Agnes-Noyes
Goodsir est née le 18 juin 1864 à Portland, dans l’Etat de Victoria, en
Australie. Elle est la deuxième fille de la famille de onze enfants de David
James Cook Goodsir, commissaire des douanes à Melbourne, et d'Elizabeth, née
Tomlins.
On ne sait pas exactement à quoi Agnes a occupé sa jeunesse mais elle a déjà trente-quatre ans lorsqu’elle commence des études « d’art » à la Bendigo School of Mines laquelle, comme son nom l’indique, est un institut technique qui prépare principalement à des carrières dans l’industrie. Ce choix de cursus un peu étonnant était peut-être lié à la personnalité du peintre Arthur T. Woodward qui y était professeur…
…
et qui engageait ses étudiants à voyager pour se confronter à d’autres scènes
artistiques. Ensuite, les sources divergent : elle aurait réussi un
concours ou organisé une vente de ses travaux pour financer son voyage,
peut-être les deux.
Quoi qu’il en soit, Agnes arrive à Paris en 1899 et suit plusieurs formations, d'abord à l’académie Delécluse puis à l’académie Colarossi où elle se trouve lorsqu’elle peint son autoportrait en 1900. En 1901, elle étudie avec Jean Paul Laurens à l'Académie Julian. C’est là, probablement, qu’Agnès peint son premier Nu d’après modèle, comme celui-ci (assez peu convaincant…)
Dès 1903, Agnes expose un portrait au Salon des artistes français : « Remarquons… [le portrait] d’une jeune fille par Mlle Agnès Goodsir » (P. Douillet, « Le Salon de 1903, Société des Artistes français », Le Radical, 1er mai 1903, p.2)
En 1904, elle n’expose pas, probablement parce qu’elle étudie à la Grande Chaumière où professe Lucien Simon. Elle y aurait reçu une médaille d’argent pour un portrait, son sujet de prédilection. Je n’ai trouvé de cette époque que cette figure en pied où elle a abandonné les fonds un peu trop obscurs de ses premiers travaux.
Et, en 1905, c’est à la « Nationale » (la Société nationale des Beaux-Arts) que Lucien Simon a contribué à créer et où il expose cette année-là son célèbre tableau, Soirée dans un atelier …
… qu’Agnès montre deux huiles : « La Lettre, très joli petit portrait de Mlle Goodsir » (« La peinture à la Nationale », Le Courrier du soir, 29 avril 1905, p.2) et Réflexions qui a les honneurs du catalogue.
Elle
n’a pas la même chance avec Le collet rouge qu’elle expose l’année
suivante ni avec sa Désillusionnée de 1907.
Il semblerait qu’ensuite Agnès soit rentrée en Australie, au moins brièvement, puisqu’elle peint en 1911 un certain Alexander Bayne, ancien maire de Bendigo, sur fond bitumeux comme on les aimait à l’époque.
Au
cours de ces années, Agnes se rend plusieurs fois à Londres et finit par s’y
installer, probablement un peu avant la Grande Guerre puisqu’elle figure dans
le catalogue du Salon des Indépendants de 1912 avec une adresse à Londres, 82, Sutherland avenue. Elle y expose Pendant
le repos, Louise et L’éventail blanc et participe aussi au
Salon des artistes français avec La tasse cassée.
L’année suivante, elle ne paraît pas au Salon français mais expose à la Royal Academy, un probable portrait curieusement intitulé Divorced.
On pourrait être tenté d’imaginer qu’il pourrait s’agir d’un portrait de son amie Rachel qui était l’épouse d’un certain Bernard Roelvink lorsqu’Agnes a rencontré le couple, à Londres. Rachel - que ses amis surnomment « Cherry » - est américaine. Quand elle divorcera, quelques années plus tard elle reprendra son nom de jeune fille, Dunn.
Mais je l’ai trouvée, sous le nom de Mrs Roelvink, dans un article du New York Herald du 10 mai 1924, à l’occasion d’un concert où elle s’est rendue avec Agnes, à Paris. Elle n’a donc pas divorcé tout de suite comme certains textes le laissent entendre.
Cependant, c’est à Londres que Rachel devient la compagne et la muse d’Agnès. Elles ne se quitteront plus.
En 1914, Agnès expose à nouveau aux Indépendants, deux huiles intitulées Le vase bleu et Le bonnet négligé. Ce dernier est cité – sans autre commentaire – par Louis Vauxcelles dans son compte rendu du Salon. (« Le Salon des artistes français », Gil Blas, 30 avril 1914, p.3)
L’année suivante, à nouveau à la Royal Academy, Agnès expose A letter from the front, que le musée a renommé Girl on Couch…
On
n’a plus trace, en revanche, de l’huile qu’elle expose à la Royal Academy en
1917, An intermezzo. Je le remplace par une autre œuvre probablement peinte
à Londres.
