Eugénie Lucienne Blanche Hoschedé est née le 12
novembre 1865 à Paris, rue des Petites Ecuries (10e arrdt.). Son
père, Jean Lucien Ernest Hoschedé, alors âgé de vingt-huit ans, est
« négociant » et sa mère, née Emilie Angélique Alice Raingo, vingt-deux
ans, « sans profession ». (Acte de naissance n° 4588, V4E 1168,
3/11/1865 - 19/11/1865, vue 23, Archives de Paris)
Blanche est la seconde de la famille. Elle suit Marthe, d’un an son aînée. Quatre autres enfants viendront ensuite : Suzanne (1868), Jacques (1869), Germaine (1873) et Jean-Pierre (1877).
Ernest Hoschedé n’est pas un banal négociant en lingerie qui a réussi. Il a également épousé l’héritière d’une belle propriété à Montgeron, le château de Rottembourg, où il s’installe en 1871 et qu’il transforme en véritable galerie d’art en acquérant, dès 1873, une collection de quelques trois cents tableaux, dont les premières œuvres impressionnistes. Il est ainsi l’heureux propriétaire de la mythique…
…
et de la non moins illustre :
Blanche grandit au milieu d’œuvres
dont elle connaît la plupart des auteurs. Ainsi, elle a probablement vu Carolus-Duran
exécuter le portrait de sa mère dans le jardin.
Elle est également présente quand Edouard Manet rend visite à ses parents et peint le portrait de son père et de sa sœur aînée.(cliquer sur les photos pour les agrandir)
Puis Blanche rencontre Claude Monet. « J’avais onze ans mais je me souviens de son
arrivée à Montgeron chez mes parents. On me l’avait annoncé comme un grand
artiste ayant les cheveux longs. Cela m’avait frappée et j’ai eu de suite de la
sympathie car on sentait qu’il aimait les enfants. Il était très taquin. Il est
donc arrivé à Montgeron où il est resté quelque temps pour peindre. Il a fait
là entre autres : la Chasse, la Maison d’Yerre, les Dindons
et le portrait de ma jeune sœur Germaine (avec sa poupée), elle était alors
âgée de trois ans. A l’automne, rentrés à Paris, nous nous sommes beaucoup vus
et aussi Edouard Manet et sa famille. » (Jean-Pierre Hoschedé, Blanche
Hoschedé-Monet, peintre impressionniste, Lecerf, Rouen, 1961, p.4)
« [Mon
père] avait une belle collection. J’avais toujours admiré dans cette collection
une petite toile représentant une femme assise et qui représentait Madame Monet
- je l’ai su plus tard - des taches de soleil étant sur la robe, ce qui m’avait
énormément frappée. » (J-P. Hoschedé, op.cit. p.4)
En 1876, Paul Baudry a peint un portrait de Blanche et l’a exposé au Salon de 1877. C’est ce qui ressort du catalogue d’une exposition organisée en 1886 au bénéfice d’un « monument à élever à la mémoire de Paul Baudry ». Le portrait de Blanche est cité dans la liste des œuvres exposées. (Je ne l’ai pas retrouvé…)
Mais
la situation financière d’Ernest Hoschedé va évoluer défavorablement. Sa société
fait faillite en 1877 et, l’année suivante, il doit vendre sa collection aux
enchères et la propriété de Montgeron. Ruinée, la famille Hoschedé s’installe
avec celle de Monet à Vétheuil,
dans une maison louée. Pour ce qui concerne Blanche, ce qu’en raconte son frère
est significatif : « Bien que déjà grande fille, elle ne pouvait
songer à commencer à peindre étant constamment retenue ainsi que mes autres
sœurs pour aider ma mère aux travaux ménagers et pour s’occuper des deux plus
jeunes enfants, Michel second fils de Monet et moi-même, sixième et dernier des
enfants Hoschedé. » (J-P. Hoschedé, op.cit. p.5)
Camille
Monet, qui a mis au monde son second fils en mars 1878, ne se remet pas de son
accouchement. Très affaiblie, elle meurt en septembre 1879. De son côté,
Hoschedé ne met plus les pieds à Vétheuil et Monet vit seul avec Alice et les
enfants. C’est à cette époque que Monet peint le portrait de Blanche.
