de corps jeunes et souples, d'une inspiration à la fois fantasque et surveillée. […] Les nus de Mme Agutte ont, d'ordinaire, des tons chauds qui rappellent, avec le noir bleuté des chevelures, les mousmées japonaises. Cette fois-ci, la palette s'est éclaircie. Cela tient en partie au procédé nouveau employé par le peintre. Mme Agutte peint sur un fibro-ciment qui « n’absorbe pas » et qui ne laisse pas se former ces déplorables embues, désespoir des peintres ! […] Il y a plusieurs années que je suis avec intérêt la production de Mme Agutte. La voici qui s'affirme définitivement. » (Robert Kemp, « Au jour le jour, Mme Agutte, Les Peintres de Neige », L’Aurore, 10 mars 1914, p.1)
« Que
Mme Georgette Agutte ait du
talent, voilà qui n'est pas en cause, ni même qu'elle ait de l'originalité. Mais, tout de même, il est assez piquant qu'une femme, qu'une simple femme ait
pu innover au point d'ajouter, en quelque mesure, à la technique picturale. De l’huile ? De la colle ? De la
fresque ? C'est de tout cela- un peu. Mais Mme Georgette Agutte a trouvé mieux, et tous ceux
qui ont admiré cette semaine à la galerie Bernheim l'élégante
théorie des jeunes femmes se drapant dans des péplums et dans des voiles
bariolés ont pu remarquer que grâce à une technique nouvelle il était possible
désormais de se passer de la toile et de la fresque. » (Anonyme,
« Une exposition », La Renaissance, 14 mars 1914, p.12)
Bon, on peut le dire : Georgette elle-même a « avoué » que son idée lui aurait été soufflée par Sembat, nommé cette année-là ministre des travaux publics (où il a pris Léon Blum comme directeur de cabinet !) et qui était donc aux premières loges pour être informé des nouveautés en matière de matériaux de construction divers. Il n’empêche qu’elle a osé, avec succès.
Chez
Bernheim, même ses aquarelles ont pris une intensité nouvelle.
Les
natures mortes profitent également du fibrociment mais aussi d’un style
qui s’affirme de façon personnelle même si l’on peut détecter dans certaines
compositions l’écho du dialogue permanent qu’elle entretient avec son ami
Matisse, auquel le couple achète plusieurs œuvres.
Mais
il ne s’agit que de dialogue et d’encouragement.
C’est aussi à cette époque que Georgette peint ce portrait qui annonce ceux, plus aboutis, qu’elle produira après-guerre.
C’est
encore à la galerie Bernheim que Georgette fait sa rentrée artistique
d’après-guerre, en 1919, avec un nombre d’œuvres impressionnants, trente-quatre
huiles sur fibrociment, vingt-cinq aquarelles gouachées et cinq sculptures. « […]
Non seulement peintre expressif, vibrant, joyeux, parfois même en certaines
études physionomiques, profond, Mme Georgette Agutte est aussi un sculpteur
attentif, souple, subtil, et se rattachant par là à nos meilleurs modeleurs du
XVIIIe siècle. (Arsène Alexandre, Le Figaro, 30 juin 1919, p.3)
Elle expose aussi au musée Galliera : « Mme Agutte est un
portraitiste fort habile, mais qui sait maîtriser cette habileté, la soumettre
à une sévère discipline de dessin et de composition. Elle se complaît à créer
des harmonies de fonds et d'étoffes, la gamme en étant le plus souvent
éclatante. Son style a de l'ampleur et de la souplesse, et le moindre de ses
portraits — qui, tous, sont des portraits de femmes, nonchalamment étendues sur
quelque divan ou assises dans le fleurissement d'un jardin — atteste un heureux
don de vie et de vérité. Mais on s'en explique mieux la structure solide
lorsqu'on observe la suite des nus, […] d'une fermeté d'exécution bien rares
sous le pinceau d'une femme. […] On ne saurait assez louer, après cela, les
notations lumineuses, à la fois vigoureuses et nuancées, que sont les paysages,
aquarelles et gouaches, par lesquels Mme Agutte raconte les choses qui l'ont
émue : aspects de Londres, sites du Midi, des Alpes françaises et suisses. Quel
art charmant, aisé et libre ! …
… Enfin,
on s'arrêtera, devant les sculptures, bustes sobrement construits, qui vivent
et s'animent, et cette statue de Femme appuyée, dessinée et modelée dans un,
esprit si moderne, tout à fait digne d'être apparentée aux meilleures œuvres de
nos jeunes statuaires. Vraiment il convient d'admirer la variété d'une artiste
comme Mme Agutte, tour à tour fresquiste large et délicate intimiste, et qui
n'abandonne le pinceau que pour saisir l'ébauchoir. » (L’imagier,
« Au musée Galliera, l’exposition de Mme Georgette Agutte », L’Œuvre,
6 juillet 1919, p.4)
La même année, le couple Sembat, passionné de courses en montagne, a fait l’acquisition d’un chalet à Chamonix. Les paysages escarpés deviennent les sujets favoris de Georgette qui les traite en grands panneaux décoratifs. La matité du support en fibrociment accentue le contraste entre les nombreuses couleurs qu’elle juxtapose en larges touches.