A
partir des années 1920, la palette d’Agnès commence à s’éclaircir pour mettre
en scène les tenues, élégantes mais intimes, de son amie.
Agnes
et Rachel s’installent à Paris en 1921, dans un appartement atelier au 18 rue
de l'Odéon, à deux pas du jardin du Luxembourg.
Dès l’année suivante, elle est de retour au Salon de la « Nationale » avec trois œuvres qui sont reçues avec bienveillance : « Comme toujours, le Salon de la Société Nationale est accueillant aux étrangers. On y retrouve toute l'Alliance, mais l'élément anglais domine et donne par endroits à ce Salon un caractère distinctement anglo-américain. C'est toujours avec plaisir qu'on revoit le parfait Walter Gay, le mol et sensuel Prieseke, et le whistlérien Myron Barlow, la vaporeuse et tendre miss Béatrice Howe, l'élégante miss Agnes Goodsir » (Louis Gillet, « Le Salon de la Société Nationale », Le Gaulois, 15 avril 1922, p.3)
A
partir de cette période, les scènes d’intérieur se succèdent, souvent habitées
par la silhouette de Rachel mais pas toujours.
Et
commence aussi la litanie des natures mortes, animées de couleurs contrastées.
Heureusement, elle expose souvent à la Société nationale des Beaux-Arts, ce qui nous permet d’avoir quelques idées de ses tableaux probablement restés en collections particulières, où l’on retrouve le même mobilier – comme le petit guéridon octogonal en bois – d’une toile à l’autre, sans parler du jeu de miroir dans presque toutes les scènes d'intérieur.
Au
Indépendants de 1924, Agnes expose Le salon bleu et Le petit déjeuner,
probablement ce que Eugène Hoffmann décrit comme « une jolie intimité, pas
mal agencée par Agnès Goodsir » (« Le Salon des Indépendants », La
Revue des beaux-arts, 1er mars 1924, p.12)
Gustave Kahn qui écrit dans La Lanterne et Le Rappel, ne devait pas être très inspiré car il reproduit au mot près le même article, le même jour, dans les deux publications : « Section anglaise, très bonne moyenne fournie par des peintresses dont Mmes Agnès Goodsir, Alice Browne, Yvonne Lee, Anna Gardiner. » (8 février 1924, p.4)
En 1925, de nouvelles « scènes d’atelier » sont exposées aux Indépendants puis Agnes montre Les Sœurs au Salon de la Nationale. Et notre Gustave Kahn, décidément, nous refait le même article mais cette fois à quinze jours d’intervalle : « Citons (…), un bon portrait de femme d’Agnès Goodsir » (Gustave Kahn, « Le Salon de la Société Nationale », Le Quotidien, 14 juillet 1925, p.4 et Le Mercure de France, 1er août 1925, p.794)
Je n’ai pas trouvé les Sœurs mais deux portraits de Rachel qu’on voit se transformer, de toile en toile, en archétype de la Parisienne des Années folles, chapeau cloche, col relevé et, attribut indispensable de la femme libérée, …
Et voici un probable portrait de commande qui laisse penser que c’est grâce à ses
talents de portraitiste qu’Agnès gagnait sa vie car il ne semble pas qu’elle ait
disposé d’une fortune personnelle.
Il
est probable que les très nombreuses natures mortes qu’elle a peintes ces
années-là participaient aussi à ces nécessités alimentaires (ce qui ne les rend
pas désagréables pour autant !)
En 1926, elle expose pour la dernière fois aux Indépendants, deux toiles anciennes Neurasthénie (1911) et Arc de Triomphe (1912).
C’est
qu’elle vient d’être admise en tant que sociétaire à la « Nationale »,
ce que rapportent plusieurs publications (comme La Fronde du 11 juin 1926
et L'Affiche française du 1er juillet ) et doit constituer
pour elle une forme de consécration car peu d’étrangers sont ainsi distingués.
Au Salon, elle expose un autoportrait salué par la presse : « Un Portrait de l’artiste, magistralement établi par Mlle Goodsir » (Hoffmann Eugène, « Le Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts », Le Journal des Arts, 12 juin 1926, p.1), tandis que Thiébault-Sisson dans Le Temps du 30 avril 1926, la cite dans la liste des « étrangers parfois très brillants ou d'accent très profond ».
A
défaut d’autoportrait, voici La Lettre, un thème sur lequel Agnès revient
régulièrement.