Elle a quatorze ans mais paraît encore très enfantine.
Blanche, seule enfant Hoschedé à se passionner pour la peinture, commence à peindre vers 1878, pendant les vacances d’été passées à Pourville, près de Dieppe où, selon son frère, elle aurait peint la Villa Juliette, louée pour l’été, et un bouquet de quatre fleurs de tournesol : « ces deux essais attestent combien cette future artiste était douée. En effet, elle avait spontanément réussi à tenir compte des rapports, des reliefs, des ombres et les tons étaient exacts. Elle avait su "voir" le motif et "l’exprimer" dès ses débuts et en artiste. » (J-P. Hoschedé, op.cit. p.6)
Après
un bref séjour à Poissy, en 1883, Monet installe sa famille au « Clos
normand », à Giverny où le suivent Alice et ses enfants. Après la mort
d’Hoschedé, le 18 mars 1891, Monet épouse Alice, le 16 juillet 1892. Dès lors,
il devient « papa Monet » pour les enfants Hoschedé.
« Dès
que, à Vernon, Blanche Hoschedé eut terminé ses études, elle fut de suite
désireuse d’aider Monet ainsi qu’elle en avait pris l’habitude lors des jours
de congé et des vacances. Elle le fit en toutes circonstances, soit à
l’atelier, soit au jardin, soit l’accompagnant à ses motifs pour y transporter
ses toiles et son chevalet en même temps que les siens. Ce transport elle le
faisait à l’aide d’une brouette par des chemins plutôt illusoires, à travers
champs et prairies parfois trempés de rosée. C’était le cas lorsque, par
exemple, il s’agissait de motifs matinaux sur la Seine. Là encore elle aidait
son beau-père en prenant volontiers les rames du canot. Lorsque ma sœur
accompagnait ainsi Monet à ses motifs, elle peignait aussi mais pas les mêmes
que lui ; elle s’installait dans son voisinage devant un autre motif. »
(J-P. Hoschedé, op.cit. p.6)
La plaine des Ajoux est un motif récurrent de Monet, avec ses hauts peupliers et ses meules de foin, deux thèmes sur lesquels il a réalisé des séries importantes. Mais là, c’est Blanche qui peint :
« Cette
vie familiale, comportant forcément des exigences pour tous, n’excluait ni pour
ma sœur, ni pour les autres enfants, les grands comme les petits, une certaine
indépendance, c’était pour elle soit sa présence près de Monet en toute
occasion, soit son tenace désir de peindre, qui l’entraînait dans la nature. »
(J-P. Hoschedé, op.cit. p.6)
Dans ces années-là, il est arrivé à Monet de saisir les activités des filles de la famille.
Une famille qui n’est pas seule au monde. Une colonie d’Américains s’est installée à proximité, tous fascinés par le maître de l’impressionnisme. On peut en évoquer deux : d’abord, le peintre John Leslie Breck, qui séjourne plusieurs années de suite à Giverny.
Il
devient un familier de la maison, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de Blanche. Là,
« papa Monet » se serait fâché : pas question d’emmener sa jeune
assistante-admiratrice de l’autre côté de l’Atlantique. Et Berthe, qui n’a probablement
pas une âme d’aventurière, se laisse convaincre.
Puisqu’elle-même n’a pas peint d’autoportrait, c’est à titre de vengeance personnelle que j’ai placé en exergue un portrait de Blanche peignant par John Breck… alors qu’il en existe un de Monet.
Le
second Américain, c’est le jeune Theodore Earl Butler, qui débarque de l’Ohio
et rencontre Suzanne, la jeune sœur de Blanche. Une fois encore, Monet
ronchonne car Suzanne est son modèle préféré. Mais il finira par laisser faire
et le mariage de Suzanne sera immortalisé par un autre Américain de passage,
Theodore Robinson.
Butler
s’installe sur place et, lui aussi, peindra Giverny et le jardin de Monet….