Elle
en expose deux au Salon des Indépendants de 1921 où ils sont remarqués :
De
la même époque datent aussi deux natures mortes particulièrement flamboyantes.
Celle des Cactus rouges a été peinte en souvenir de son ami André Metthey,
mort en 1920.
On
aimerait en voir davantage en lisant les critiques de l’époque : « Des
fruits sur de chatoyants tapis, parmi des verreries et des céramiques ; un
agréable désordre de pommes, de grenades, de bananes, d'oranges, prétextes à de
somptueux accords de valeurs. Une douzaine de peintures, au total… Elles sont
réunies à la galerie Druet et c'est un enchantement que cet ensemble. »
(L’imagier, « Panneaux décoratifs de Mme Agutte », L’Œuvre, 2
juin 1921, p.3)
L’histoire
se termine brutalement. Le 5 septembre 1922, Marcel Sembat décède d’une
hémorragie cérébrale après une course en montagne. Au cours de la nuit
suivante, Georgette Agutte se donne la mort après avoir écrit une lettre qu’elle
termine par ces mots : « Voilà douze heures qu’il est parti. Je suis
en retard. »
*
En
février 1923, leur ami Paul Signac qui présidait le bureau du Salon des
Indépendants veilla à présenter, en rétrospective, les huit panneaux destinés à
la mairie de Chamonix - ceux qu’on peut encore admirer au Musée alpin - et une
version en bronze de sa sculpture La Douleur.
« Elle était, comme plusieurs de ceux qui constituent la gloire du Salon d’Automne, une élève de Gustave Moreau. Comme eux, elle a évolué librement, sans souvenir d’école, vers la réalisation d’un idéal personnel et difficile à conquérir. Cette exposition rétrospective mesurera pour nous l’étendue de la perte que l’Art fit en sa personne » écrivit le poète symboliste Gustave Kahn, dans le catalogue de la rétrospective qu’il organisa au Salon d’Automne de 1923.
Deux
salles du musée de Grenoble sont inaugurées en septembre 1924 pour installer la
donation Sembat-Agutte, effectuée par leurs héritiers, conformément à leur
souhait. Georgette Agutte partage la première avec Metthey, l’autre accueille
la collection du couple où Matisse, Rouault, Marquet et Redon voisinent avec
Lucie Cousturier, Delacroix, Derain, Gauguin et Van Dongen.
Enfin,
le 12 avril 1925 fut inauguré à Roubaix le monument à Jules Guesde dont
Georgette avait réalisé le buste sculpté dans les années 20.
Et puis… comme beaucoup d’artistes féminines de sa génération, Georgette Agutte n’a plus fait parler d’elle, si l’on excepte l’exposition « Les femmes peintres et l’avant-garde 1900-1930 » qui a réuni Agutte, Charmy, Marval et Valadon au musée Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône en 2006 et celle du musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie en 2012 (et voilà donc un « fragment » - comme on disait à l'époque - de la toilette de Mitsouko …) :
Sachant que le legs Sembat-Agutte a constitué le cœur de la collection d'art moderne du musée de Grenoble, je ne peux que regretter que ce musée n'ait pas jugé utile de marquer le centenaire de la mort des donateurs par une exposition, en 2022 …
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