Agnès
n’est pas revenue à la Nationale les deux années suivantes. Il semblerait qu’elle
soit alors rentrée en Australie car on trouve, datés de ces années, des
portraits de personnalités locales, comme celui du poète Andrew Paterson…
… et celui d’une mécène australienne, Sunday Baillieu Quinn, un peu avant son mariage avec l’avocat John Reed avec lequel elle fonda un lieu d’accueil pour artistes, dénommé « Heide » qui deviendra un musée après leur mort. Le portrait en question se trouve toujours sur place.
Agnès
aurait aussi exposé à la Fine Arts Gallery de Melbourne et aux
Macquarie Galleries de Sydney, notamment cette petite étude, probablement
peinte sur place.
Huile sur toile
Collection particulière
Retour
à Paris – et à la Nationale - en 1930 avec un portrait que Gaston Derys estime « traité
avec une sagacité profonde et loyale. » (« A la Nationale », Minerva,
1er juin 1930, p.15) mais que je n’ai pas trouvé.
Je
pose ici, à la place, un nature morte qui souligne l’éclaircissement de sa
palette.
L’année
suivante, elle présente au Salon deux natures mortes et trois portraits qui sont
reproduits dans le catalogue.
Le Collier de jade est probablement un de ses bijoux préférés car on le retrouve souvent dans les natures mortes qu’elle peint à cette époque.
Huile sur toile, 54 x 45 cm
Le
dernier portrait représenté est amusant car il en existe deux versions.
Il y a celle du Salon, avec une jeune femme aux cheveux très courts dont la silhouette de reflète dans le miroir accroché au mur derrière elle.
… et une autre version à cheveux plus longs que j’ai découverte sur une photo de l’exposition consacrée à Agnès en 2024. Le même pyjama mais une autre dame.
Quant
à Gustave Kahn, je ne saurais dire comment il a bien pu voir « les
Hercules sur la voie publique de Mlle Goodsir » mais on peut se
tromper… (« La Société
Nationale », Mercure de France, 1er juin 1931,
p.443)
En 1933, Agnès ne participe pas au Salon mais continue à peindre Rachel dont elle souligne ici l’élégante féminité, avec un subtil jeu de miroir qui saisit même le bas de sa jupe chinoise.
Sauf
erreur de ma part, Agnès ne reviendra plus au Salon mais la presse l’évoque
encore l’année suivante, à l’occasion de sa participation à l’exposition de la Société
internationale des femmes peintres et sculpteurs.
L’exposition a lieu à la galerie Georges Petit : « Bien qu'il y ait là des artistes américaines et suédoises, ottomanes et canadiennes, grecques et australiennes, argentines et finlandaises, il faut reconnaître que la plupart de ces toiles semblent avoir été peintes dans le seul quartier Montparnasse. (…) Pourtant, les travaux montrés ici par des artistes anglo-saxonnes (Mmes et Mlles O'Cohnor, Lillian Cotton, Agnès Goodsir, Yan Mac-Leod) ont entre eux un air de ressemblance. Ils se distinguent par un bon goût, une discrétion, une limpidité et une élégance de facture qui a du moins le mérite et l'agrément de faire songer aux intérieurs confortables et aux jardins bien tenus où ils ont été faits. » (Jean-Louis Vaudoyer, « La Société internationale des femmes peintres et sculpteurs », Le Figaro, 16 juillet 1934, p.5)
« Des étrangères de talent n'ont pas craint de marquer leur place parmi les peintresses françaises : Mme Agnès Goodsir avec Le Chapeau noir. (Florise, « Le coin des arts », La Vie parisienne, 7 juillet 1934, p.1043)
C’est ce « chapeau noir » qui me conduit à poser ici, pour terminer, ce Portrait de Rachel, souvent reproduit, mais dont je ne suis pas parvenue à trouver le lieu de conservation.
Agnès Goodsir est morte le 11 août 1939, probablement à la clinique Eugène Manuel, dans le 16e arrondissement de Paris.
Elle avait légué toutes ses œuvres à Rachel qui fit en sorte qu’elles retournent dans sa famille, en Australie, et que des donations soient consenties à plusieurs musées et galeries, notamment celle de la ville où Agnes avait fait ses études, la Bendigo Art Gallery.
Celle-ci a fondé en 2010 la bourse « Goodsir
Travelling Scholarship », en souvenir d’Agnès. Elle s’adresse aux artistes
visuels australiens et offre une aide financière aux frais de voyage à l’étranger.
Agnès
Goodsir a fait l’objet de plusieurs expositions en Australie depuis son décès.
La plus récente, « Dangereusement modernes. Les artistes australiennes en
Europe (1890-1940) » était présentée d’octobre 2025 à février 2026 à l’Art
Gallery of New South Wales de Sydney.
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