Mais revenons à Blanche. En 1888, elle envisage d’exposer au Salon. C’est peut-être pour cela qu’elle a daté la toile ci-dessous. Un paysage de neige où elle démontre son observation attentive des contrastes de la lumière sur la neige, à l’aide de petites ombres alternant le violet et le blanc et des touches chaudes de rose et de jaune dans le chemin.
Mais
Blanche ne figure pas sur le livret du Salon. Peut-être n’a-t-elle pas été
admise, à moins qu’elle n’ait pas osé, finalement.
Elle continue à peindre « à côté » de Monet lequel, de l’avis général, ne lui a jamais donné la moindre leçon mais un unique conseil : « Regarde la nature et peins ce que tu vois, comme tu peux ». Elle l’a simplement observé, sans jamais peindre le même motif que lui, en tout cas jamais selon le même angle. Pour autant - et je ne vais pas abuser du procédé – au cours de cette première période de sa vie, on sent qu’elle n’est jamais très loin de son mentor.
Pour
autant, la touche de Blanche ne manque ni d’aisance, ni d’audace, comme on peut
le voir ci-dessous…
… ou encore ici :
Ces
Moyettes, je les ai retrouvées, avec les bonnes dimensions, dans un
catalogue de 1928, celui d’une vente de la collection de Camille Pissaro, à la
galerie Georges-Petit, le lundi 3 décembre 1928 (p.79). Un cadeau, peut-être,
mais que Pissaro avait conservé.
Et
puis, Blanche épouse un autre Monet, Jean, le fils aîné, qui est son cadet de
deux ans et qu’elle connaît depuis l’enfance. Pas encore à l’époque de ce
portrait, qu’elle a cependant vu toute sa vie chez Monet qui ne l’a jamais
vendu …
…
mais déjà lorsque Monet a peint celui-ci :
Le mariage a lieu le 9 juin 1897 et le « jeune ménage » part s’installer à Rouen où Jean est chimiste dans la fabrique de colorants pour textiles dirigée par son oncle Léon Monet, à Maromme, près de Rouen.
« Bien
que devenue citadine pendant de nombreuses années, ma sœur ne cessa cependant
pas de peindre, bien au contraire. Ses
motifs furent : la Seine à Croisset — juste devant la maison de
Flaubert — à Eauplet et à Saint Adrien, des vues de Rouen prises de
chez elle ou de la côte de Canteleu et de Canteleu même, des prairies bordant
la Seine vers Croisset (prairies maintenant disparues sous les constructions),
des pins sylvestres dans la "Forêt verte", des vues de son jardin soit
fleuri, soit sous la neige et beaucoup d’autres motifs. » (J-P. Hoschedé,
op.cit. p.6)
Enfin,
Blanche apparaît dans un catalogue, celui des Indépendants en 1905. Elle expose
sept toiles, la première est La Seine à Croisset. Comme elle en a peint
plusieurs, j’en montre ici une autre, on ne sait évidemment pas laquelle
figurait dans l’exposition. Ici, elle a choisi un format plus horizontal et des
tonalités plus estompées, comme noyées dans une brume légère.
Il
y avait aussi des Prairies à Saint Gervais, un Effet de neige, un
Effet d’hiver, La vieille côte de Canteleu, Les Delphiniums.
L’année
suivante, Blanche est de retour aux Indépendants avec quatre huiles et, pour la
première fois, a droit à un petit commentaire de Louis Vauxcelles qui n’est
manifestement pas très au courant de sa nouvelle vie : « M. Th.
Butler et Mme Blanche Hoschedé travaillent avec courage à Giverny
auprès d'un Maître qu'il est périlleux d'imiter. » (Louis Vauxcelles,
« Le Salon des Indépendants », Gil Blas, 20 mars 1906, p.2) Comme
à son habitude, Vauxcelles fait du Vauxcelles…
Blanche n’apparaît pas au Salon des Indépendants les années suivantes. C’est probablement lié à la maladie des poumons de Jean qui doit quitter son emploi et s’installe à Beaumont-le-Roger, non loin de Giverny, où il se lance dans l’élevage de truites. « En ce charmant pays où coule la Risle et qui comporte des prairies et des bois, l’artiste y trouva de nombreuses raisons de satisfaire son éternel besoin de peindre. Elle y fit de très belles peintures : les bords de la Risle, des clairières dans les bois et, là encore, des pins sylvestres. » (J-P. Hoschedé, op.cit. p.7)
En
1913, Jean ne se remettant pas, le jeune couple s’installe à Giverny, villa des
Pinsons, jusqu’à la mort de Jean, à l’âge de 46 ans, le 9 février 1914.
Alors Blanche revient à « la maison paternelle de Giverny où Monet désespéré de la mort de sa femme - notre mère - vivait seul avec son fils Michel, depuis 1911 sans être parvenu à reprendre goût à la peinture qui était pourtant sa vie. Ma sœur (…) prit alors la direction de la maison où elle devint l’intégrale et fidèle compagne de Claude Monet et, très grand sacrifice, renonça complètement à peindre afin de pouvoir mieux s’acquitter de ses diverses tâches de maîtresse de maison et pour être, en tout lieu, à chaque instant, dans l’ombre de son beau-père. Ce sacrifice, bien qu’elle n’en laissât rien voir, fut certainement le plus grand qu’il lui était possible de faire ; elle ne reprit ses pinceaux que douze ans plus tard. » (J-P. Hoschedé, op.cit. p.7)
Pendant ces douze années, soutenu par son ami Clemenceau qui le houspille et par celle que le nouveau directeur de L’Homme libre appelle « l’ange bleu », Monet se remet au travail. La déclaration de guerre entraîne le départ des derniers membres de la tribu : Michel et Jean-Pierre sont au front, la famille Butler rentre en Amérique.
« Resté totalement seul avec sa belle-fille, Claude Monet, malgré les appréhensions que causaient nos départs, malgré aussi, les craintes quotidiennes qu’apportaient la rumeur publique et la presse, loin de renoncer à peindre, faisant confiance à l’Avenir, au Pays, et peut-être aussi à son ami Georges Clémenceau, entreprit de réaliser son vieux rêve : les Décorations des Nymphéas. Pour les effectuer il fit construire alors le vaste atelier que l’on sait, bien que les armées combattantes ne fussent pas très loin. » (J-P. Hoschedé, op.cit. p.8)
On connaît la suite : Monet atteint de cataracte qu’il faut supplier pour qu’il accepte l’opération en 1923, la longue convalescence qui s’ensuit – au cours de laquelle Blanche doit supporter le caractère réputé difficile de son beau-père - puis, finalement son décès, le 5 décembre 1926.
En dépit des affirmations de son frère, il est probable que Blanche n’ait pas totalement abandonné ses pinceaux car, moins d’un an plus tard, elle expose chez Bernheim-Jeune, « une série de peintures - paysages et fleurs - où s'affirme une sensibilité très féminine », selon Le Veilleur de l’Excelsior (11 novembre 1927, p.2).
Pour la soutenir, « M. Georges Clemenceau, ancien président du Conseil, est venu visiter, hier après-midi, l’Exposition des peintures, paysages et fleurs, de Mme Blanche Hoschedé (Mme Blanche Monet), aux galeries Bernheim-Jeune. On sait que M. Georges Clemenceau fut le plus intime ami du maître Claude Monet. » (« Les Arts », Journal des débats politiques et littéraires, 19 novembre 1927, p.2)
Peut-être même achète-t-il une vue du jardin puisqu’il en existe une au musée Clemenceau…
De l’aveu même de son frère, Blanche s’est non seulement remise à peindre mais à « vivre ».... à soixante-deux ans. Elle reçoit à Giverny ses nombreux amis, au nombre desquels Thadée Natanson, Pierre Bonnard, Edouard Vuillard, Paul Signac. Elle travaille aussi, avec Clemenceau, au livre qu’il est en train de rédiger sur les Nymphéas désormais installés à l’Orangerie.
Et
surtout, devenue libre de son temps – quand elle n’est pas envahie par toutes
sortes d’admirateurs du maître qui sonnent à sa porte pour contempler le bassin
des Nymphéas - elle peint.
Elle commence à voyager un peu - jamais très longtemps pour ne pas laisser sa maison sans surveillance – mais sa peinture en témoigne.
Début
1929, elle est aux Indépendants avec deux toiles, Les roses et Les
saules, une présence modeste, « Si discrète est l’harmonie de nature, chère
à Blanche Hoschedé, belle-fille de Claude Monet, qu’elle ne se distingue
pas parmi les hurlements ; mais une fois perçue, elle est délicieuse de sentiment. » (Arsène
Alexandre, « Les Indépendants, sans garantie », Le Figaro illustré,
7 février 1929, p.279)
En
mai de la même année, elle expose chez Bernheim, plusieurs journaux l’annoncent
(L’Intransigeant, L’Art et les artistes) mais je n’ai pas trouvé
de commentaires dans la presse.
Collection particulière (vente 2025)
Où qu’elle soit, Blanche aime à s’installer dans la nature, travailler en plein air en choisissant la bonne lumière.
D’après
son frère, elle effectue régulièrement des petites balades en voiture, avec ses
neveux…
… parfois pour aller chez Michel Monet à Sorel-Moussel :
Et elle rend régulièrement visite à
son vieil ami Clemenceau à Saint Vincent-sur-Jard.
En 1930, elle n’expose pas mais elle
continue ses petits voyages. On
sent parfaitement, dans ce paysage marin, son attention aux variations de
l’eau, de la mer, du sable. Mais c’était déjà sensible dès ses premières
peintures, comme on l’a vu.
Je n’ai pas trouvé Blanche dans le catalogue des Indépendants de janvier 1931 et pourtant elle devait bien y être puisque L’Œuvre signale ses Cerisiers en fleurs (« Le Salon des Indépendants », 23 janvier 1931, p.5) et Le Figaro du 24 janvier indique qu’elle y expose aussi un Lac du Bourget. (p.6)
Des
Lac du Bourget, on en connaît au moins deux. L’Etat acquiert celui-ci en
1931, probablement à l’occasion d’une exposition :
En mai, elle participe à une exposition de groupe où sont aussi montrées des toiles de Monet, Louis Honoré et Philippe Veyrin. A ce propos, Gringoire commet ce commentaire assez condescendant : « Le parc fameux que le peintre Claude Monet possédait à Giverny est l’objet des soins touchants de sa belle-fille. Mme Blanche Hoschedé-Monet, peintre elle-même, ayant été l'élève du maître, elle expose chez Bernheim jeune, une série de belles toiles représentant, pour la plupart, les aspects du parc de Giverny. C'est là un bel exemple d'intelligente piété. » (13 mars 1931, p.2)
Tout au plus présente-t-il l’intérêt de souligner ce que la préservation du jardin et de la mémoire de Monet doit à la fidélité de Blanche.
Blanche expose aux Indépendants en 1932, Inondations et Le peuplier. Ceux que je pose ici le sont à titre d’illustration, puisque la toile n'est pas datée, comme souvent.
Et, en fin d’année, elle est à la « Société des artistes rouennais », où elle aurait, selon son frère, exposé régulièrement : « y figurent les meilleurs noms de notre département Mlles Marie Duret et Salomé et Blanche Hoschedé. (Marcel Delaunay, « A la Société des Artistes Rouennais, la prochaine exposition », L'Impartial des Andelys, 28 décembre 1932, p.2)
En
janvier suivant, son exposition chez Bernheim-Jeune est annoncée largement,
notamment dans Mobilier et décoration (1er janvier 1935,
p.558).
Thadée Natanson en profite pour écrire longuement sur son amie : « Puisque ce sont les peintres qui nous font voir le monde et donner une forme aux objets et que nous leur devons les paysages qui s’impriment dans notre esprit, vos yeux ne sauraient trouver d’éducateur qui passe en finesse Blanche Hoschedé-Monet. De personne, ils ne pourraient mieux apprendre le pays du Vexin, dont le liquide du fleuve fait la force et la fraîcheur des feuillages, les terrains, couleur de sang et de rouille, du Midi méditerranéen et ses pins aux racines si pleines de sa faconde. Ni les eaux du lac du Bourget. Ni comment la lumière du matin et du soir colore et décolore la masse du monument de Saint-Georges Majeur, qui contribue, avec sa tour et ses coupoles, à la physionomie de Venise. »
« Mais
tous les yeux qui se laisseront instruire, pour leur joie, par ce peintre,
apprendront encore à voir les fleurs. Les brosses, qui y touchent, ont la
délicatesse des doigts et l’on voudrait dire des narines, des amateurs de
tulipes et leur savoir. Elles disposent le décor des roses thé simples, qui
retournent à l’églantine des buissons, et n’ont plus, comme elles, qu’un seul
rang de pétales à l’entour de leur cœur. Ils pourront voir encore comment il
faut voir les agapanthes, des rosiers dans un jardin, et, comment fait, pour
chanter, la mélodie des corolles, quand elle a l’appui des timbres d’or et de
cuivre des peupliers dans l’orchestre de l’automne. Restent les roses au bord
d’un jardin d’eau, un pont-tonnelle enguirlandé de son feuillage, une bordure
de soucis ou ces fleurs que les jardiniers appellent des plumbagos. Si vous
n’avez pas vu, ou n’êtes plus à temps pour voir l’exposition de Blanche Hoschedé-Monet
à la galerie Bernheim jeune, allez voir le tableau d’elle qui figure au Luxembourg,
où il vaut la peine d’aller de temps en temps. D’autant mieux qu’il est à l’entrée
du jardin »
« A
l’exposition comme au musée, il faut rendre hommage au peintre d’harmonies de choix
qu’est Blanche Monet, en oubliant, pour un instant, le nom dont elle porte
fièrement mais courageusement tout le poids. Se souvenir seulement à cet égard
de tout ce que nous devons à l’amie fidèle de tous les amis de Claude Monet,
pour avoir si joliment fait don de nombre de ses années au bonheur de la
vieillesse du maître des eaux de la Seine, créateur d’une féerie qui tient tant
de place dans les fastes de la peinture. Sinon, c’est trop injustement effacer
la fille dans l’ombre du père et vouloir qu’elle eût encore poussé l’esprit de
sacrifice jusqu’à renoncer à la peinture dont le culte est sa meilleure raison
de vivre.
(…) Or, ce qui fait l’attrait d’une âme féminine qui a longtemps vécu dans l’intimité d’un maître, ce n’est pas tant ce qu’elle pourrait répéter de ce qu’il disait, mais a l’esprit de bien s’en garder, ce n’est même pas tant ce qu’elle aime comme lui, c’est surtout ce dont elle évite de parler, ce qu’on dirait qu’elle ne voit plus. Il y a une contagion du goût. Sa sévérité cerne ses audaces. Mais le secret de cet instinct est d’anéantir, proprement, de dissoudre, tout ce qui ne vaut pas la peine d’être vu. Un goût, assez sûr de soi, ne communique pas à son entourage de don plus précieux que d’ignorer tout ce qui lui aurait déplu.
Cette faculté de choisir, ou le discernement, a une vertu dont il n’est pas un art qui puisse se passer. Elle commande même à la fougue et à la verve des plus hardis, quoi qu’il en soit de leurs caprices. Mais elle fait aussi le prix d’une qualité, que tout éloge effarouche et qui aime mieux répandre son parfum que se nommer, la discrétion. A propos de Blanche Monet je voudrais encore ajouter qu’il y a dans les mots qu’on entend, outre ce qu’ils disent, tout ce qu’ils veulent dire mais il y a, de plus, tout ce qu’ils ne disent pas et qui compte beaucoup pour les délicats. On peut aimer, autant que je fais, les peintures de Blanche Monet pour le plaisir qu’elles donnent non sans leur savoir gré de tout ce dont elles savent s’abstenir.
Un peintre pourrait montrer qu’un bouquet - Blanche Monet sait l’art de les faire vivre - brille, c’est vrai de la grâce et de l’éclat des fleurs qui le composent, mais au moins autant de leur rencontre avec tout ce qu’elles ne sont pas et à quoi elles s’opposent. Tout comme le profil d’une joue. » (Thadée Natanson « Les Expositions : Blanche Hoschedé-Monet », L’art vivant, 1er avril 1935, p.270)
En 1934, elle avait voyagé pour la première et unique fois avec son frère Jean-Jacques, c’est lui-même qui le dit, à Venise et à Bassano del Grappa. C’est là qu’elle a peint La Salute qui ne fut pas présentée au Salon des Indépendants de 1935 - où elle a exposé Un coin de jardin et L’automne - mais probablement à l’exposition chez Bernheim.
« Blanche Hoschedé-Monet est, mieux que l’héritière d'un beau nom. Fille du plus prestigieux coloriste de la fin du siècle dernier, elle a estimé que l'exemple donné par son père, Claude Monet, était encore bon à suivre, et que les aspects qu'il a aimés sont toujours dignes d'être peints. (…) Des œuvres de Mme Blanche Hoschedé-Monet, vous n'en verrez guère qu'au Salon sans jury, celui des Indépendants. Talent véritable, noblesse du cœur et de l'esprit s’accompagnent toujours d'une très grande modestie. » (M. R., « L’Art indépendant », Le Peuple, 19 juin 1935, p.3)
En 1937, Blanche n’expose pas mais elle fait l’objet d’un article encourageant le public à aller jusqu’au musée du Luxembourg pour la découvrir :
« Et
puis voici des fleurs, rarement en bouquet, plus souvent peintes sur la branche
ou la tige, dans la lumière du jardin. Blanche Hoschedé les saisit en leur
ardeur épanouie, les pétales chancelants de soleil, ou trempés de cette
atmosphère mauve qui dès l’ombre s'enroule ici autour de chaque chose. Pavots
géants au cœur sombre, comme des bouches ouvertes, clématites pâles oscillantes
sur leur frêle tige, roses jaillies de leur buisson de feuilles vertes,
églantines centrées d’or posées sur l’appui du balcon, on les sent transposées
avec amour, comme si chacune d’elle avait une âme.
On
peut voir des toiles de Blanche Hoschedé-Monet au musée du Luxembourg.
Cette personnalité douce et fine qui, vivant à côté d’un puissant génie a su
défendre ce qui lui était propre et ne pas se laisser envahir toute entière,
est une admirable figure de femme. Aimant la peinture passionnément, se
dévouant toute entière à sa cause en commençant par sacrifier sa vie pour un
talent supérieur et l’aider jusqu’au dernier souffle à réaliser son œuvre,
trouvant ensuite assez de force pour se remettre elle-même au travail et dire
enfin ce qu’elle avait à dire, n’est-ce pas là une vie complète alliant le
dévouement à l’intelligence et révélant une vie intérieure profondément
intense. Car ce n’est pas pour exposer que Blanche Hoschedé peint,
mais simplement pour mieux exprimer que par des mots son profond amour de la
terre, des fleurs, des eaux, d’une façon aussi naturelle que d’autres marchent
et respirent ! » (André Paulin, « Blanche Hoschedé-Monet »,
Triptyque : lettres, arts, sciences, 1er novembre 1937,
p.30-32)
En
1940, pour le centenaire de la naissance de Monet, on imagine bien que Blanche
a dû se mobiliser.
« Il est admirable, déjà, que dans les circonstances actuelles, on ait pu réussir à organiser cette exposition. Elle implique en effet le plus opportun des démentis à la propagande ennemie qui représente chaque jour Paris comme une ville quasi morte, privée de toute vie intellectuelle et artistique. M. André Weil mérite qu'on le félicite ainsi que les collectionneurs qui ont bien voulu consentir à démontrer que les chefs-d'œuvre de notre art ne sont pas présentement condamnés à l'obscurité des coffres et des caves. Ce sont Mmes Albert Gillon et Blanche Hoschedé-Monet, MM. le comte Antoine de la Rochefoucauld, [… etc.] » (Charles Théophile, « L’Exposition du Centenaire de Claude Monet », Marianne, 7 février 1940, p.5)
De cette époque, date un portrait de sa nièce, Nisia Salerou (1909-1964) la fille de sa sœur Germaine.
Nouvelle
exposition en 1942, assortie d’un commentaire assez convenu et en partie
inexact… « L'actuelle exposition de la Galerie Alfred Daber, ouverte
jusqu'au 1 novembre, est consacrée à Blanche Hoschedé, dont les œuvres n'ont
pas été présentées au public depuis 1933. Née à Paris en 1865, et veuve de Jean
Monet, fils aîné du Maître de Giverny, Blanche Hoschedé se trouvait déjà
être la belle-fille du peintre par le second mariage de sa mère avec Claude
Monet. C'est assez dire dans quelle ambiance s'est accomplie sa formation
d'artiste. » (« Courrier des Beaux-Arts », Comœdia, 17
octobre 1942, p.6).
« Blanche
Hoschedé, la belle-fille de Claude Monet, a sa place bien à elle dans l’école
impressionniste. Les coins fleuris du jardin de Giverny, le lac bleu du
Bourget, entouré de montagnes, le bourg de Poujol, dans l’Hérault, la meule aux
ombres bleues, exposés à la Galerie Drouot-Provence, enferment, dans la clarté de
la palette, un vif sentiment de la nature. » (Paul Sentenac, « Dans
huit galeries », Cette semaine, 2 avril 1947, p.41)
A cette période, Blanche est le plus souvent installée à Nice, dont le climat convient à sa santé fragile. Elle continue à peindre puisque cette fontaine tient probablement son nom de Notre-Dame de la Garoupe, dans la presqu’île du cap d’Antibes.
C’est
à Nice que Blanche Hoschedé-Monet s’est éteinte, le 7 décembre 1947.
Son
frère Jean-Jacques s’est visiblement mobilisé en mémoire de sa sœur. C’est lui
qui organise, en 1954, la petite exposition rétrospective (6 toiles) du Salon
des Indépendants.
Mais rapidement, Berthe tombe dans l’oubli, jusqu’en avril 1991, quand le musée Alphonse-Georges-Poulain de Vernon (Eure) présente « Blanche Hoschedé-Monet : 1865-1947 : une artiste de Giverny »
Le même musée a montré « Blanche Hoschedé-Monet, un regard impressionniste » en septembre-octobre 2017 et, l’année dernière, l’Eskenazi Museum of Art de l'université de l'Indiana accueillait « Blanche Hoschedé-Monet dans la lumière » en février-juin. Le titre reprend, je le suppose, la phrase d’accroche du livre de son frère, que j’ai plusieurs fois cité ici : « Pas dans l’ombre mais dans la lumière de Claude Monet ».
Pour autant, ce livre a probablement contribué à l’effacement de Blanche car voici sa réponse à la question que son auteur pose lui-même : « Pourquoi le talent de Blanche, qui n’est pas contestable, fut-il si longtemps ignoré ? »
« a) Blanche n’eut jamais la moindre ambition ; b) étant la belle-fille de Monet ce fut justement pour elle une raison de ne jamais profiter ni de sa protection, ni de ce grand nom, pourtant devenu le sien ; c) enfin, elle peignit uniquement pour son plaisir. » (J-P. Hoschedé, op.cit. p.12)
Si personne ne songe à discuter la probité de Blanche, on pourra cependant discuter l’idée que Blanche n’ait eu aucune ambition : peint-on aussi longtemps et avec une pareille passion quand on n’a « aucune ambition » - alors que lui-même évoque par ailleurs « son tenace désir de peindre » - et pourquoi aurait-elle régulièrement exposé si elle avait peint « uniquement pour son plaisir » ?
Le
musée de Vernon a adopté, en 2024, le nom de Blanche Hoschedé-Monet mais, quand
on consulte ses collections en ligne, on trouve, difficilement, les sept ou
huit œuvres de Blanche qui s’y trouvent mais qui ne sont même pas
regroupées en une seule rubrique… c’est dire qu’il y a encore du travail !
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Je termine, comme il se doit, avec quelques natures mortes de Blanche, lesquelles, comme souvent, montrent la diversité de ses centres d’intérêt, son goût pour les compositions presque monochromes et sa capacité à faire évoluer son style, au contact des artistes de son temps.
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